Face à la mondialisation, une France schizophrène

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Dans le dossier SFR-Numericable, le gouvernement affiche une fois de plus une attitude schizophrène, face à un investisseur étranger: une attitude punitive et comminatoire contredit la volonté affichée d'ouverture. Par Olivier Babeau, professeur, université Paris 8

« Mais que diable allait-il faire dans cette galère ? » pourrait-on dire pour paraphraser Molière. En affirmant au micro d'Europe 1 qu'il soutenait l'offre de Bouygues, quelques heures avant que SFR annonce choisir celle de Numéricâble, M. Montebourg a fait l'éclatante démonstration de la vanité de ses prétentions à disposer d'une influence sur les évènements. Mais le plus inquiétant n'est pas que de tels propos ait pu être tenus ; le plus inquiétant est qu'ils ne sont probablement même pas regrettés. Il y aurait urgence pourtant à prendre conscience de l'œuvre terrible de décrédibilisation de la parole politique qui s'opère à travers de telles saillies.

Une logique de communication gouvernementale qui est celle de l'émotion

Cet épisode quelque peu ridicule illustre le décalage dont nos gouvernants font preuve lorsqu'ils traitent les questions économiques, abordant avec la logique de la communication, qui est celle de l'émotion et des représentations simplistes de la réalité, des affaires qui se traitent en rationalité. SFR, tout simplement, a pensé que l'offre de Numéricable était stratégiquement la plus intéressante pour permettre son succès à long terme. Le groupe y trouvera non seulement la possibilité d'exploiter des synergies entre activités fixe et mobile pour le développement d'une offre de Très Haut Débit, mais aussi de renforcer l'efficacité de sa présence sur le segment de clientèle entreprise.

Les propos d'Arnaud Montebourg à l'image d'une France schizophrène

Sur le marché difficile et concurrentiel des télécoms, où les technologies et la demande évoluent très rapidement, la capacité de proposer à moindre coût une offre de pointe s'adressant aux grands segments de clientèle est décisive pour la conservation des parts de marché et des marges. C'est sans doute difficile à comprendre pour un responsable politique, mais un chef d'entreprise qui soumettrait ses choix stratégiques fondamentaux au maintien momentané des emplois où aux imprécations moralisatrices de tel ou tel tribun serait un pauvre dirigeant. Il mettrait son entreprise en péril. Les propos de M. Montebourg sont à l'image d'une France schizophrène qui dit vouloir s'ouvrir tout en restant essentiellement sur le mode comminatoire face aux acteurs étrangers.

Un message brouillé vis à vis de l'extérieur

Ce nouvel épisode vient brouiller un message français en direction de l'extérieur qui avait déjà multiplié les signaux contradictoires, les déclarations à l'emporte-pièce contre Mittal alternant avec des accolades présidentielles aux entrepreneurs et des réunions chaleureuses avec les représentants des grandes sociétés du Net. C'est probablement sur le terrain des impôts que les contradictions sont les plus flagrantes. Les annonces d'allégements de charges promises sont un bien maigre contrepoids à l'incroyable créativité fiscale dont l'Etat fait preuve. Les annonces lénifiantes de remise à plat fiscal rapidement oubliées sont remplacées par une singulière agressivité vis-à-vis des acteurs extérieurs, parmi lesquels au premier chef les investisseurs étrangers, en particulier dans le numérique et les télécoms.

Un registre punitif

Procédures juridiques, dénonciation publique, menaces de contrôle fiscal, nos gouvernants adoptent un registre avant tout punitif, comment s'étonner alors que les « mains tendues » ne trouvent guère d'échos ? Comment paraître accueillant aux investisseurs extérieurs quand nous n'avons à la bouche que des soupçons de malhonnêteté et de malfaisance les concernant ? Les exigences très rigides exprimées dans le dossier Numéricable sont d'autant plus étonnantes qu'en janvier dernier Mme Pellerin avait salué sans réserve l'acquisition du Français Neolane par Adobe, une société qui n'est pas la dernière à pratiquer l'optimisation fiscale !

A une mondialisation qui nous effraie, nous opposons un rêve d'autarcie et un fantasme de contrôle total. Si y renoncer est très difficile à nos gouvernants, c'est peut-être que vivre dans un monde où consommateurs, entreprises et investisseurs peuvent arbitrer leurs choix en faisant fi des frontières révèle de façon pénible les insuffisances de notre pays. Il est alors rassurant, plutôt que de se comparer, de se convaincre que le politique est omnipotent et peut dicter ses conditions à tous ceux qui agissent sur notre territoire.

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Commentaires
a écrit le 27/05/2014 à 11:31 :
Arrêtez de nous insulter !!! C'est le FN que vous voulez ?
a écrit le 12/05/2014 à 13:39 :
Très bon acticle, une vraie pensée libérale. Félicitations !
a écrit le 11/05/2014 à 16:06 :
Le monde doit s'adapter à la vitesse de la France puisqu'elle est la meilleure, on sait pas bien sur quoi... en éducation ou bien en croissance, peut-être en emploi? En idh, en attractivité ou bien en bureaux? La France est un grand pays humaniste, sur le papier...
a écrit le 06/05/2014 à 13:21 :
Il faut être réalistes, combien d'entreprises célèbres en nom propre faisant des bénéfices rachetées par des fonds de pension rapidement étranglées puis fermées.
Dont la mienne 4 usines n'en reste que la moîtié d'une.
Pourquoi devrions-nous avoir confiance, ils sont âpres au gain et incompétants dans la gestion à long terme des boîtes qu'ils ont acquises.
a écrit le 25/04/2014 à 3:13 :
Article totalement navrant...
Le politique n'est pas que l'affaire des "hommes politiques". C'est l'affaire de tout. L'enterrer c'est de se condamner à n'être plus que des employés et des consommateurs. Et laisser définitivement le marché décider de nos vies et du fondement de nos sociétés.

Ensuite qu'on arrête avec cette fiction du "libéralisme". Lorsque les USA ou le Royaume-Uni nationalisent des entreprises pour les "sauver", c'est du libéralisme ? Lorsque les USA menacent les banques suisses d'asphyxie si elles ne livrent pas leurs informations, c'est du libéralisme ? Lorsqu'ils défendent leurs intérêts commerciaux avec leurs canons pareil ? En fait le libéralisme c'est juste bon pour le pecno qui pert ses économies en bourse. Ou qu'on oblige à travailler pour 3€ de l'heure.

Face à cette hypocrisie, comment ne pas en appeler au retour du politique ?
a écrit le 14/04/2014 à 1:04 :
On se dirige vers l'oligarchie, quelques riches et la majorité au smic qui se battent entre eux pour récuperer les miettes.
a écrit le 03/04/2014 à 17:12 :
Excellent article, qui presente clairement la situation de France, contrairement aux mensonges de nos politiques clientelistes.
A voir le nombre de reactions negatives a cet article dans les commentaires, manifestement il y a encore du boulot pour retablir la verite.
Plus tot on accepte la maladie et on essaye de se soigner, le plus tot on est gueri, en attendant on creuse....
a écrit le 30/03/2014 à 10:15 :
SI ONT LAISSE FAIRE LES MONOPOLES ONT DEVIENDRAIS TOUS SMICARD JETABLE ET CORVEABLE AUX ORDRE DU ROI ARGENT ? LE PARTAGE DES RICHESSE SONT DUE AUX HOMMES POLITIQUES ET AU SYNDICALITES DE GAUCHE? ONT NE PEUX PAS NIEZ CELA DEVANT L HISTOIRE???
Réponse de le 12/05/2014 à 13:37 :
Quand on parle de partage de richesse c'est plutôt : l'argent des autres. Nos hommes politiques sont bien content de répondre à leur clientèle électorale puisque les premiers bénéficiaires c'est eux !
a écrit le 27/03/2014 à 9:41 :
Il faudrait arrêter d'inventer n'importe quoi sur la F rance et les français !!! "Ce qui se dit sans preuve ,se réfute sans preuve (Euclide)" Votre propos est donc parfaitement inutile !!!
Un commentaire ne vaut la peine d'être écrit et lu que s'il fait l'économie des préjugés et autres paresses d'esprit ,pour apporter une explication et une vision rationnelles des choses. alors épargnez nous vos humeurs sur vos compatriotes. Elles sont purement subjectives et sans intérêt.
a écrit le 26/03/2014 à 13:46 :
Ce sont nos politiques qui retardent notre entrée dans la mondialisation et qui aggravent la situation par leurs mesures clientélistes et intéressées.
Les individus ou les entreprises seront toujours plus réactivent que les hommes de l'état parce qu'ils savent où sont leurs intérêts.
La France a d'énormes atouts mais nos hommes politiques continuent à nous faire croire qu'ils nous faut des béquilles alors que nous avons tous des ressorts sous les pieds.
a écrit le 26/03/2014 à 10:25 :
Qu'il se méfie, l'Olivier Babeau, son université répond de moins en moins bien à la demande en qualifications des entreprises mondialisées et elle ne tient que grâce à un soutien public. Si les étudiants devaient financer son poste, ils préfèreraient pour moins cher étudier en anglais à Londres ou en Grande-Bretagne. C'est facile de louer les bienfaits de la guerre économique quand on est embusqué à l'arrière du front.
Réponse de le 27/03/2014 à 10:17 :
Parfaitement exact.
D'ailleurs , si il était vraiment au courant , il saurait que les enjeux ne sont pas là ou il le croit.
Cela s'appelle être à côté de la plaque.
Enfin , je souligne votre remarque fort juste , si besoin était...Si vous ne maîtrisez pas un excellent anglais technique , ce n'est pas la peine de payer le billet pour traverser le channel...autant s'acheter des cacahuètes.
Réponse de le 31/03/2014 à 13:48 :
Vous voulez dire Didier qu'il fait partie de ses "élites intellectuelles" qui n'ont jamais bossé en entreprise et qui donnent des leçons ?
Réponse de le 04/04/2014 à 12:53 :
Renseignements pris, il a travaillé moins de deux ans dans le consulting (conseil en stratégie), il y a douze ans.
a écrit le 21/03/2014 à 9:42 :
Hélas! Navrant et totalement. Je penses que le problème ne s'arrête pas aux politiques mais à l'ensemble de nos hauts fonctionnaires qui s'ils sont, de remarquables machines intellectuelles, oublient qu'il ne s'agit pas d'un jeu de lego dont ils ont toutes les pièces.
a écrit le 20/03/2014 à 12:44 :
je crois que c'est la personne qui a écrit cet article qui est schizophrène
a écrit le 20/03/2014 à 10:35 :
Il est vrai que face à l'absurdité de l'existence de Montebourg au sein d'un ministère à dénomination idiosyncratique (redressement productif!) des mots sévères doivent être employer. Merci à l'auteur de cet article d'avoir osé employer ces mots.
Mais je dirais que Montebourg ne brouille pas ses messages; le personnage est brouillé, intellectuellement désastreux, ses messages hors de la France sont compris; ils font partie d'un champ culturel qu'on attribue à la France, à sa structure politique et économique. Les français ne se rendent pas compte ô combien le nom de cet individu est cité dans la presse internationale; son image n'est pas que négative, il contribrue à la ridiculisation de la France et des français. Honte à nous qu'il soit toujours ministre!
a écrit le 20/03/2014 à 10:27 :
La majorité de la population rejette le mondialisme parce qu'elle n'a rien a y gagner. Seul une minorité profite de la situation mais toujours au dépend d'une majorité qu'elle se permet de juger!
Réponse de le 20/03/2014 à 11:45 :
donc la mondialisation ne vous profite pas: regardez le lieu de fabrication de vos fringues, telephones, TV, chaussures, etc.
Et demandez-vous combien couterait le jean que vous payez 50€ s'il etait fabriqué en France... Arretons l'hypocrisie et le populisme !
Réponse de le 20/03/2014 à 11:51 :
Le populisme c est pas beau et sa sent mauvais.
Réponse de le 20/03/2014 à 13:16 :
Quand tout est fabriqué ailleurs cela profite a une majorité? On voit le résultat!
Réponse de le 20/03/2014 à 14:30 :
Quand tout vient d ailleurs cela profite toujours à une minorité.
Réponse de le 20/03/2014 à 14:43 :
oui les autres fabriquent et nous nous sommes au chomage. c'est intelligent
Réponse de le 28/03/2014 à 14:53 :
C est plus complexe que vous le pensez. Beneficient de la mondialisation ceux qui ne sont pas expose a la concurrence exterieure: retraités, fonctionnaires, professions reglementes ou beneficiant d un monopole (taxi, pharmacien, medecins/dentistes ...)
Par contre c est sur que pour l ouvrier lambda ou meme pour un ingenieur (l informatique se delocalise tres bien en inde ou la R&D en chine) c est loin d etre evident. Mais combien pesent ces personnes ?
et de toute facon, bloquer la mondialisation ne serait il pas pire que le mal ? (ca va athrophier la France et on va fionir commela coree du nord, a crever de faim.)
Réponse de le 04/04/2014 à 12:57 :
Oui, mais il faut tenir compte des gens exposés indirectement aux périls de la mondialisation. La femme fonctionnaire peut avoir un mari qui travaille dans le privé, le retraité peut avoir des enfants au chômage, l'artisan du BTP peut avoir comme clients des cadres du privé, etc.
a écrit le 20/03/2014 à 8:40 :
Olivier Babeau devrait aller travailler chez Orange ou SFR au lieu de donner ces leçons de morale ridicules et déplacés. On devrait le licencier pour faire baisser les impots face aux pays concurrents et lui dire c'est la mondialisation il faut s'adapter.
a écrit le 20/03/2014 à 7:39 :
Face aux privatisations, des économistes schizophrènes.

Tout en faisant des pieds et des mains pour que les autres salariés soient privatisés, puis mis en concurrence sans espoir de succès avec des pays du tiers-monde, ils continuent à donner leurs leçons bien à l'abri de leur statut de fonctionnaire d'Etat, en attendant leur petite retraite.

Le moindre universitaire en sciences exactes, placé face au même échec que les économistes néo-libéraux après la crise de 2008, aurait la décence de se taire et de balayer devant sa porte. Mais une telle décence n'est apparemment pas la chose du monde la mieux partagée...

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