France : la rigueur dans l'impasse

Olivier Passet, Xerfi

Olivier Passet, Xerfi
Jusqu'où pourra aller la rigueur en France ? Il est toujours délicat d'interpréter le message d'une élection. Mais il est clair que le désaveu des élections municipales fédère ceux qui sanctionnent l'absence de dimension sociale de la politique gouvernementale et le ras-le-bol fiscal de toute une partie de la population.
La rigueur française peut certes sembler modérée au regard de ce qui s'est produit dans d'autres économies européennes. Mais elle est triple :
La rigueur pénalise d'autant moins l'activité réelle qu'elle est perçue comme un épisode transitoire. L'épargne peut jouer alors son rôle d'amortisseur. Or c'est précisément sur ce point que le gouvernement est véritablement en échec. Il a opté pour une stratégie graduée pour épargner l'activité réelle mais par manque de crédibilité, il a créé dans le même temps le sentiment d'un tunnel sans fin qui mine son objectif. Et le léger dérapage du déficit fin 2013 participe à nouveau à ce sentiment. Le problème n'est pas tant d'avoir fait 4,3 au lieu de 4%. Mais plutôt le fait que l'horizon de relâchement de la rigueur ne cesse d'être différé.
À lire également
Avec le pacte de solidarité, il tente de faire entendre que la rigueur aura une fin. Sauf que pour l'heure la pression est bien là, sur les ménages, et que les promesses demeurent des chèques en blanc. Pour inverser les anticipations, il faudra autre chose que des annonces. Or cette chose ne peut être que la croissance, autrement dit les premiers dividendes de la politique de l'offre. Cela ressemble bien à une impasse, car il n'y aura pas de dividendes sans coopération européenne, ce mot que l'on ose à peine prononcer tant il fait partie ces voeux pieux, sans prise sur le réel.
Olivier Passet, Xerfi