Arnaud Montebourg ou l'agonie de la parole politique

 |   |  852  mots
(Crédits : DR)
A vouloir sans cesse intervenir, surtout sous forme de discours, non suivis d'effets, Arnaud Montebourg contribue à décridibiliser la parole publique. Par Olivier Babeau, professeur, université Paris 8

La liste des critiques dont fait l'objet la communication politique est établie depuis longtemps : substituant l'émotion à la rationalité, la simplification à la complexité, le fantasme au réel, les positions de court terme et les lois de circonstances aux réformes profondes, elle est devenue une fin plutôt qu'un moyen, paralysant de son emprise l'action politique. Avec Arnaud Montebourg, nouveau Don Quichotte sans cesse en guerre contre les moulins de la mondialisation, tous ces défauts exacerbent les trois plaies, typiques de la démagogie, dont meurt la parole publique.

Désigner des boucs émissaires

Première technique démagogique connue : désigner des boucs émissaires. En déclarant vouloir « demander des explications aux banquiers » sur l'augmentation de leur rémunération alors que les PME continuent d'avoir du mal à se financer, il accomplit d'abord un contre-sens, ignorant que l'encours de crédit aux TPE-PME est en hausse, alors même que les banques sont désormais soumises à de nouvelles règles prudentielles qui ont pour effet de contraindre le crédit.

Surtout, il désigne à la vindicte populaire les cibles faciles que sont les « gros salaires », ignorant que les rémunérations des patrons de nos grands groupes, loin de faire l'objet d'une allocation arbitraire décidée au dernier moment, sont dans leur quasi-totalité désormais déterminées par rapport à des objectifs de performance clairement fixés et validés en assemblée générale.

Google, un autre ennemi

Les banquiers n'éclipsent cependant par ces autres ennemis désignés à notre époque numérique : les grandes firmes du net, en particulier la plus notable d'entres elles : Google. Forcément mauvaises car étrangères, même quand elles créent des emplois en France, elles sont des accusées faciles. En participant à un colloque comme celui de l'Open Internet Project (le 16 mai) qui a clairement pour objectif de critiquer unilatéralement la gestion du dossier Google par  le Commissaire européen à la concurrence Almunia, M. Montebourg s'aperçoit-il d'ailleurs qu'il est en réalité instrumentalisé par certains acteurs dans ce qui reste une bataille concurrentielle ? Preuve que naïveté et posture robespierriste peuvent cohabiter.

La simplification séduisante

Deuxième technique : la simplification séduisante mais spécieuse. En prétendant réduire les questions de la croissance et de l'emploi à un énigmatique « patriotisme économique » dont il suffirait de faire preuve, c'est un détournement subtil de l'attention qui est opéré : c'est notre attitude à tous qui est incriminée (celle des consommateurs qui font le mauvais choix, des dirigeants qui sont forcément cupides), et non les structures réglementaires que l'Etat a créées ou les stratégies qu'il a décidées qui sont mauvaises.

Dans le dossier Alstom par exemple, M. Montebourg pourra se donner les gants de mener le combat du bon sens alors qu'il intervient sans mandat dans une décision d'entreprise entièrement privée qui est déterminée par des critères stratégiques, et surtout qu'il ne fait que traiter les conséquences d'un problème d'attractivité du site France pour les sièges sociaux sans en traiter les causes (au premier rang desquelles la fiscalité applicable aux entreprises et aux hauts revenus).

Exclure toute remise en cause de l'action

Troisième technique : par une sorte de pyramide de Ponzi dialectique, opposer, aux preuves flagrantes de l'échec des discours passés, encore plus de nouveaux discours. C'est ainsi qu'il est possible de continuer de nier la réalité avec constance, répondant à chaque échec par un « oui mais » excluant toute remise en cause des principes d'action.

A la crise du logement sans cesse aggravée par les réglementations croissantes de ce qui ne ressemble déjà plus guère à un marché, on opposera ainsi la solution géniale de nouvelles réglementations (M. Montebourg ne s'est pas occupé de ce dossier, mais gageons que ses solutions n'auraient pas été différentes de celles appliquées par Mme Duflot).

La crédibilité de l'action publique en jeu

C'est bel et bien la crédibilité de l'action publique qui se joue ici. Car la technique voit son efficacité rapidement érodée. Plus les objectifs sont ratés, les engagements bafouées et les prétentions à l'influence ridiculisées, moins la parole publique est crédible. Perte de confiance et surenchères des politiques pour essayer de susciter à tout prix l'adhésion s'entraînent mutuellement dans un cercle vicieux dont l'aggravation suit la courbe en constante augmentation de l'abstention.

La rhétorique obsessionnelle de notre ministre est ainsi à la fois le symptôme de la crise de notre régime, caractérisée par la rupture consommée entre le peuple et ses représentants, et l'une de ses principales causes aggravantes. La solution serait de rompre avec cette dialectique, convertissant la parole politique à une modestie qui ne serait pas résignation, une limitation des prétentions qui ne serait insignifiance mais au contraire concentration des énergies sur l'essentiel. Le regretté Michel Crozier écrivait déjà en 1986  « Etat moderne, Etat modeste », une idée plus que jamais d'actualité.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 14/05/2014 à 18:43 :
Excellent article, qui dit très bien ce que beaucoup d'entre nous ne savent exprimer si clairement. L'exemple du logement est frappant, avec ses millions de normes idiotes et l'inefficacité absolue des permis de construire : la France est devenue horrible à peu près depuis les premiers permis de construire. Même si bien sûr il n'y en la matière pas de lien de cause à effet, les ceintures de centre commerciaux hideux qui entourent nos communes sont toutes post-mise en place des permis de construire, de même que les splendides "lotissements" gaspilleurs d'espace...
Réponse de le 14/05/2014 à 19:19 :
Et alors quel est le lien avec Montebourg? Votre réponse me semble hors de propos. D'ailleurs ces normes ne sont pas nées il y a 2 ans.
a écrit le 14/05/2014 à 14:54 :
Quel est l'interet de cet article a part nous dire que montebourg il est mechant et que s'il y a un gentil c'est plutot du cote de ceux qui laissent faire.
Réponse de le 14/05/2014 à 15:21 :
Mais non cet article ne dit pas que Montebourg est méchant ... Un petit Mélenchon , en plus médiatique et avec le goût du buzz et de la formule, rien de plus ... ! Allez, on l'oubliera vite !
Réponse de le 14/05/2014 à 20:08 :
Mois oui "mais non".
a écrit le 14/05/2014 à 14:27 :
Ce n'est pas Montebourg qui ment et qui capitule depuis 30 ans a la France et aux français, c'est vous et vos amis UMPS. Les fausses promesses électorale, ce n'est pas Montebourg, puisque lui il tente de faire ce qu'il a dit. Les doubles standards et doubles paroles de ceux qui tentent de faire plier Montebourg ne sont que des beuglements de vaches qui regardent le train passer.
a écrit le 14/05/2014 à 12:54 :
J'en connais un autre qui déclarait tous les 4 matins qu'il venait de sauver le monde. C'est le même qui devait changer les règles de la finance. Suivez mon regard.
a écrit le 14/05/2014 à 10:53 :
Ouh là on croirait lire un édito de Copé, tellement c'est caricatural et donc ridicule.
a écrit le 14/05/2014 à 9:38 :
Les politiques sont concentrés sur la com. Et en oublient le fond, et la gestion de la chose publique. Beaux parleurs, mais mauvais techniciens, très imbus de leurs personnes (ils imaginent naïvement pouvoir avec de sempiternelles reformes, pouvoir régler des questions qui demandent une Vista, et un travail sur la durée. Tout cela serait encore acceptable si le secteur public n'avait pas pris une place considérable, à charge des 30 pour cent restant d'essayer de créer de la richesse pour faire perdurer les gabegies..
Réponse de le 14/05/2014 à 10:08 :
Il faut quant même que quelques uns travaillent pour que le PS puisse financer les cadeaux qu'il fait pour acheter ses électeurs !
Il y a une morale, quand même !
Réponse de le 14/05/2014 à 11:01 :
vive le socialisme ! j'ai rien lu de plus crétin. en vérité c'est la dette qui gouverne les politiques, vous le savez bien :-)
a écrit le 14/05/2014 à 9:26 :
Ce brave "Nono" ancien young leader de la french american foundation... Et dire que certains tombent dans le panneau !
a écrit le 14/05/2014 à 9:08 :
Des élus sans qualification sur des dossiers techniques trés compliqués qui donnent leurs avis sur tout sans aucune responsabilité personnelle et qui s'en vont aprés 2 ou 3 ans en laissant un champ de ruines économiques pour les suivants qui augmentent les impôts sans arrêt pour financer leur ré-élection... C'est ça la république ?
Réponse de le 14/05/2014 à 9:12 :
malheureusement cela semble etre cela....quel gachis...
a écrit le 14/05/2014 à 8:43 :
Excellent article. La reconduction de M. Montebourg "aux affaires" prouve bien que la stratégie du gouvernement est plus axée sur l'esbroufe que sur le résultat.
Réponse de le 14/05/2014 à 9:13 :
comme au cirque...des clowns et des trapezistes plus ou moins bons mais tjs pleins de gentilles familles qui paient le prix
a écrit le 14/05/2014 à 8:31 :
Analyse claire et oh combien exacte!
a écrit le 14/05/2014 à 8:27 :
ce ministre ne peut que bavarder, il n'a aucune compétence économique, aucune expérience des entreprises. Il est nuisible.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :