François Hollande peut-il encore réussir son quinquennat ?

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(Crédits : Reuters)
Pour faire baisser le chômage, condition de la réussite de son quinquennat, François Hollande doit faire baisser l'euro, pour relancer la demande, et alléger les impôts des entreprises, afin de renforcer l'offre. Par Jean-Pierre Vesperini, professeur agrégé des Facultés de droit et des sciences économiques

Depuis qu'il a été élu président de la République, François Hollande s'est fixé deux objectifs : faire tomber le déficit public en dessous du seuil magique des 3% du PIB et réduire le chômage. Il a échoué sur ces deux objectifs. À l'automne 2012, il s'était en effet engagé à ce que le déficit public soit égal à 3 % du PIB en 2013. Nous constatons qu'il a été égal à 4,3 %.

D'autre part, juste avant que François Hollande n'accède au pouvoir, au premier trimestre 2012, le taux de chômage était égal à 9,5 % de la population active. Il était égal à 10,2 % au quatrième trimestre 2013.

Les raisons de ce double échec sont bien connues. Elles résultent du matraquage fiscal des entreprises et des ménages auquel s'est livré le président dans sa hâte d'augmenter les recettes fiscales afin d'atteindre l'objectif de déficit de 3 % du PIB le plus rapidement possible pour satisfaire les exigences de la Commission européenne. En effet, ce matraquage a eu pour conséquence de casser la croissance de l'économie française, donc d'augmenter le chômage. D'autre part, il a empêché les recettes fiscales d'augmenter autant que les hausses d'impôts le laissaient espérer, ce qui n'a permis qu'une très faible baisse du déficit public (0,5 % du PIB).

Pas capable de tirer les leçons des politiques d'austérité

Ces deux premières années de présidence sont donc un échec parce que, de façon étonnante, François Hollande n'a pas été capable de tirer la leçon des politiques d'austérité menées depuis 2010 dans les pays du sud de l'Europe, qui se sont toutes soldées pour les mêmes raisons par des échecs. Sanctionné dans les sondages et lors des élections municipales, François Hollande a donc décidé de réorienter sa politique économique pour les trois dernières années de son quinquennat.

La réorientation de sa politique est bienvenue puisqu'au lieu d'augmenter la pression fiscale sur les entreprises, comme il l'avait fait dès le début de son quinquennat, le chef de l'État a décidé de l'alléger. Après deux ans de présidence, François Hollande découvre que la situation financière des entreprises est une variable essentielle pour le bon fonctionnement de l'économie, bref que les entreprises ne sont pas des vaches à lait et les chefs d'entreprises des « riches » qui ne méritent donc pas d'être aimés.

Une nouvelle orientation, dans le bon sens

François Hollande a découvert également que pour réduire le déficit public, dans la situation dans laquelle se trouve la France, il valait mieux faire des économies plutôt que d'augmenter les impôts. C'est le chemin qu'il a désormais décidé de prendre en prévoyant de réaliser 51 milliards d'euros d'économies d'ici à 2017. La nouvelle orientation prise va donc incontestablement dans le bon sens.

Deux erreurs fondamentales

Pour autant, peut-on croire que François Hollande réussira à atteindre les objectifs qu'il s'est fixés et à sauver son quinquennat ? On peut malheureusement prévoir, que les objectifs fixés ne seront pas atteints pour la raison très simple qu'en dépit de son changement d'orientation, la logique de la politique économique de François Hollande reste la même et comporte toujours les deux mêmes erreurs fondamentales.

Tout d'abord, s'il poursuit deux objectifs, la baisse du déficit et celle du chômage, dans les faits, François Hollande hiérarchise ces objectifs. C'est la baisse du déficit qui est son objectif premier. La preuve en est que c'est le seul qui soit précisément quantifié : après 3 % en 2013, c'est maintenant 3 % en 2015. En revanche, aucun objectif chiffré n'est fixé pour le chômage, alors que les trajectoires du déficit et du chômage sont aussi aléatoires et difficiles à prévoir l'une que l'autre. Tout l'effort du gouvernement est ainsi concentré sur l'objectif de déficit laissant ainsi de côté d'autres objectifs pourtant largement aussi importants.

La seconde erreur fondamentale, c'est que la politique budgétaire visant à atteindre un niveau donné de déficit est conçue de manière purement comptable en déterminant les grandes masses de dépenses et de recettes de façon à atteindre ce niveau sans se préoccuper suffisamment de leurs répercussions sur les autres grandes variables macroéconomiques.

Une orientation restrictive de la politique, qui va empêcher d'atteindre l'objectif

    L'erreur de politique économique commise en 2012-2013 va donc se reproduire : les grandes masses de dépenses et de recettes sont calculées pour atteindre l'objectif de 3 % en 2015 ou de 1,3 % en 2017, mais l'orientation globalement restrictive de la politique budgétaire en 2014-2015, comme en 2014-2017, - puisque les économies budgétaires seront supérieures aux baisses d'impôts - va peser sur la croissance, donc sur les recettes fiscales et empêcher ainsi d'atteindre les objectifs de déficit public et de baisse du chômage.

Une stratégie de politique économique jamais définie

Surtout, le climat général dans lequel s'inscrit la politique du nouveau gouvernement reste inchangé. Si François Hollande est tombé aussi bas dans les sondages, ce n'est pas seulement à cause des mauvais résultats de sa gestion, c'est plus encore parce que n'ayant jamais formulé de diagnostic sur les raisons de la mauvaise santé de l'économie française, il n'a de ce fait jamais défini la stratégie de sa politique économique. Il donne ainsi aux Français l'impression de naviguer à vue et il faut être d'une extraordinaire légèreté pour croire que des formules comme « Tous les outils sont là » ou « Le retournement arrive » suffisent à tranquilliser les Français et à leur donner confiance dans l'avenir. Moins catastrophique que la politique suivie au cours des deux premières années du quinquennat, la politique définie par le nouveau gouvernement ne permettra donc pas d'éviter que cette présidence soit un échec.

Pas de croissance sans exportations...qui passent par une baisse de l'euro

Existe-t-il alors une politique qui permettrait de sauver le quinquennat ? Il est clair que l'on ne peut sauver le quinquennat que si l'on parvient à faire baisser le chômage, c'est-à-dire à retrouver la croissance. Or la France ne pourra retrouver la croissance que si elle connaît à la fois un choc de demande et un choc d'offre. Le choc de demande ne peut pas venir de la demande interne : d'une part, le chômage massif et les hausses d'impôts interdisent toute forte augmentation de la consommation des ménages. D'autre part, l'absence de perspectives d'accroissement de la demande et la faiblesse des marges des entreprises empêchent l'investissement de décoller. Dans ces conditions le choc de demande ne peut venir que de la demande externe, c'est-à-dire des exportations. Pour accroître rapidement et fortement les exportations la seule solution consiste à opérer une baisse substantielle de l'euro qui est actuellement excessivement surévalué pour l'économie française.

Pour retrouver sa compétitivité, l'économie française, comme celles de pays du sud de l'Europe, doit obtenir un taux de change de 1,10 dollar pour    euro. La chancelière allemande a déclaré qu'elle ne voulait pas que le taux de change de l'euro tombe en dessous de 1,30 dollar, qui est donc nettement supérieur au taux de change qui permettrait aux économies de la France et des pays du sud de l'Europe de retrouver leur compétitivité.

Une confrontation nécessaire avec l'Allemagne

Dans ces conditions, on ne voit pas pourquoi le président français ne pourrait pas déclarer qu'il ne veut pas que l'euro monte au dessus de 1,10 euros. Il est ainsi clair que s'il veut réussir son quinquennat, le président français ne pourra faire l'économie d'une confrontation avec l'Allemagne. Et dans cette confrontation, il ne manque pas de moyens de pression sur l'Allemagne à condition d'avoir l'énergie et la volonté de les utiliser.

Il ne s'agit pas de pratiquer un anti-germanisme qui serait parfaitement déplacé puisque dans de nombreux domaines la coopération entre la France et l'Allemagne est indispensable. Il s'agit simplement de constater que les intérêts de la France et de l'Allemagne sont divergents, notamment sur la question du change et de défendre les intérêts de la France comme la chancelière défend ceux de l'Allemagne.

Il s'agit plus généralement d'en finir avec la politique mitterrandienne visant à construire une Europe fédérale sous la houlette du couple franco-allemand où l'Allemagne joue le premier rôle, parce que cette politique conduit au déclin de la France que nous pouvons malheureusement constater presque chaque jour. Le président français doit donc mettre en œuvre l'article 111.2 du traité de Maastricht qui attribue au Conseil européen le droit de formuler les orientations générales de la politique de change de l'euro et convoquer pour cela une conférence des chefs d'État et de gouvernement dans le but de faire baisser l'euro. Les circonstances sont favorables à cette baisse, puisque tous les pays du sud de l'Europe souffrent comme la France de la surévaluation de l'euro et puisque le président de la BCE lui-même a indiqué que son institution pourrait être amenée à faire baisser l'euro afin de lutter contre la déflation qui menace l'Europe.

Pour renforcer la capacité d'offre, baisse les impôts des entreprises

   Bien qu'elle soit absolument nécessaire, pour autant la dévaluation de l'euro ne sera pas suffisante pour assurer une forte remontée des exportations et de la croissance. Il faut encore que les capacités de production puissent répondre à l'accroissement de la demande extérieure. Autrement dit, il faut que se produise un choc d'offre par le biais de l'augmentation de l'investissement des entreprises. Il faut donc pour cela que les entreprises disposent des moyens d'investir, c'est-à-dire augmentent leurs profits. De même que la baisse du taux de change est le moyen le plus rapide d'augmenter les exportations, la baisse du taux d'imposition des sociétés est le moyen le plus rapide d'augmenter leurs profits.

A côté de la dévaluation de l'euro, la seconde grande mesure qui peut sauver le quinquennat consiste à baisser de façon drastique le taux d'imposition des sociétés : exactement à 20 %, qui est le taux atteint ou que visent les grandes nations concurrentes de la France. Cette mesure aura pour effet de modifier radicalement la psychologie des entreprises en leur redonnant confiance. Elle donnera également un signal extrêmement fort aux acteurs étrangers afin qu'ils reviennent investir en France. La baisse du taux d'imposition ne donnera son plein effet que si elle s'accompagne de deux autres mesures fiscales visant, elles aussi, à augmenter la masse des capitaux disponibles pour l'investissement : l'amnistie sur les capitaux rapatriés et la suppression de l'impôt sur la fortune, véritable machine à faire fuir de France les talents et les capitaux.

Faire redémarrer instantanément la croissance

 Ces deux ensembles de mesures - abaissement du taux de change d'un côté, mesures fiscales de l'autre - aboutiraient à relancer les deux grandes composantes de la demande, les exportations et les investissements, qui déclencheraient l'accélération de la croissance de la production, donc de l'emploi et feraient baisser le chômage. Le principal intérêt de ces mesures serait de faire redémarrer instantanément la croissance et de permettre ainsi d'engager les réformes structurelles nécessaires à notre pays. Car il est illusoire de croire que l'on pourra faire des réformes importantes sans connaître au préalable un minimum de croissance. Les réformes se traduiront elles-mêmes par des économies budgétaires qui permettront à leur tour d'opérer de nouvelles baisses d'impôts et d'amorcer ainsi un cercle vertueux.

Des mesures fiscales autofinancées

Certes, les mesures fiscales proposées auraient un coût : environ 16 milliards pour abaisser le taux d'imposition des sociétés à 20 % et 4 milliards pour supprimer l'ISF, soit 20 milliards au total ou encore un point de PIB. Leur application conduirait donc à relever d'un point, toutes choses égales d'ailleurs, la trajectoire du déficit public. Cependant ces mesures seraient dans une large mesure autofinancées puisque la hausse de l'investissement due à la baisse du taux d'imposition des sociétés aurait pour effet de relancer l'activité, donc de générer un supplément de recettes fiscales. De même, les rapatriements de capitaux dus à l'amnistie et à la suppression de l'ISF généreraient un supplément de recettes évidemment difficile à quantifier, mais qui serait considérable. Par ailleurs, les mesures fiscales seraient couplées à la dépréciation de l'euro. Selon les estimations habituelles, une dévaluation de 10 % de l'euro élèverait le taux de croissance de l'économie d'un point de PIB et les recettes publiques d'environ 13 milliards. On voit donc qu'en tenant compte des recettes résultant de l'amnistie et de la suppression de l'ISF, ces deux ensembles de mesures, non seulement ne feraient pas déraper le déficit, mais auraient de fortes chances de l'améliorer.

Le seul obstacle est politique

Le seul obstacle sérieux à ces mesures n'est donc pas économique, mais politique. Toutes ces mesures sont en effet directement contraires à tout ce que François Mitterrand a légué au parti socialiste. Mais, qu'il en ait ou non conscience, s'il veut éviter que son quinquennat ne soit le plus calamiteux de la Ve République et à son parti la déroute qui s'annonce, François Hollande n'a d'autre choix que de tuer son père spirituel en mettant définitivement au rancart tout le funeste héritage mitterrandien que notre pays supporte malheureusement depuis plus de trente ans et qui est la cause originelle de son déclin.

        

 

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Commentaires
a écrit le 07/05/2014 à 10:55 :
Comme cela est il intelligemment dit !

Il faut aussi diminuer l'imposition directe qui tue la croissance et limiter la redistribution si "chère " aux socialistes et qui n'incite pas au travail !

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