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Des enseignements en anglais à l'université ? Une chance pour les étudiants français !

La Fabrique de l'Exportation

Publié le 04 juin 2013 à 10:27

Le Quotidien Numérique

11 juillet 2026

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Le projet de loi de réforme de l'université et de la recherche de la ministre Geneviève Fioraso a été voté par l'Assemblée nationale la semaine dernière. Après plusieurs semaines de luttes et de débats animés dans l'hémicycle concernant la mise en place de cours en anglais, cette mesure a finalement été limitée par un amendement qui la restreint aux étudiants étrangers. Pour Etienne Vauchez, et le think tank La Fabrique de l'Exportation, cet amendement privera, à terme, les étudiants de nombreuses...

Nous voulons d'abord saluer le courage de la ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, Geneviève Fioraso, qui tente d'imposer un texte de loi autorisant des enseignements en anglais dans l'université, et ce malgré les oppositions que suscite inévitablement toute réforme qui touche au rôle de la langue française. Un amendement récent tend néanmoins à limiter la portée du texte en réservant les enseignements en anglais aux seuls cas où « [ils] sont justifiés par des nécessités pédagogiques». En clair, ces enseignements en anglais s'adresseraient principalement aux étudiants étrangers en France. A la Fabrique de l'Exportation, nous pensons au contraire que c'est une chance extraordinaire pour les étudiants français d'apprendre mieux l'anglais, et une opportunité pour le rayonnement du monde académique français dans la communauté francophone et mondiale.

Aujourd'hui, les diplômés de l'Université ou des Grandes Ecoles qui déclarent parler anglais savent en général lire un document, comprendre et répondre à un mail ; mais seuls ceux qui ont étudié et séjourné à l'étranger ont le niveau requis pour piloter un projet ou mener une négociation en anglais. De nombreuses Ecoles et Universités proposent des échanges internationaux, ce qui est excellent, mais force est de constater que cela ne concerne qu'une fraction limitée des étudiants français. Pour cette raison, qu'une partie de l'enseignement à l'Université soit délivré en anglais nous semble une solution moins couteuse, plus massive et plus durable pour améliorer le niveau d'anglais des étudiants ; nous y voyons un vrai facteur d'émancipation et de développement personnel pour les étudiants, qui ne peuvent pas tous se payer des séjours universitaires à l'étranger.

L'anglais, un facteur d'exportation
Une étude récente menée auprès de 100.000 salariés dans 58 pays établit une corrélation directe entre le succès à l'exportation d'un pays et son niveau moyen d'anglais. Elle met particulièrement en évidence cette corrélation pour ce qui concerne les exportations de services et pour l'innovation, deux sujets qui sont au c?ur du rebond souhaité de notre économie. Mais cette étude place aussi la France en antépénultième position en Europe pour la maitrise de l'anglais : devant seulement l'Italie et la Russie. La France est donc située derrière l'Espagne, le Portugal, la Hongrie, la Pologne, la République Tchèque pour la maitrise de l'anglais, loin derrière la Belgique, l'Allemagne, les Pays-Bas et les pays nordiques.

Ainsi le message de tout responsable politique soucieux de la prospérité de ses concitoyens devrait être qu'il faut massivement soutenir l'apprentissage en anglais, dans nos université et ailleurs, et ce par tous les moyens afin d'augmenter les chances de nos étudiants sur le marché de l'emploi et favoriser le développement international de nos entreprises. A titre d'exemple, il faut rappeler ici qu'il est nécessaire de parler anglais pour être embauché chez Airbus, quel que soit le poste, car du cadre au technicien la langue de travail y est l'anglais ; ou encore que dans le tourisme la faible dépense moyenne par touriste visitant la France s'explique en grande partie par le manque de personnel anglophone dans les hôtels, cafés et restaurants, transports, musées, magasins, etc.

Tirer parti du marché mondial de la formation supérieure
Pour le monde académique l'enseignement en langue étrangère (principalement l'anglais, mais aussi l'arabe, l'espagnol, le chinois, le japonais etc.) est une chance formidable, car la formation supérieure est un marché mondial qui a doublé entre 2000 et 2010 ; et cette croissance va encore s'accélérer, d'une part, parce que les classes moyennes des pays émergents ont la volonté d'envoyer leurs enfants étudier à l'étranger, d'autre part, parce qu'internet permet une diffusion mondiale des cours interactifs dispensés en ligne par les Universités.

On compte aujourd'hui près de 4 millions d'étudiants étrangers dans le monde, et il pourrait bien y en avoir 10 millions en 2025 ; les plus grands pays émetteurs sont aujourd'hui la Chine (560.000 chinois étudient à l'étranger) et l'Inde (200.000) ; suivent les Coréens (120.000) et les Allemands (100.000). Pour situer les ordres de grandeur, il faut avoir à l'esprit que les étudiants étrangers apportent environ 30 milliards d'euros de revenus au Royaume-Uni et 11 milliards d'euros en Australie ; toujours pour rester dans les ordres de grandeur, le budget du ministère de la Recherche et de l'Enseignement Supérieur français est de 25 millliards d'euros. On voit ainsi que l'accueil d'étudiants étrangers peut devenir une sérieuse source de revenus pour les universités françaises, et constituer une exportation de services et être une source d'influence durable pour la France.

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Car notre pays est très bien placé dans ce marché : 260.000 étrangers viennent étudier en France, soit 6% de parts de marché mondial ; c'est un très bon point de départ ; selon les statistiques de l'Unesco, la France se place au sein des 5 principaux pays d'accueil : Etats-Unis (684.000 étudiants étrangers accueillis), Royaume-Uni (390.000), Australie (271.000), France (260.000) et Allemagne (201.000). La France est la destination privilégiée des pays arabes et d'Afrique sub-saharienne, conséquence logique de notre offre francophone, qu'il faut continuer à enrichir car avec l'émergence de la classe moyenne au Maghreb -et bientôt en Afrique- nous avons là un marché très important ; mais cette offre francophone ne sera que renforcée si une partie des cours sont en anglais, car les étudiants des pays émergents francophones apprécieront d'approfondir leur connaissance de l'anglais en même temps qu'il apprennent en France les disciplines qu'ils ont choisies.

Ouvrir les yeux sur les opportunités de mondialisation

Sur le marché des formations anglophones, il faut en revanche noter le bon classement de l'Allemagne, qui propose des formations en anglais qui conviennent parfaitement aux Asiatiques, ce qui n'empêche pas ces étudiants d'apprendre progressivement l'allemand en vivant en Allemagne. Si chacun comprend parfaitement qu'il est difficile d'imposer à des Chinois de suivre des cours d'informatique en allemand, pourquoi s'entêter à leur proposer ces mêmes cours obligatoirement en français ? Le succès de l'Insead illustre qu'il est parfaitement possible de proposer des formations en anglais dans notre pays, et de les placer au sommet de leur catégorie.

En faisant le choix volontaire et positif de proposer des enseignements en langue étrangère, anglais en tête, le monde académique français a une immense carte à jouer dans le marché en croissance à deux chiffres de la formation supérieure. C'est de plus un vecteur clé de la création d'emplois et de richesse dans l'université française. Une meilleure maitrise de l'anglais serait une chance pour tous nos concitoyens (et nos femmes et hommes politiques) de mieux comprendre le monde d'aujourd'hui et de saisir ses opportunités immenses. En dépit de la récession qui touche certains pays européens, l'Asie vit une phase de croissance historique -la classe moyenne asiatique va passer de 1 milliard à 2,5 milliards d'individus - et l'Afrique amorce enfin une vraie croissance économique. La maîtrise de l'anglais peut aider nos jeunes à bien comprendre les mutations en cours au niveau mondial et leur permettrait probablement d'avoir moins peur du monde de demain.


*Par le think tank La Fabrique de l'Exportation, dont Etienne Vauchez est l'un des fondateurs.

La Fabrique de l'Exportation

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