Grand Paris : un projet trompeur

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(Crédits : Reuters)
Le projet de Métropole du Grand Paris marque une volonté inouïe de re-centralisation. Un schéma calqué sur celui de Marseille, et donc totalement inadapté à un territoire de 12 millions d'habitants. Par Arnaud Bazin, président du Conseil général, divers droite, du Val d'Oise

 Le projet actuel de Métropole du Grand Paris est trompeur en ce qu'il donne l'impression de ne pas ajouter une couche supplémentaire au « mille-feuille administratif», en supprimant, en tant que territoire autonome, les intercommunalités. De livrer à la prédation le "dernier né du troupeau". C'est le moins connu, le plus jeune, le plus faible.

Mais c'est aussi, le plus prometteur car les intercommunalités, même si c'est de manière dispersée et progressive sur le territoire francilien, ont démontré depuis plus de vingt ans qu'elles étaient non seulement capables de porter de grands projets de développement et d'aménagement sur leur territoire, mais aussi de le faire de manière équilibrée, d'être le premier échelon de solidarité sociale et financière, et de rester proches et attentives aux attentes de leurs concitoyens.

 Le rôle décisif des intercommunalités

Parmi les projets les plus dynamiques du Grand Paris, nombreux sont ceux dans lesquels les intercommunalités ont joué et jouent un rôle décisif : Plaine Commune dans le territoire de la Culture et de la Création, Cergy-Pontoise et les deux rives de Seine dans Confluence, Val de France, Roissy Porte de France et Terres de France dans le Grand Roissy, Grand Paris Seine Ouest dans l'innovation numérique, etc…

 L'Ile de France ignorée

Ce projet est trompeur en ce qu'il ignore la Région Ile-de-France dans la redistribution des compétences proposées. Mais quel extraordinaire contresens que de doter cette nouvelle métropole de compétences fortes en matière d'urbanisme, de logement et d'aménagement urbain tout en ignorant la question des transports. L'histoire de l'Ile-de-France a démontré à quel point le manque de coordination entre la mise en service de moyens de transports et l'arrivée des habitants et des emplois nouveaux peut handicaper ou même empêcher le développement des territoires.

 Un retour en arrière inouï vers la centralisation

Ce projet est trompeur lorsqu'il prend la responsabilité des Plans Locaux d'Urbanisme aux communes et fait mine de la rendre à un nouvel échelon territorial baptisé « territoire ». Quelle malice de faire croire que personne n'est perdant dans ce jeu de bonneteau. Mais ces territoires, sans autonomie politique et juridique, gérés directement par une administration qui est celle de la métropole, seront une fiction. Le choix véritable est bien de concentrer, dans les mains d'une administration unique, toutes les décisions de constructibilité à l'échelle de 6,5 millions d'habitants. C'est un retour en arrière inouï vers une centralisation de la décision comme la pratiquait l'Etat avant la décentralisation.

 Une somme de propositions en trompe l'oeil

Lorsqu'on fait le total des choix, la Métropole du Grand Paris est tissée d'une somme de propositions en trompe-l'oeil. Une somme de propositions qui ne fait pas un projet pertinent. Une somme de propositions qui ignore largement l'histoire et la géographie du Grand Paris. Une somme de propositions qui handicape son avenir.

Mettre sur la table, dans la précipitation, une Métropole qui est largement le copié/collé de la solution marseillaise, ce n'est pas construire le projet dont le Grand Paris a besoin. La Métropole de Marseille comptera, en 2015, l'équivalent de la population de Paris en…1860, le Paris d'Haussmann. On ne peut tout simplement pas plaquer sans vergogne des solutions peut-être valables pour un espace urbain d'un million et demi d'habitants, sur une communauté de vie de 12 millions d'habitants. L'erreur la plus fondamentale de ce projet est une erreur d'échelle.

 Servir les intérêts du Parti socialiste...

En définitive, eu égard à tous ses vices originels, dénoncés par l'écrasante majorité des élus franciliens et leurs équipes, qui seront en première ligne pour une mise en œuvre qui s'annonce périlleuse, la Métropole, telle que défendue par une poignée de parlementaires emmenée par Claude Bartolone, apparaît de plus en plus comme un projet de nature politique avec un petit « p ». Elle servira en premier lieu les intérêts du Parti socialiste, assuré, même en cas de basculement de Paris dans quelques jours et de la Région l'an prochain, de conserver le pouvoir sur le cœur de l'Ile de France via une majorité indéboulonnable au sein du futur Conseil métropolitain.

 ... et de la Seine Saint Denis

Elle servira les intérêts de la Seine Saint Denis, dont les parrains politiques de ce département, manifestement las de se débattre avec les conséquences de leur gestion, ne se contentent plus de jouer « petits bras » en ponctionnant leurs voisins mieux avisés via la péréquation traditionnelle. Ils ont manifestement résolu de passer à la vitesse supérieure en organisant le mariage forcé des cigales et des fourmis sous le régime de la communauté des biens.

 Le premier féodal de France

Il apparaît de plus en plus qu'elle servira un homme qui, à défaut de la seconde ou de la quatrième place dans l'Etat, tâches rendues ingrates par l'impéritie au sommet, se verrait bien, hors classement, endosser dans la durée le costume de premier féodal de France. Une autre Métropole reste possible. Un projet qui offrira un autre avenir à la région métropole est possible. Un avenir qui ne trace pas des frontières de pierre, qui n'aggrave pas la fracture entre la grande et la petite couronne, un avenir qui permette aux représentants du peuple d'exercer leurs responsabilités en restant connectés aux citoyens du Grand Paris, un avenir qui permette de dynamiser le développement des territoires, dès aujourd'hui et pour demain.

 Arnaud BAZIN

Président du Conseil général du Val d'Oise

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Commentaires
a écrit le 23/05/2014 à 16:11 :
Cet article est tout simplement immonde en ce qui concerne la Seine Saint Denis... Ce monsieur s'est il jamais demandé comment la personne qui fait les ménages de son bureau fait pour se loger, avec des Hauts de Seine qui ne respectent jamais leurs quotas de logements sociaux ?
a écrit le 04/04/2014 à 0:45 :
Pourquoi nous payons une Taxe d'équipement pour le Grand Paris dans notre taxe d'habitation et notre taxe foncière, alors que le V al d'Oise n'est pas dans le Grand Paris.....
a écrit le 14/03/2014 à 19:08 :
Mr BAZIN dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas.

il faut trouver un moyen d'éponger les dettes vertigineuses du 93
a écrit le 14/03/2014 à 16:54 :
Le Grand Absent du Projet c'est l'économie. Je trouve cela très inquiétant.
a écrit le 14/03/2014 à 12:17 :
Je ne comprends rien à toutes ses histoires politiques mais ce qui est clair c'est qu'il y aura deux catégories de franciliens ceux qui sont dedans et ceux qui sont en dehors de la métropole et là je ne vois pas pourquoi. Après tout on prend le même train le matin pour aller travailler à PARIS.
a écrit le 13/03/2014 à 16:40 :
est complètement enclavée à l'intérieur de son périphérique alors que ses concurrentes - oui concurrentes - comme Londres, Berlin ou Moscou s'épanouissent. Il faudra bien que les choses changent un jour, malgré ces centaines de petits barons locaux qui craignent pour leur job. 37 000 communes en France, c'est une cacophonie permanente ! L'Allemagne plus peuplée que nous et pourtant plus riche n'en a que 12 000 ! Votre bonne ville de Persan n'existerait pas en Allemagne, ni en Italie, ni en Angleterre, ni aux Etats-Unis, elle est là la réalité.
Réponse de le 14/03/2014 à 11:51 :
110 % ok avec vous. On est au 21ème siècle, il faut s'adapter ou disparaître. Le drame maximal c'est que la loi n'a pas supprimé les communes de la métropole. L'Ile Saint Denis qui va continuer à exister avec moins de 4000 habitants par exemple !
Réponse de le 14/03/2014 à 14:05 :
sauf qu'à Londres et Berlin, on y respire, et à Paris on y crève .
Réponse de le 14/03/2014 à 17:05 :
ok la qualité de l'air est un problème majeur. Il y a aussi la question essentielle de l'alimentation des métropolitains dont on ne parle nulle part. L'échelle régionale aurait permis d'intégrer les grandes forêts domaniales et les terres agricoles.
a écrit le 13/03/2014 à 14:59 :
le Val d'oise c'est trop loin de paris...bien pour se promener le WE.
Réponse de le 13/03/2014 à 16:59 :
N'importe quoi. Paris STLazare est à 15 minutes d'Argenteuil
Bezons à 15 minutes de La Defense par le Tram,qui a l'obligeance de desservir Paris
Quand à la déclaration de m.Bazin,un politique de métier,qui s'échine à protéger son fromage UMP,aidé par M.Lefevre patron des PS VO,qui ne veut absolument pas une intrusion de M.Bartolone dans ses affaires.
Alors braves gens de Roissy,Sarcelles,Enghien,Argenteuil,faites votre deuil pour avoir des villes accueillantes,vous n'aurez que des cités dortoirs!!! Merci les petits barons ridicules.
Réponse de le 14/03/2014 à 12:05 :
j'habite le val d'oise depuis 25 ans. les gens y sont sympas même si on sent que c'est de plus en plus dur pour beaucoup. Je ne comprends pas pourquoi nous sommes exclus.

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