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"Avec ou sans crise, l'environnement n'est pas la priorité des gouvernants"

Photo de Antoine Patinet

Propos recueillis par Marina Torre

Publié le 27 septembre 2013 à 08:20 - Mis à jour le 27 septembre 2013 à 14:18

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Le cinquième rapport du GIEC sur le climat est publié dans un contexte de crise économique. La politologue Annika Ahtonen spécialiste du développement durable au sein du think tank européen European Policy Centre détaille pour la Tribune les conclusions à tirer de ce rapport en termes d'enjeux européens.

Très attendu, le nouveau rapport du Giec sera-t-il entendu? Pour Annika Ahtonen, chargée des questions environnementales pour le think-tank European Policy Centre, la voix des scientifiques jouit toujours d'une crédibilité plutôt élevée à  Bruxelles. Mais le contexte économique fait prévaloir les questions de compétitivité industrielles sur les considérations environnementales.

Les questions environnementales ne sont plus le sujet numéro un. Comment le Giec peut-il espérer convaincre les responsables politiques de faire revenir cette question au centre de leurs préoccupations ?

Avec ou sans crise économique, les questions environnementales - même en Europe - ne risquent pas d'être tout en haut de la liste des priorités. La question qui se pose est la suivante : comment faire pour qu'elles soient davantage prises en considération ? Ce qui importe avant tout pour les gouvernants, ce sont une croissance durable, le progrès, le bien-être des citoyens… Donc il faut avant tout faire comprendre aux gouvernants que pour tenter d'atteindre ces objectifs, il faudra prendre en compte le changement climatique.

Les scientifiques notamment ceux du Giec, jouent à cet égard un rôle très important, tout comme ceux qui traduisent les résultats recherchent. Il leur appartient de communiquer de la meilleure façon possible afin de montrer comment l'activité sociale et économique bénéficiera d'une politique environnementale forte. Il leur faut traduire cela de façon compréhensible pour des gouvernants qui ont du mal à voir les choses à très long terme. Un objectif à 20, 25 ou 50 ans est difficile à appréhender pour des responsables politiques ayant des échéances bien plus courtes.

Mais comment croire la parole scientifique alors qu'elle est de plus en plus mise en doute (le Giec a par exemple reconnu que la prédiction de la fonte des glaces de l'Himalaya était une erreur) ?

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Les gouvernants ne se réfèrent pas à un seul rapport mais à un faisceau de preuves convergentes, et notamment des études provenant de la Banque mondiale ou bien de l'OCDE. Les critiques ne sapent pas la crédibilité des faits. Sur la base, tout le monde est à peu près d'accord. Il y a une différence entre l'Union européenne et d'autres régions du monde, comme les Etats-Unis où les climato-sceptiques sont beaucoup plus influents.

Mais même en Europe la voix des climato-sceptiques s'élève, notamment pour critiquer le montant des dépenses réalisées en faveur de l'environnement…

Il y a deux types de tactiques : investir pour réduire les émissions de CO2 au sein de l'Europe et, c'est vrai, risquer d'exporter le problème ailleurs. Mais on peut aussi bien réfléchir à la meilleure manière de réduire les émissions de façon globale. De ce point de vue, ce qui se décidera au sommet de l'ONU sur le climat à Varsovie sera très intéressant à observer. Bien sûr, il faudra déjà que les dirigeants européens s'accordent sur un projet commun. Mais il ne faut pas être trop pessimiste.

Les lobbies industriels jouant leur rôle, les initiatives pro-environnementales sont confrontés à des obstacles. Pour l'heure, quel est le rapport de force à Bruxelles ?

Bien sûr, toutes les voix sont entendues. Il est vrai qu'avec la crise, le débat s'est transformé. On observe une guerre entre la compétitivité et le climat. Depuis quelques mois, la préoccupation pour la compétitivité a pris le dessus, en raison des frustrations causées par la crise. Mais s'il est vrai que la prospérité européenne repose en partie sur l'industrie, ce secteur doit aussi prendre en compte la problématique environnementale. Oui, cela peut être un facteur de compétitivité de réduire les émissions de CO2. Par exemple, si l'on utilise la technologie pour réduire nos émissions, cela peut réduire les dépenses d'énergie. La recherche efficacité énergétique ne coûte pas seulement de l'argent mais peut en rapporter ! Mais c'est vrai qu'il est toujours plus facile de dire "non" aux initiatives.


En France, les gouvernements successifs tentent de mettre en place une taxation du carbone. Dans quelle mesure ce genre d'initiative vous semblent-elles une bonne manière de concilier ces points de vue antagonistes ?

Il faut internaliser les coûts de l'énergie. Si l'impact négatif des émissions sur l'environnement est intégré aux coûts de production, la transition vers une énergie plus propre sera plus rapide. Une taxe sur les produits selon leur empreinte carbone serait également souhaitable. Bien sûr elle serait très difficile à contrôler. Quelle est l'empreinte carbone d'un bien fabriqué en Chine ? Malgré ces difficultés, ce type de mesure me paraît tout à fait souhaitable.

 >> Un budget 2014 peu écolo qui épargne le diesel

A part les pays scandinaves qui sont les pays les plus actifs en Europe ?

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Les pays scandinaves sont à la pointe, c'est vrai, mais ils sont confrontés à leurs propres défis, à cause de leurs hivers très longs par exemple. Ils ont beau faire beaucoup d'effort, investir beaucoup pour réduire leur consommation d'énergie, leur empreinte carbone reste élevée. Ailleurs en Europe, nombre d'initiatives sont aussi prises au niveau local. Je pense aux smart-cities, ces villes qui réfléchissent à la meilleure façon de mutualiser les dépenses d'énergie.

Propos recueillis par Marina Torre

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