Objets connectés : demain, on surveillera pour un rien

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(Crédits : DR)
Les objets connectés sont en passe de devenir un business florissant, mais aussi un moyen de contrôle social sans équivalent. Par François Leclerc @fdleclerc

Vingt-cinq ans ont passé depuis la conception par le britannique Tim Berners-Lee du World Wide Web. Dans notre naïveté, nous croyions que le Web restait encore un espace de liberté et de gratuité - certes de plus en plus encombré par le business - mais il semble que cet espace civil
soit devenu, à en croire Julian Assange depuis sa résidence londonienne, un « outil de surveillance totalitaire » qui est « sous occupation militaire ». Que « le Web s'est à tel point rapproché du monde réel que les deux sont désormais liés », lui permettant d'avertir que « l'avancée des technologies annonce la fin de la vie privée ». Un ange nommé NSA passe…

Le "miracle" de la convergence des objets connectés et du "Big data"

Ce n'est pourtant pas ce que l'on entend de partout, des miracles étant au contraire promis, issus de la convergence des « objets connectés et du « Big Data », dans le cadre du « M2M » (Machine to Machine), c'est à dire du transfert de données depuis des objets de toute nature, dont la liste s'allonge : un réfrigérateur, une montre, des lunettes, un costume trois-pièces, une brosse à dent, un parapluie… Il en résultera une « datification » (création de données) nécessitant la mise en œuvre de gigantesques capacités de stockage, certaines données destinées à être actualisées en temps réel, impliquant également de disposer de capacités de traitement adéquates. Tel est l'univers annoncé comme prometteur du «Big Data », tout du moins pour le business. Il est moins sur qu'il sera favorable à l'emploi.

 

Un business gigantesque

Les estimations énoncées donnent le tournis : des dizaines de milliards d'objets devraient être connectés en 2020. Nous sommes en pleine futurologie, sauf que ce futur est pour demain : il est attendu la floraison de nouveaux services dans tous les domaines, car non seulement les objets vont devenir intelligents, mais ce sera aussi le cas des logements et de la ville ! Avec comme objectif affiché l'amélioration et la simplification de notre qualité de vie.

Les données, l'or noir de l'internet

Devant le mouvement de recul qu'une telle perspective pourrait créer, les applications les plus prometteuses sont mises en avant, notamment dans le domaine sensible de la santé, prédisant que nous pourrons être équipés de capteurs surveillant la tension ou la glycémie. Rien ne doit faire obstacle à ce déploiement, car le business annoncé est gigantesque : non seulement le marché de nombreux équipements va cesser d'être de renouvellement pour devenir de remplacement, mais surtout parce que, selon la formule devenue de rigueur, « les données sont l'or noir de l'Internet ».

Expliquant que toutes les données sur les consommateurs sont déjà récupérées par tous les moyens, notamment sur les réseaux sociaux, dans les mails et les SMS, etc…. et que l'activité sociale des internautes est facilement traçable sur Facebook, leur vie professionnelle sur LinkedIn, leurs goûts musicaux et littéraires sur Spotify ou Amazon, leurs opinions sur Twitter, etc….

Rien des préférences des consommateurs ne sera étranger à ceux qui disposeront de ces données, pour les utiliser, les vendre, ou en louer l'accès. Un rêve pour les grands acteurs d'Internet, et ce n'est que le commencement. On sait déjà combien cette problématique entre dans le calcul de la valorisation des entreprises numériques, alors que certaines d'entre elles sont lourdement déficitaires - ou ne font pas de recettes - et sont financées par des augmentations de capital dans l'espoir de mirifiques revenus dans l'avenir.

Marchés segmentés

Qu'importe si l'on ne sait pas encore utiliser au mieux les données récupérées : les futurs outils
logiciels permettant de les traiter plus finement sont en développement, utilisant la sémantique pour analyser les messages, ou des modèles stochastiques pour en faire autant des comportements. Si révolution il va y avoir, c'est celle du marketing ! Des cibles pourront être affinées afin de concevoir des produits adaptés à des marchés que l'on segmentera, la distribution en ligne permettra de les personnaliser, tandis que leur prix de vente pourra varier afin d'optimiser la recette, selon des méthodes inspirées du « yield management » des compagnies d'aviation mais faisant intervenir d'autres paramètres que le remplissage des avions.

Un instrument de contrôle social sans équivalent!

Certes, il y a un revers à la médaille, pas encore bien évalué : comment se prémunir, dans un monde d'objets connectés peu protégés, des piratages informatiques dont les conséquences pourront être dramatiques ? Les freins d'une voiture pourront être sabotés, une serrure de maison débloquée, un réseau de caméras pénétré aux fins d'espionnage industriel… Mais s'il ne s'agissait que de cela ! Les moyens qui vont être mis en place vont créer un instrument de contrôle social sans équivalent, à côté duquel la télévision fera figure d'ancêtre grossier.
En Chine, il ne sera plus nécessaire d'employer deux millions d'agents pour surveiller et censurer Internet. Et il ne sera pas question de prétendre se prémunir de cette surveillance, sauf à se signaler comme un cas à suivre de très près ! L'utilisation de la géolocalisation en temps réel a déjà renouvelé les techniques de filature, grâce à l'emploi de balises cachées sous le châssis des véhicules ou le suivi des téléphones portables. Les bracelets électroniques sont dans certains cas des substituts à la prison ou le moyen de surveiller des récidivistes potentiels pour certaines catégories de délits.

Discerner les comportements déviants et donc suspects

Ce n'est qu'un avant-goût de ce qui sera possible, avec pour objectif de discerner les comportements déviants et donc suspects. La NSA s'y prépare en ratissant aussi large qu'elle peut. Car, en fin de compte, ce ne sont pas les objets qui sont connectés, mais les comportements des utilisateurs qui sont enregistrés ! Des empreintes digitales, on est passé à l'analyse de
l'ADN, demain nos traces seront numériques et nos objets usuels comme nous-mêmes pourvus d'une adresse IP !

Tout contrôle social a comme premier objectif de susciter la résignation devant l'impossibilité d'y échapper. Que faire alors ? la réponse ne va pas de soi. Les lois sont faites pour être transgressées quand il n'existe pas d'autorité en mesure d'en imposer le respect à l'échelle
internationale. L'anonymisation des données personnelles est un combat d'arrière-garde, ainsi que l'interdiction du croisement des données. Le cryptage des données ne met jamais à 100% à l'abri d'un décryptage.

La désactivation des puces qui seront omniprésentes dans les objets
connectés signalera les rebelles. Pour préserver la vie privée, il ne restera plus que l'action au niveau politique édictant des interdits et se donnant les moyens de les faire respecter, ou pour une minorité agissante l'apprentissage du camouflage derrière un double virtuel et
bien sous tous rapports, à la manière des agents de renseignement et de leur "légende" (leur fausse identité).

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Commentaires
a écrit le 15/05/2014 à 15:39 :
Bah ! on vivait très bien sans on saura vivre sans. Un nouveau marché du non connecté se développera parallèlement.
Garder précieusement tout ce qui fonctionne sans connection et qui se vendra à prix d'or.
Le courrier fonctionne encore et le cash de plus en plus ;)
a écrit le 15/05/2014 à 12:26 :
Certes. J'avais remarqué un flux de données suspet entre mon fer à repasser et ma machine à laver. Après vérification des logs, il ne s'agissait pas d'une surveillance par les pirates gouvernementôt mais simplement, une charmante idylle que j'aurais à coeur de ne pas troubler...
a écrit le 15/05/2014 à 12:22 :
Tant que je pourrais couper deux fils comme j'ai fait avec le GPS de la voiture de ma femme, tout ira bien... Comme elle connait tous ses trajets par coeur...

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