Pourquoi il faut faire entrer les études de genre dans les écoles de management

La sensibilisation à l'égalité homme-femme à l'école primaire, d'accord, mais dans les grandes écoles ? Pour Emmanuel Zenou, enseignant-chercheur en finance et membre de la Chaire en gouvernance d’entreprise du Groupe ESC Dijon-Bourgogne, il faut absolument qu'elles s'y mettent...
(Crédits : Reuters)

Après les polémiques et nombreux fantasmes générés par la mal nommée « théorie du genre », plusieurs voix ont rappelé à juste titre que cette « théorie du genre » n'existe pas. Seules valent des « études de genre », qui visent à une sensibilisation sur les sujets d'égalité entre hommes et femmes et la prise de conscience des jugements et des stéréotypes qui peuvent être véhiculés sur ces questions.

 

Prendre conscience de la réalité de l'inégalité homme-femme

Ces polémiques ont concerné notamment des études sur le genre enseignées dans les écoles primaires. Mais pour ce qui est de notre système français d'éducation supérieure, qu'en est-il par exemple dans nos Grandes Écoles, importantes pourvoyeuses de futurs cadres et managers ?

En quoi les études de genre peuvent-elles être utiles à des étudiants qui d'ici peu de temps entreront dans le monde du travail ? Correspondent-elles à une réalité qu'ils retrouveront dans leurs prochaines fonctions et futurs environnements professionnels ?

La réponse est - malheureusement - très simple. Dans le monde du travail que nos étudiants et étudiantes trouveront à la sortie de l'école, les inégalités salariales entre hommes et femmes demeurent : plus de 19% d'écart dans le secteur privé et semi-public, même en ne prenant que les salaires à temps complet (Dares Analyses n°016, mars 2012).

Et c'est pire encore justement pour les cadres supérieurs et chefs d'entreprise (29%). Il s'agit donc de tout sauf d'une chimère ou d'un sujet de polémique : faudrait-il éviter d'en parler et cacher cette réalité ? Ou faut-il les préparer à y faire face et en prendre conscience, pour finalement tenter d'améliorer les choses ?

 

La parité améliore les compétences des conseils d'administration 

Lions cela à un autre exemple fort présent à l'heure actuelle dans l'actualité économique des entreprises : la gouvernance et les conseils d'administration. Nous avons depuis 2011 une loi sur la proportion obligatoire de femmes aux conseils d'administration des grandes entreprises (40% d'ici 2017). 

Ici encore plusieurs études, issues du monde académique comme du monde professionnel, ont montré que la diversité de genre permettait aux conseils d'administration d'élargir la gamme de leurs solutions et ressources stratégiques, d'améliorer les compétences du conseil, voire d'innover et d'améliorer la performance des entreprises.

Prégnance des stéréotypes

N'y a-t-il pas lieu dès lors d'aborder ces questions avec nos étudiants, en leur montrant l'intérêt d'éviter les stéréotypes sur les compétences managériales des hommes et des femmes ? Une récente étude expérimentale menée dans plusieurs grandes écoles de management montre ainsi que lorsque l'on donne la possibilité aux étudiants de sélectionner les membres du conseil d'administration, ils commencent quasiment systématiquement par choisir d'abord des hommes, et ensuite seulement des femmes.

Quand ils les choisissent, ils prennent plutôt des hommes relativement âgés et expérimentés, et les femmes choisies sont plutôt plus jeunes. Quand il s'agit de choisir des ingénieurs, là encore ils sélectionnent plutôt des hommes et ont du mal à imaginer des femmes ingénieures. Enfin, ils choisissent davantage d'hommes dans le secteur automobile, et bien sûr plus de femmes dans le secteur des produits de luxe…


Des questions qui les toucheront rapidement 

Alors la conclusion est claire : il n'est pas raisonnable de se passer des études de genre pour former les futurs managers de nos entreprises. À moins de considérer que ce n'est pas à notre système éducatif de donner aux étudiants de l'enseignement supérieur des outils pour prendre conscience de ces situations.

Il s'agit pourtant non seulement de vraies questions qui les toucheront très vite, en tant qu'objet de ces inégalités ou acteurs de leur gestion, mais également d'une facette de la vie des entreprises et des organisations qui est tout sauf un fantasme ou une fiction.

 

 

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Commentaires 15
à écrit le 14/04/2014 à 15:44
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De quoi parle-t-on ? D'enseigner aux enfants que les inégalités homme/femme existent alors qu'il faudrait les combattre. Que les préjugés sexistes n'ont rien à voir avec les différences sexuelles. On pourrait dire qu'il s'agit d'apaiser la société de...

à écrit le 12/04/2014 à 12:16
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Tous le inconditionnels de l'égalité Femmes/ Homme (dans l'ordre alphabétique, confondent égalité de traitement et égalité de comportement, ce qui conduit d'ailleurs à la sinistre théorie du genre, qui n'existe bel et bien et selon laquelle les garço...

à écrit le 11/04/2014 à 18:59
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LA théorie du genre n'existe effectivement pas, mais le site de l'initiative les ABCD de l'égalité explique bel et bien que l'objectif est de déconstruire le genre masculin. Alors oui, les études de genre sont fort intéressantes. Encore faut-il qu'el...

le 11/04/2014 à 20:32
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Lutter contre le stéréotypes pour aboutir à une moindre inégalité des femmes dans le mode du travail (salaires, promotions...) ne me semble pas "déconstruire l'identité masculine" mais plutôt déconstruire le sentiment de supériorité de l'homme sur la...

le 12/04/2014 à 8:13
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C'est pourtant ce qui est dit sur le site ABCD de l'égalité... Pour l'instant ce qui est clair c'est que les garçons sont ceux qui rencontrent le plus de difficultés à l'école.

le 12/04/2014 à 8:17
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@? Si l'idée est simplement d'expliquer aux garçons qu'ils ne sont pas supérieurs aux filles, pas besoin de les inciter à jouer à la poupée ou de les obliger à jouer le rôle du petit chaperon rouge.

le 14/04/2014 à 16:59
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@hermes : Les orientations et programmes scolaires sont décidés par la haute administration de l’Éducation Nationale et ce sont majoritairement des hommes, plus nous nous élevons moins il y de femmes.( voyez l'université ! )..Les professions prése...

à écrit le 11/04/2014 à 17:23
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tout ce qui peut aider" l'handicap naturel" des femmes sur les hommes( problèmes gyneco., grossesses, allaitement,....) et en particulier des créations de crèches ou des lois compensatoires contre l'effet des arrêts et difficultés multiples spécifiqu...

le 12/04/2014 à 5:43
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'Handicap naturel' des femmes. Rien que cela ! Les femmes sont différentes des hommes mais certainement pas handicapées. A moins que l'on considère que le fait de donner la vie soit un handicap. Les femmes ne sont pas des petites choses fragiles. Je ...

à écrit le 11/04/2014 à 17:19
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Je ne pense pas qu'un cours sur le genre va aider un ou une jeune à trouver du travail ou à progresser dans sa carrière. Donc je ne pense pas qu'un étudiant soit prêt pour payer ce type de formation. Et puis arrêtons de vouloir imposer des quotas...

le 11/04/2014 à 19:03
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"La différence de 19% est principalement lié au fait qu’en moyenne les hommes et les femmes ne choisissent pas le même ratio entre carrière et vie privée. Ça n’est pas la faute des entreprises !" Si ce que vous dites est véridique, il s'agit donc d'u...

le 14/04/2014 à 17:23
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C'est bien sur vos allégations qui ne correspondent pas à la réalité des chiffres soigneusement étudiés par l' l'INSEE., le constat est clair , il faut maintenant agir c'est tout le but de la nouvelle loi sur l’égalité H/F...D'ailleurs,l’événement i...

à écrit le 11/04/2014 à 15:47
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Commençons par juger les compétences avant de regarder le sexe du candidat, parce que se soucier de ces questions dans un cadre éducatif c'est déjà une ouverture pour marquer une différence. La phallocratie c'est des centaines d'années d'existence, i...

le 11/04/2014 à 20:49
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Je ne partage pas votre vision sur un progrès vers plus d'égalité qui se ferait tout seul à son rythme, et qui justifierait de laisser le progrès suivre son cours sans vouloir l'accélérer. C'est oublier que le progrès ne s'est pas fait tout seul mais...

à écrit le 11/04/2014 à 14:53
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Ce qu'on devrait interdire, ce sont les enseignants chercheurs en finance. Homme ou femme. Au moins dans ce cas, égalité parfaite.

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