Robert Misrahi : « Entreprendre ? Que du bonheur ! »

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Robert Misrahi © Radio France
Robert Misrahi © Radio France (Crédits : Radio France)
Son exploration du bonheur pave une conception de l'existence peu commune dans une société et une civilisation encore lourdement inféodées au dogme religieux de la transcendance. Le philosophe Robert Misrahi l'affirme pourtant : "Ce bonheur, chacun de nous y a droit". Et d'y ensemencer la vocation véritable de l'entrepreneur, ainsi encouragé à épanouir son autonomie, sa créativité, et ses désirs propres, mais aussi, par la grâce du principe de réciprocité sacralisant autrui, à faire grandir ceux de toutes les parties prenantes. Ainsi l'individu trouve sens à son existence et l'entreprise, promue conscience et identité, peut aspirer à devenir "sujet" et terreau d'un "bonheur commun". Le spécialiste de Spinoza accomplit là sa mission : bousculer, éclairer et élever au-delà des lourdes lois qui s'imposent à la réalité entrepreneuriale.

Ancien élève de Jankélévitch, Bachelard, ou Merleau-Ponty, vous poursuivez depuis cinquante ans les travaux sur le "bonheur" initiés par Spinoza. Cinq siècles séparent vos recherches de celles du philosophe néerlandais ; les conditions et l'expression du bonheur possèdent-elles un terreau commun ? Que sont celles d'un "Français en 2013" ?

Nombre de sujets méritent d'être traités distinctement selon les époques. L'auscultation du bonheur échappe à cette règle, car ledit bonheur constitue une question permanente pour l'homme moderne depuis l'Antiquité grecque. Spinoza interroge la dépendance du bonheur à une religion ou à un rapport à Dieu transcendants. Et y répond clairement : non, ce bonheur résulte de la nature même de l'être humain. Et c'est parce que l'on doit sans cesse explorer cette dernière que le thème du bonheur est affaire "permanente". Qu'est-ce qu'un être humain ? Il est une réalité corps-esprit unifiés, au centre de laquelle évoluent, au même niveau, d'un côté la conscience de soi, de l'autre le désir, tous deux s'interpellant et se nourrissant indéfectiblement. L'être humain est en désir permanent de satisfaction. A ce titre, il éprouve un manque - non pas définitif, comme l'ont pensé les pessimistes Schopenhauer, Lacan, Sartre ou Hegel - mais qui est provisoire et même moteur. Ainsi, lorsque nous avons faim, nous mangeons, nous rassasions, et donc contentons notre désir. Comment agir pour que le plus grand nombre de gens éprouve le plus grand nombre de satisfactions ? Voilà ce qu'est l'éthique de la joie.

L'exploration du bonheur serait donc conditionnée à l'émergence, préalable, au fond de nous du désir, ce "manque qu'on espère combler". N'est-il pas devenu très improbable de faire germer la concrétisation d'un "noble" désir dépouillé des pollutions du matérialisme ? Comment parvenir à "cultiver" le goût du désir quand son nécessaire pendant, la frustration, fait l'objet d'une telle chasse ?

Ce que nous allons chercher n'est pas un noble désir pour gagner du mérite, mais des contenus de désir qui seront de plus en plus enrichissants. Le plus essentiel d'entre eux est la relation à autrui. Elle donne contentement et joie, elle fonde tous les autres plaisirs, enfin elle sécrète le plus important : la justification de vivre, puisqu'on accède à la satisfaction à la seule condition qu'elle soit entérinée par quelqu'un d'autre. C'est donc bien l'autre qui nous donne raison de vivre. La satisfaction riche, concrète, intelligente et, osons le mot : spirituelle, est inscrite au c?ur de tous nos désirs. Même celle que l'on pourrait croire bassement matérielle. Ainsi, souhaiter par exemple un logement plus spacieux ou mieux isolé participe à un désir d'humanité enrichie, car l'habitat n'est pas simplement un toit qui protège de la pluie et du froid, il est un lieu "métaphysique" et de significations intense où l'on se construit une harmonie avec soi et avec le monde et où l'on éprouve une justification. Cette dernière - comme le plaisir - est inscrite dans tout désir apparemment matériel, car le sens auquel la nature humaine aspire commence à se construire dans une vie matérielle digne. Dès que l'humanité a été capable de produire des richesses, elle a admis que lesdites richesses constituaient un commentaire de la signification humaine.

Le désir forme donc un sujet et même un enjeu non seulement sociétaux mais éminemment politiques...

Absolument. Et d'ailleurs, les professionnels politiques ont bien tort de ne pas y songer davantage. On pourrait, et même on devrait fonder la politique sur la recherche du bonheur. Non, bien évidemment, pour édicter un programme définissant le bonheur et imposant ses règles aux citoyens, mais pour explorer les conditions du "plus grand bonheur pour le plus grand nombre". Seul ce dessein pourrait d'ailleurs faire naître une politique de justice. N'oublions pas qu'en 1 789 les révolutionnaires inclurent, dans une version finalement non retenue de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, le "droit de l'être humain à connaître le bonheur". Le bonheur est bel et bien le fondement et la justification de toute politique, puisque celle-ci a pour mission fondamentale d'?uvrer à ce que les citoyens individuellement et la nation collectivement soient "heureux".

Orphelin dès l'âge de 7 ans d'une mère atteinte de maladie psychiatrique, élevé par un père "au chômage la moitié de l'année", dangereusement exposé durant la Seconde Guerre mondiale, nul doute que vos fouilles philosophiques ont eu pour première nourriture une enfance douloureuse. Sommes-nous tous inégaux devant l'accès au bonheur ?

Au départ, tous les individus nés puis élevés dans des conditions "normales" sont dans des dispositions dites "universelles", c'est-à-dire à peu près similaires. Ce qui va les distinguer, c'est leur degré de détermination, l'intensité de leur désir à la joie, leur capacité à mobiliser des ressources intérieures, l'envergure de leur volonté, de leur ténacité, de la confiance qu'ils s'octroient - lesquels expliquent que dans des situations de souffrance ou de crise, d'aucuns font preuve d'un dépassement qui prépare un mouvement vers la construction d'eux-mêmes. Et c'est dans la force de l'investissement personnel pour établir un "projet de vie" que surgissent les inégalités. Chacun est responsable de son activité. Et de sa passivité.

La philosophie tragique a de tous temps abondamment nourri (le sens de) la création artistique, semble dominer les consciences bien davantage que la philosophie heureuse. Pourquoi le droit au bonheur nous semble-t-il inatteignable, et même plus que cela : interdit ?

Le "vrai bonheur", c'est "trop" pour un être humain qui, dans son ensemble, se sent limité, fragile et ignorant. Il se consacre à d'autres causes, car convaincu de son imperfection il ne peut espérer pour lui-même un tel dessein qu'il a décrété inaccessible. Inaccessible par un défaut de confiance et de lucidité que les religions ont abondamment entretenu, plaidant pour un bonheur et une perfection "qui ne peuvent pas être de ce monde". Or, la réalité est tout autre. La perfection, qui est l'accord plein entre une définition et sa mise en ?uvre, est partout dans les mains de l'homme. Regardez chaque prouesse artistique, architecturale, médicale... La perfection ou simplement l'humanité ne sont pas la tentative d'imitation d'un modèle propriété de Dieu ; elles sont au contraire la réalisation d'une idée humaine. Prenons le seul exemple de la générosité ; ne sont-ce pas les hommes qui l'ont inventée, qui au quotidien et partout dans le monde la pratiquent, l'enseignent, et la répandent ? Encore faut-il en prendre conscience pour avoir confiance et ensuite mobiliser force, travail, et courage. Oui, du courage pour lutter contre les préjugés, pour affronter les épreuves plutôt que les éluder, pour faire face à l'opinion viscéralement et culturellement pessimiste.

Effectivement, repère-t-on plus lourds fardeaux que celui, si culpabilisant, d'une religion confinant le bonheur à la seule transcendance et retirant à l'individu le droit au bonheur immanent ?

La religion est le pressentiment - établi à partir de connaissances culturelles encore limitées et résultant largement de l'imagination - obscur de "quelque chose" de valable qui est à rechercher et qui a pour noms paradis ou béatitude. Cette quête n'est pas contestable. Au contraire de l'acception selon laquelle le bonheur devrait relever d'une propriété transcendante dans un autre monde. Les religions ont raison de rechercher ce qu'elles recherchent ; elles ont tort de croire ou, pire, d'affirmer que leurs recherches ont abouti. Peut-être une résurrection est-elle possible, mais elle est notre ?uvre ici-bas, elle n'est pas une ?uvre métaphysique.

Au-delà du courage et de la volonté, de quoi faut-il se libérer pour se mettre dans les conditions d'accueillir le bonheur ?

En premier lieu des idées fausses, des superstitions, des croyances erronées. Autant de chaînes qui, depuis l'Antiquité grecque, entretiennent un délétère déterminisme par la faute duquel toute loi "physique" conditionnerait les lois économiques dorénavant figées, scellées, irrécusables. Nous sommes ballottés dans des séries de causalités indépassables, et sommes prisonniers du préjugé consistant à nous détourner de la conduite, de l'inspiration, de la gestion, bref de la responsabilité de notre sort. Ces préjugés, il est impératif de s'en débarrasser afin d'accepter ce qui devrait être une double évidence : il n'existe aucun obstacle insurmontable ; nous sommes les propres fondateurs de chaque situation - échecs, joies, désillusions, succès - qui constitue notre existence et à laquelle nous donnons la signification. Oui, nous devons être convaincus de notre autonomie intérieure et de notre formidable pouvoir de création.
Enfin, il faut aussi se libérer d'une dernière entrave : la vraie satisfaction humaine serait l'évaluation d'autrui, l'emploi d'autrui, l'exploitation d'autrui, la domination sur autrui. Or autrui est un sujet comme nous, il est au centre. Il est même un centre, égal à chacun des autres, l'environnement - c'est-à-dire la signification de chaque espace, de chaque objet, de chaque situation - se construisant à partir de la mise en relation de tous les centres de conscience que constituent les individus. Tout individu gravite autour de et existe grâce à tous les autres centres. C'est pourquoi il est capital d'accomplir une conversion : renverser son rapport dominateur et instrumentalisant à autrui en un rapport de reconnaissance. Autrui n'est pas un outil, n'est pas un élément de décor ou une machine. Sauf à s'assujettir tout entier à un cadre, excessivement conflictuel, de compétition.

Le système capitaliste et marchand, fondé sur la concurrence, ne fertilise donc guère le bonheur...

Non, effectivement. La concurrence est l'un des obstacles les plus graves à l'obtention d'une vie épanouie. Elle est même la ruine de la véritable indépendance intérieure...

... Elle concentre aussi la confrontation et la stimulation dans lesquelles murit l'un des ingrédients majeurs d'accès au bonheur : le dépassement de soi...

Je reconnais à la concurrence certaines vertus. Mais telle qu'elle est pratiquée aujourd'hui, c'est-à-dire avec grande violence et pour seul objectif l'affaiblissement voire la destruction des "adversaires", elle en est dépossédée. Osons rêver : pourquoi n'adopterions-nous pas des règles délimitant la concurrence à une amicale compétition, à un sympathique et respectueux combat ? Pourquoi ne travaillerait-on pas à pratiquer l'esprit de la compétition en substituant à la volonté de puissance, de domination, et d'asservissement, un autre dessein, celui-ci commun, ambitionnant par exemple l'amélioration de la vie sociale ?

Tendre au bonheur est conditionné à aimer autrui. Mais aussi à s'aimer soi-même. Or, dès l'école, ni la considération véritable de l'autre ni l'estime de soi ne forment l'axe cardinal de la pédagogie...

C'est une redoutable réalité, à laquelle la dissection du "mal concurrentiel" apporte une regrettable confirmation. Dès la petite enfance, le système éducatif français développe l'esprit de compétition le plus violent chez des élèves évalués, hiérarchisés, et donc "valorisés" selon la relativité de leurs notes... Pourquoi n'individualise-t-on pas strictement l'interprétation de ces notes afin de faire progresser l'enfant vis-à-vis seulement de lui-même et plus de l'ensemble de ses camarades ? Apprendre à être meilleur par rapport à soi plutôt qu'aux autres changerait radicalement l'esprit de compétition.

"La souffrance n'est pas notre lot", rappelez-vous. Et la philosophie du bonheur permet de "se lire" et de lire le monde autrement. Peut-on imaginer que la diffusion de cet état d'esprit favoriserait l'éclosion d'une autre société ?

N'en déplaise aux religions qui nous ont embastillés dans cette logique pour mieux nous asservir, l'humanité n'est pas destinée à souffrir. La nature profonde de l'individu humain est une conscience qui aspire bien davantage au désir de satisfaction qu'à la souffrance, qui est une protestation du corps. Diffuser, légitimer, partager l'aspiration au bonheur permettrait de reconnaître un concept fondamental : la réciprocité.
En effet, le bonheur est conditionné certes à l'estime de soi et à une joie de vivre intérieure, mais aussi à la reconnaissance de sa valeur par autrui et à la reconnaissance, par soi, de la valeur d'autrui. Cette réciprocité fonde l'amitié et l'amour, mais aussi la coopération et la construction d'actes résultant de la satisfaction de vivre un bonheur commun. C'est le propre des sociétés coopératives, que distinguent une gouvernance équitable, un but partagé, mais aussi la considération véritable d'autrui sans lequel rien ne peut aboutir ni même fonctionner.

Est-il possible de dessiner un désir et de travailler à son accomplissement si préalablement la "question" de la mort n'a pas été posée ? L'athéisme ou l'agnosticisme, au nom desquels on accepte l'inexistence d'un au-delà et donc, en théorie, on s'affranchit de la peur de mourir, favorisent-ils la culture du désir et l'approche du bonheur ?

Le travail de conversion au bonheur exige quelques préalables pour se laver des scories qui polluent ou entravent sa réalisation. L'un des plus essentiels est effectivement le rapport à la mort. Je pense qu'être convaincu de l'absence d'une existence après la mort exhorte à donner un prix maximum à la vie terrestre et donc à mettre en ?uvre tout ce qui peut la rendre joyeuse et réussie. Puisque nous allons définitivement mourir, réjouissons-nous du temps de la vie et travaillons à lui donner sens. "La sagesse de l'homme libre est une méditation non de la mort mais de la vie", estimait justement Spinoza. Puisque nous allons mourir, tout ce que nous faisons n'est rien, pensait de son côté Schopenhauer. Le premier invitait à prendre en mains notre existence, le second à s'en dégager.

Noblesse du désir, influence des racines personnelles, essaimage d'un état d'esprit "heureux", rapport à la mort, principe de réciprocité, approche d'une "saine" concurrence, culture de la volonté, de la ténacité, de la confiance, de l'estime de soi et des autres : toutes ces problématiques sont dans le corps de l'entrepreneur, qui forme un excellent sujet du bonheur. "Qu'est-ce qui fait désir au fond de moi ? Que veux-je ? Pour quoi et pour qui dois-je faire ?" A ces questions, aussi simples que fondamentales sur l'existence, l'entrepreneur a la nécessité impérieuse de trouver une réponse. Avec votre élève Michel Onfray, vous partagez la même aspiration d'une démocratisation de la philosophie que vous jugez "indispensable pour bien vivre". Parmi ses destinataires, justement les entrepreneurs, auxquels vous avez consacré plusieurs ouvrages dont Le bonheur d'entreprendre (Encre marine). Qu'est-ce que la culture de la philosophie, et singulièrement celle du bonheur, peut apporter à ces derniers ?

L'entrepreneur est particulièrement interrogé sur la justification du travail. L'homme a pour vocation de fabriquer les richesses que ne lui procure pas la nature. La production est donc normale et légitime. Puis intervient la délicate gestion du profit. L'argent n'est ni sale ni péché, il est un outil symbolique, précieux, utile qui renforce les pouvoirs communs d'une société. Quant au profit, il n'est pas immoral, et l'entrepreneur comme la société dans son ensemble doivent se débarrasser de toute interprétation moralisatrice ou contemptrice desdits profits. Une fois ces questions résolues, l'entrepreneur, enfin déculpabilisé, doit travailler au traitement et à l'affectation raisonnables, équilibrés, justes des profits, des rémunérations, des responsabilités. L'enjeu, pour y parvenir, est de dépasser la logique traditionnelle de réversibilité - je donne-je reçois, je fabrique-je vends - et d'épouser celle de réciprocité. Car c'est elle, enracinée dans le principe de reconnaissance, qui va lui permettre de dépasser la seule matérialisation pécuniaire de son commerce pour donner sens et donc bonheur à son aventure. C'est alors que l'entrepreneur peut aspirer à l'essentiel : la joie de l'entreprise. Cette joie est celle de l'action et surtout de la création communes. La création d'une idée, qui par la suite devient produit puis recettes et enfin satisfaction de l'acheteur auxquels chaque collaborateur apporte sa contribution, est source de joies individuelles et de joie collective.

C'est particulièrement le cas pour l'entreprise dont l'activité fait intrinsèquement sens - recherche médicale, soins, production intellectuelle, formation, éducation, etc. Elle dépasse alors le stade du simple "agent économique"...

De savoir que l'objet va apporter joie ou utilité à l'acheteur est essentiel. C'est le cas bien sûr d'un médicament, d'un aliment, ou d'un livre, "nobles" objets qui soignent, nourrissent, et éveillent. Mais c'est aussi le cas d'une automobile qui va élargir considérablement les déplacements et donc l'horizon, le champ de connaissances et d'intérêts du jeune Chinois qui s'en porte acquéreur.

Est-ce lorsque l'entrepreneur et les collaborateurs ont pris conscience de leur interdépendance et de leur inter-reconnaissance que l'entreprise traditionnellement "objet" peut espérer devenir "sujet" ? Peut-elle-même revendiquer une identité vivante ?

Tout à fait. Elle n'est alors plus une simple machine à produire, elle est un collectif de gens qui décident de créer, de produire, de vendre, d'être récompensés ensemble et qui donc sont habilités à décider du destin de l'entreprise. Celle-ci peut alors devenir identité vivante - sans pour autant, bien sûr, succomber à l'illusion sociologique qui consisterait à croire qu'il existe une âme de l'entreprise indépendante des gens.

L'entreprise devenue "sujet" peut-elle-même aspirer à une conscience ?

Cette conscience que l'entreprise déploie sera, par exemple, les soucis de bien créer, de bien fabriquer, de satisfaire l'attente du client. Ainsi honorées, ces préoccupations vont faire grandir les ambitions de l'ensemble de l'entreprise, mais aussi vont consolider le sens et l'expression de la responsabilité autant de chaque individu - "conscient" qu'il n'y a pas de réussite d'ensemble s'il ne travaille pas correctement - que du corps commun.

Mais un tel schéma n'est pas sans danger, notamment pour l'intégrité. A quelles conditions une entreprise peut-elle développer une conscience et une identité communes sans qu'aucune des consciences ou des identités individuelles qui la composent ne s'y vassalise et n'y perde indépendance, liberté, esprit critique ?

La clé de voûte est la hiérarchie. L'accomplissement du bonheur et d'une joie d'entreprendre partagée passe par la suppression du système hiérarchique traditionnel fondé sur la relation dominant-dominé, et par l'instauration d'une organisation où l'autorité est repensée afin d'être circonscrite au respect réciproque...

L'égalitarisme est une dangereuse chimère qui nie les différences, les singularités, et finalement la personne...

Le modèle que je promeus ne gomme pas les différences de compétences ou les spécificités personnelles et humaines ; il vise simplement à effacer les privilèges honorifiques qu'on attache aux différences de qualification, et à déployer un système qui sanctuarise une absolue nécessité : l'ouvrier de base, la secrétaire, l'ingénieur et le patron disposent, à l'égard de l'entreprise, d'une valeur humaine et morale strictement égale. C'est à cette condition qu'il peut être attendu de chaque salarié qu'il donne le meilleur de lui-même car il aura pour l'autre, dépendant de sa propre tâche, un profond respect.

Alors, l'entreprise, laboratoire et terrain de démocratie, et même palliatif au délitement des représentations traditionnelles - politiques, syndicales, etc. - de la démocratie : peut-on raisonnablement y croire ?

Tout à fait. L'entreprise couvre un périmètre délimité, au sein duquel il est possible d'instaurer une organisation maîtrisée et de plus en plus démocratique, fondée sur la convivialité, enracinée dans le respect de chaque individu et de chaque singularité, conditionnée au principe de réciprocité, et ainsi tournée vers la joie de la création partagée. Dans cette entreprise, les jalousies sont écartés, chacun est prêt à aider l'autre, à en faire même davantage que l'autre, car au contraire de la logique de réversibilité, celle de réciprocité écarte le calcul et le cynisme.

Une telle perspective n'est-elle pas angélisme ? Car elle obère la "vraie" réalité de l'entreprise qui, au quotidien, gangrène les plus vertueuses aspirations : la férocité d'un contexte économique et de pressions qui enflamment les tensions et éteignent l'espérance...

Cela, je ne le nie pas. Et bien sûr l'entreprise n'est pas "amour", mais elle peut être ?uvre commune. Chercher à instaurer une réciprocité à la fois intelligente et donatrice n'est pas une chimère, et peut même constituer une parade aux difficultés, car de son application résultent une mobilisation, une réactivité, une créativité collectives qui peuvent être salvatrices.

D'être à la tête d'une entreprise dont l'activité fait sens arme-t-il mieux face aux dégâts provoqués par les affres matérielles ou financières qu'imposent les règles d'un capitalisme et d'un libéralisme obnubilés par la seule reconnaissance pécuniaire de l'acte entrepreneurial ? L'équilibre des "sens" et de "l'utilité" pour lui et pour les autres (l'ensemble des parties prenantes), la conscience que l'on peut "échouer" comptablement, mais "réussir" intellectuellement ou émotionnellement, constituent-ils pour l'entrepreneur un bouclier pour demeurer debout dans la tempête ?

Reconnaissons que le sens procuré par l'activité de l'?uvre entrepreneuriale ne peut suffire face aux injonctions, implacables, du marché et de la guerre économique. La tentation, le risque pour le créateur sont de "basculer", c'est-à-dire de renoncer à son idéal, à son exigence, à son intégrité originels et de multiplier les compromis pour s'assujettir exagérément à ces injonctions. Car alors ce qui fondait le sens de son action entrepreneuriale se vide, et l'intéressé devient un simple acteur de la guerre économique dans laquelle il ne peut que se perdre puisqu'il n'est pas naturellement et intrinsèquement armé pour y figurer.

Souvent, l'entrepreneur et l'entreprise font un, se confondent pour le meilleur mais aussi pour le pire. Le premier "est", souvent sans retenue, dans le développement, la régression ou la disparition de la seconde. Prisonnier du sort de l'entreprise, il se place alors dans une exposition vertigineuse de ses fragilités. Quelle discipline, notamment en matière de distanciation, l'entrepreneur doit-il s'imposer ?

La plus sûre riposte à ce spectre a pour nom : philosophie. Grâce à elle, qu'on peut résumer à "la réflexion sur les conduites le mieux à même de nous mener à l'accomplissement", il peut sortir de l'enfermement et ne pas "se" réduire à un simple agent économique, il peut conserver sa liberté intérieure, il peut travailler à maintenir la signification de ce qu'il conçoit, il peut engager avec lucidité les révolutions nécessaires - aussi douloureuses voire sacrificielles soient-elles. Bref, à cette condition, il se retrouve comme individu humain, et se recrée. Pour y parvenir, pourquoi ne s'investirait-il pas dans une seconde activité artistique, intellectuelle, associative ? Et pourquoi, pour lui-même comme pour ses salariés, ne prendrait-il pas l'initiative d'intégrer à l'intérieur des bâtiments une bibliothèque, une salle de concert, un espace d'exposition à même d'entretenir cette nécessaire distanciation mais aussi une joie de vivre quotidienne ? Pourquoi l'entreprise ne pourrait-elle pas devenir un lieu où se rendre avec plaisir plutôt que dépit ?

Le monde des entrepreneurs est peuplé de ces sujets en difficulté financière. Des premiers travaux sont - enfin - publiés sur la souffrance entrepreneuriale, infectée par l'extrême solitude, la culpabilité de l'échec, le fardeau sacrificiel, l'envergure des responsabilités et des angoisses qui composent le "stress". Nombre d'entrepreneurs se suicident dans le silence et même le tabou. On est loin de la philosophie du bonheur... De quelles substances affectives, intellectuelles, émotionnelles, spirituelles doivent-ils se nourrir pour maintenir le désir en vie, et même plus fort que l'épuisement consubstantiel à la lutte et que le découragement devant la non concrétisation économique de leur projet de vie ?

Les entrepreneurs qui succombent à l'échec sont justement ceux qui n'ont pas su préserver une distance et se sont laissé engloutir par la tâche économique. Sans distanciation, point de clairvoyance ou d'anticipation. Pourquoi les entrepreneurs acculés par un endettement auquel ils ne peuvent faire face n'ont-ils pas songé plus tôt aux conséquences de la situation ? Pourquoi n'ont-ils pas réagi plus tôt ?

Mais parce qu'en 2013, tout entrepreneur est menotté à l'illisibilité de l'activité, de l'avenir même immédiat, et aux secousses aussi violentes qu'imprévisibles d'une crise systémique planétaire ! Ne rêvons pas : le contexte ne se prête guère aux expériences philosophiques, même si elles n'ont jamais été aussi utiles. C'est d'ailleurs là l'un des écartèlements, nombreux, auxquels tout décideur est exposé : la nécessité du bonheur et la considération philosophique se fracassent sur le devoir de réalité...

Peut-être. Mais le philosophe a la responsabilité d'interpeller, de bousculer. Et ainsi de dire qu'il faut savoir sacrifier un projet ou une entreprise lorsqu'ils n'ont plus d'issue économique, qu'il faut toujours prévoir et regarder loin devant soi, qu'il faut toujours faire preuve d'une vigilance, d'une prudence, d'une modestie extrêmes. Cessons de croire ou de faire croire qu'entreprendre doit être nécessairement un risque, ou qu'il n'y a pas de réussite entrepreneuriale sans risque. La sacralisation du risque est une ineptie. La vie d'un homme ne vaut pas la prise excessive de risques au nom de l'action entrepreneuriale.

Mais le risque pourtant est noble ! En prenant la décision, à 16 ans, de ne pas porter l'Etoile jaune, vous-même preniez le "double risque du pire mais aussi du meilleur". La gestion du risque est fondamentale dans l'exercice entrepreneurial. Comment peut-on la vivre sereinement dans une société que la judiciarisation, le principe de précaution, et nombre de dispositifs législatifs précipitent dans une culture de la déresponsabilisation qui dissuade de risquer ?

Le risque doit être encouragé. Mais la prudence et la clairvoyance doivent l'être également. La limite du risque, c'est de ne pas mettre en danger le sort des autres. De tous les autres : salariés, fournisseurs, éco-système, etc. Il est exact que la société, à l'origine dans un souci vertueux de plus grande justice, privilégie sans limite l'accumulation des droits et des protections. Chacun en dispose de conséquents, et donc a appris à exiger beaucoup et tout de suite pour lui, et trop souvent sans se soucier des autres. Or tout droit doit être, par nature, réciproque. Cette accumulation des droits individuels a accru le réflexe individualiste et égoïste, mais aussi a entamé le périmètre d'autonomie des individus. L'Etat fortement protecteur s'est en effet en partie substitué à cette autonomie, jusqu'à transformer certains sujets en assistés ou en passifs. Alors oui, il faut lutter en faveur du risque, de l'individualité, de la subjectivité, de la créativité, de la responsabilité. Mais ce combat doit être mené de front avec un autre, celui-là au service de l'équité, de la justice universelle, de la responsabilité à l'égard des autres... L'entreprise doit être libre et indépendante mais respectueuse d'une régulation sociale et du bien le plus précieux : la démocratie. Il faut mieux vivre avec les inconvénients de la démocratie qu'avec les avantages de la dictature...

La philosophie du bonheur consiste à tisser le lien entre le désir et la liberté. Comment peut-on bien diffuser le goût d'entreprendre dans une société à ce point liberticide, malthusienne, et, en matière entrepreneuriale, contraignante ? La philosophie du bonheur n'a-t-elle pas pour meilleur engrais le système libéral et de marché, et peut-elle s'accommoder d'autres modèles politiques et économiques ?

Le risque de la société excessivement libérale est de favoriser la suprématie d'entreprises dont la culture et la raison d'être sont tournées vers l'objectif de domination. Seule la législation, lorsqu'elle est intelligente, pondérée, juste, limitée, peut contenir ce péril. C'est pourquoi je suis favorable à ce qui, aujourd'hui, est particulièrement déprécié : la social-démocratie. Plus exactement une social-démocratie... énergique, c'est-à-dire totalement respectueuse de la liberté d'entreprendre et qui intervient pour corriger les déséquilibres et les débordements. Comme ceux que la spéculation tous azimuts et la financiarisation de l'économie ont provoqués jusqu'à précipiter des pays entiers dans l'apocalypse sociale et humaine. Cette législation est la condition pour sauvegarder l'existence matérielle du grand nombre, et laisser à ce dernier le temps d'accéder au travail philosophique à partir duquel le bonheur n'est plus une utopie.

Le rapport entre le passé et l'avenir de l'entreprise est clé pour comprendre les conditions d'application du "bonheur d'entreprendre". Pour les "privilégiés", au premier rang desquels figure le patron, le présent est un palier vers l'avenir ; pour les autres, le présent est une répétition du passé. Cet anachronisme hypothèque-t-il le "partage du bonheur" au sein du corps social ? A quelles conditions, notamment managériales, l'entrepreneur peut-il devenir eudémoniste - "sensible au bonheur et soucieux du bonheur" -, se muer en catalyseur et en dynamiseur des désirs individuels ?

L'entrepreneur a la responsabilité de mettre les collaborateurs et, au-delà, l'ensemble de ses partenaires en condition de se détourner du passé et d'être tournés vers l'avenir. Pour cela, il ne manque pas de leviers qui, effectivement, vont interroger concrètement sa pratique managériale. Tous convergent vers la sensibilisation et l'intéressement d'une part à la création, d'autre part aux décisions, enfin à la stratégie. Lesdits participants doivent s'approprier les enjeux de l'entreprise afin de se sentir co-créateurs et co-acteurs de son avenir. Pour cela, ils doivent être "réellement" sollicités, consultés, écoutés, et non pas être muselés, ignorés, et impersonnellement affectés à des postes. La gouvernance doit évoluer pour donner à chacun les conditions de se sentir concerné, "sujet à part entière" du "sujet collectif" qu'est l'entreprise.

Dans ce contexte, l'entrepreneur a, plus que d'autres, devoir d'"exemplarité". De quel contenu philosophique cette propriété est-elle aujourd'hui drapée ?

Je milite pour qu'à la dénomination de "patron" soit substituée celle d'une chaîne de responsables dont l'entrepreneur est le premier et qui, à ce titre, ne peut s'autoriser une façon de vivre indécemment luxueuse. J'admets parfaitement la légitimité et la justification d'une amplitude des rémunérations ; mais elle doit demeurer raisonnable afin de ne pas briser l'intérêt et l'implication des autres responsables et de l'ensemble des salariés pour la cause collective. Par ailleurs, les employés doivent eux-mêmes apprendre à contenir leurs aspirations et à juguler leurs jalousies ; il n'est pas dans le rôle du patron de les éduquer dans ce sens. Enfin, il faut se garder de toute tentation égalitariste : le collectivisme a fait la démonstration que ne pas rémunérer la responsabilité à sa juste valeur déclenche la déresponsabilisation, synonyme de démotivation, de dérèglement fonctionnel, d'imprudence, et même de corruption. Il ne serait pas dénué d'intérêt d'enseigner à HEC, à Polytechnique, à l'ENA où est rassemblée l'élite décisionnelle, une éducation philosophique au monde de l'entreprise, à la responsabilité des dirigeants, ou à la joie de créer dans la réciprocité. Il y aurait là matière à élargir l'horizon des intérêts ou des préoccupations - y compris artistiques ou intellectuelles -, mais aussi à sensibiliser à la distanciation, à la relativité et à la hauteur de vue, ceux qui sont appelés à décider l'avenir de centaines voire de milliers de salariés mais que menacent, dans leur quotidien, l'abrutissement des calculs à très court terme et la froideur des décisions.

On "est" entrepreneur aussi par rapport à un double contexte, sociétal et sociologique. Est-il possible, à l'aune des particularismes de nouvelles générations de salariés volontiers infidèles et rétives aux fondements traditionnels du travail, de faire de l'entreprise un "sujet réel", une communion de désirs ?

Il faut faire leur éducation, notamment sur les vertus de la continuité et de la durabilité sans lesquelles l'individu ne peut s'inscrire "sujet" et donc ne peut exiger de l'entreprise qu'elle soit elle-même sujet. Tout espérance d'un désir d'entreprise et donc d'accomplissement des désirs individuels nécessite du temps, pour redéfinir les buts, repenser les méthodes, éduquer à la relation à autrui. Si seulement l'entreprise elle-même pouvait instituer en son sein une sorte "d'école libre de formation à la philosophie"...

Les dizaines de milliers de tentatives, souvent couronnées de succès, observées chaque année parmi les populations les plus vulnérables - précaires, discriminées, handicapées, même pauvres - en témoignent : l'initiative entrepreneuriale est de celles qui illustrent le mieux votre condamnation de la théorie du déterminisme social ou culturel à laquelle vous opposez l'individu "source de signification et de liberté"...

L'acte d'entreprendre dans l'économie est un acte créateur de l'esprit humain, et l'entreprise est révélatrice de la liberté créatrice, que n'importe qui peut manifester dans son emploi, y compris les fonctionnaires, les enseignants, les bénévoles, etc. Tout homme est créateur car tout homme est être humain et dispose des ressources pour exprimer sa volonté et sa faculté d'entreprendre.

Finalement, qu'est-ce que le bonheur ?

En premier lieu, définissons ce que n'est pas le bonheur. Il n'est pas la satisfaction immédiate de tous les désirs immédiats, notamment parce que le désir immédiat se heurte à celui de l'autre et que, souvent, son assouvissement est générateur de dangers - particulièrement financiers mais aussi, en cascade, familiaux, sociaux, professionnels. Le bonheur est l'accomplissement des désirs une fois qu'ils ont été passés au crible de la réflexion. Ces désirs au départ immédiats deviennent alors intelligents et maîtrisés. Une fois cette conversion réalisée, on peut entrer dans la construction du bonheur. Ce bonheur sera une attitude conquise à un niveau supérieur, dit de "réflexion", que manifestent trois jouissances. La première, et d'ailleurs la plus grande, est l'autonomie intérieure, grâce à laquelle on est le créateur de sa pensée et de sa vie. La seconde est la joie d'amour. Pas cet amour-combat, cet amour-compétition, cet amour-calcul, cet amour-ambigu, cet amour-haine, et finalement cet amour-échange qui ont contaminé la société. L'amour n'est vrai que lorsqu'il est donateur, et c'est à cette condition que peuvent se développer les meilleures coopérations. Contrairement à ce qu'affirmait Sartre, on aime pour aimer, on ne doit pas aimer pour être aimé...

... Certes, mais dans une société dont toutes les règles - sociales, comportementales, économiques, éducatives, etc. - sont réversibilité, adopter une conscience puis une attitude de réciprocité relève de l'exploit...

Pour accéder à la réciprocité, il n'existe pas d'autre moyen que de renoncer à la réversibilité. C'est à ce prix qu'on apprend à ne rien réclamer, à être simplement heureux que l'autre existe et à jouir de sa joie. Une joie bien sûr redoublée lorsqu'elle est réciproque. Et c'est à cette conversion de la réversibilité à la réciprocité que, dès le lycée, l'éducation philosophique devrait s'atteler.
Enfin, la troisième joie, qui ne peut envisagée qu'après l'accomplissement des deux premières, est la jouissance de vivre, dans laquelle on inscrit le sens de son existence. Cette jouissance est d'abord contemplative - admirer la beauté d'une montagne, d'un bâtiment, d'un tableau, d'un son, etc. - mais aussi créatrice - artistique, littéraire, industrielle, etc. La création conditionne celle de notre personnalité, et est capitale pour prendre conscience de soi, de ses facultés, et de constater le bonheur d'être là, au monde. Vivant. La création est comme le passage d'une fleur au fruit, elle démarre par rien et s'achève par un accomplissement. Le bonheur est la joie de l'autocréation, c'est le fait que tous les individus puis l'humanité entière arrivent à être Dieu. L'homme créateur de lui-même : voilà le bonheur.

 

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a écrit le 01/07/2013 à 14:49 :
Je cite : " La création est comme le passage d'une fleur au fruit, elle démarre par rien et s'achève par un accomplissement. Le bonheur est la joie de l'autocréation, c'est le fait que tous les individus puis l'humanité entière arrivent à être Dieu. L'homme créateur de lui-même : voilà le bonheur".
Pourriez-vous svp m'indiquer quelle substance il faut prendre pour arriver à ce degré de conscience ?
Entre nous, quand on voit ce qu'est devenu l'homme, je me demande si s'auto-créer est réellement un seource de bonheur... Je pense que c'est plutôt une source de honte (Dans De l'inconvénient d'être né, Cioran a écrit : "l'homme est le cancer de la terre"; à méditer...).

Réponse de le 01/07/2013 à 15:02 :
Superbe !
a écrit le 01/07/2013 à 11:11 :
Superbe.....Bon allé, retour à la vrai vie, il ne faudrait pas que je m'endorme, car toute les heures Bercy and cie me pompe 43% de mes recettes plus tous les +......Aller lors de ma prochaine réincarnation je serai fonctionnaire avec des trucs sympas comme RTT et fin du boulot à 17hoo.... Sur ce bonne journée, la mienne finira à 21Hoo avec de la chance.
Mais ya de la joie !!!!!! j'ai tenu bon un jour de plus.
a écrit le 01/07/2013 à 10:49 :
Entreprenez où vous voulez mais pas en France, à moins que vous soyez masochiste. Seuls ceux qui ont déjà donné en la matière savent de quoi je veux parler... Si malgré tout vous voulez vous lancer, sachez que vous devrez tous les jours affronter une administration de type ex URSS ou Corée du Nord, sans compter les prélèvements taxes, taxes sur les taxes, impôts en tout genre. Vous comprendrez vite que l'on ne souhaite pas vous ouvrir la route MAIS VOUS FAIRE RENDRE GORGE.
Réponse de le 01/07/2013 à 11:03 :
PARFAITEMENT EXACT. En plus des brimades incessantes de type soviétique, il ne vous restera RIEN. SACHEZ BIEN QUE L'ÉTAT NE VEUT QUE VOUS ANÉANTIR. La preuve, ceux qui ont compris quittent la France ou exercent dans des multinationales dont l'activité se situe à l'étranger. Ils ne payent pas d'impôts en France et ne sont pas concernés par les contraintes et tortures ( je pèse mes mots).
Réponse de le 01/07/2013 à 11:52 :
VOUS OUBLIEZ que l'entrepreneur doit s'inscrire dans une mission individuelle mais également sociétale...sinon son rôle se réduit à créer une Locomotive...sans les wagons !
Il y a ceux qui y arrive, et les autres non...MOI et ma compagne, malgrès la crise, avons créé EN FRANCE une entreprise en 2010...bénéficiaire en 2012 !!!...Incroyable non ? Signé ; un entrepreneur qui votre à Gauche ! ( incroyable aussi je sais )
Réponse de le 01/07/2013 à 12:10 :
Vous devez exercer avec un marché captif assuré par l'état....?
Réponse de le 01/07/2013 à 12:58 :
Sociétale...! L'on voit bien que vous êtes socialiste et que vous ne connaissez RIEN à l'entreprise dans un Pays trotkyste !
Réponse de le 01/07/2013 à 13:03 :
...notre activité est dans le registre du Mieux-être ( soins a la personne ) et en relation avec la Mondialisation puisque nous importons nos machines et les revendons...Il faut aussi préciser que nous avons débuté grâce à OSEO qui a pris le risque de nous financer, CE QU'AUCUNE BANQUE seule n'ose plus faire !!!...Puisqu'il est connue que les banques ne sont là QUE pour faire des profits FACILE ...dont nous PAYONS TOUS aujourd'hui leur pertes ( du moins leur conséquences....n'en déplaise aux pures capitalistes ).
Réponse de le 01/07/2013 à 13:07 :
Sur ce, je vous invite a revoir vos défénition :
OSEO = structure d'état socialiste qui aide les entreprises individuelles !!!
BANQUE = structure privé capitaliste qui endettent les individus et l'état !!!
Cherchez l'erreur...
Réponse de le 01/07/2013 à 13:09 :
A part les professions médicales qui n'ont pas de clients mais des usagers remboursés par la SS et donc par vos impôts, le secteur privé est mort.
Réponse de le 01/07/2013 à 13:19 :
C'est bien ce que je disais, vous dépendez du système de santé remboursé par nos impôts. Vos "clients" sont des usagers du public. Vous n'avez rien d'une société privée payée par ses propres clients qui eux ne sont pas remboursés par la SS...
Réponse de le 01/07/2013 à 13:23 :
OSEO ne finance que les entreprises socialistes dépendant directement ou indirectement de l'état.. Normal, ils ne prennent aucun risque au sens noble...! Ils ne savent pas analyser UN VRAI RISQUE PRIVÉ.
Réponse de le 01/07/2013 à 13:25 :
Secteur privé mort ?....en grande difficulté...A cause de QUI ?
Réponse de le 01/07/2013 à 13:39 :
A CAUSE des socialistes qui nous gouvernent depuis plus de 30 ans. Ce n'est pourtant pas compliqué...!
Réfléchissez un peu. Lorsque le privé sera définitivement mort avec quel argent serez-vous payé ???
Réponse de le 01/07/2013 à 13:46 :
Autres précisions : Notre activité NE DEPEND AUCUNEMENT du secteur de la Santé ou autre subvention public ! Sortez de votre archaïsme de pensée Ultra Libérale....
Réponse de le 01/07/2013 à 13:57 :
Je ne vous parle pas de subventions. Quels sont vos clients ?
Réponse de le 01/07/2013 à 13:58 :
Il ne s'agit pas de pensée Ultra libérale mais du simple BON SENS !
a écrit le 01/07/2013 à 8:35 :
S'épanouir en entreprenant, est-ce encore possible dans un environnement règlementaire qui annihile toute velléité créative? Est-ce encore possible dans un environnement administratif contraignant et tâtillon?Est-ce encore possible dans un monde financier et contractuel?
Le respect de la parole, le travail bien fait, la liberté des choix sont d'un monde qui n'existe plus. S'épanouir en entreprenant est désormais à conjuguer au passé. Il n'y a plus que 2 raisons pour entreprendre:Survivre ou faire du fric.
a écrit le 01/07/2013 à 1:12 :
> N'oublions pas qu'en 1 789 les révolutionnaires inclurent, dans une version finalement non retenue de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, le "droit de l'être humain à connaître le bonheur".

On trouve pourtant déjà cette phrase dans la Déclaration d'indépendance des USA:
https://en.wikipedia.org/wiki/Life,_liberty_and_the_pursuit_of_happiness
a écrit le 28/06/2013 à 17:29 :
je relis l'article, et c'est promis, je poste un commentaire. ça va être un peu long, mais ça a le mérite d?être intéressant.

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