Si François Hollande chef des armées écrivait à François Hollande président...

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François chef des armées peut-il d'être d'accord avec François président de la République, que ses conseillers pressent de couper encore dans le budget de la Défense?

Monsieur le Président,

En tant que Chef des Armées, je tiens à vous faire part de ma très grande inquiétude en ce qui concerne le moral et le mal-être au sein de l'Armée de la France, de ces femmes et de ces hommes qui servent avec un total dévouement jusque, dans certaines occasions, au prix de leur vie ou de leur intégrité physique. Un nouvel incident vient de coûter la vie à un sous-officier au Mali. Nos pensées vont bien sûr à sa famille et aux familles déjà éplorées qui se demandent parfois : Pourquoi et comment ? Et nous leur devons une réponse, avec l'assurance que tout a été fait pour éviter de tels accidents.

Des missions de plus en plus variées et complexes

Or nous constatons avec une grande inquiétude une divergence croissante entre les missions que vous confiez aux Armées et le niveau des ressources allouées ! Les missions, de plus en plus variées et complexes, permettent à la France d'assumer ses responsabilités de grande puissance et son rang à l'international, avec un bras armé crédible en appui de sa diplomatie. Mais, d'ores et déjà, certaines limites sont atteintes en ce qui concerne les équipements et les conditions de vie et de sécurité des personnels. Alors, quid pour demain ? Pouvons-nous laisser poursuivre cette lente et insidieuse dégradation de notre outil militaire et laisser à nos successeurs les responsabilités, en espérant que les ruptures ne seront pas irréversibles… ?      

Des crédits en cohérence avec les ambitions de la France

La France, dans les décennies précédentes, avait réussi à préserver les crédits consacrés à sa défense et sa sécurité (son assurance vie) à un niveau jugé satisfaisant et en cohérence avec ses ambitions de puissance souhaitant jouer dans la première division internationale. Ce niveau était généralement estimé à 2% du PIB, avec une priorité accordée aux équipements et à la R&D. Aujourd'hui, certes avec un environnement économique et budgétaire plus contraint, nous en sommes à 1,3% ! Est-ce que dans un ménage on réduit son niveau d'assurance dans des périodes budgétaires difficiles, ou, au contraire, préserve t-on cette sécurité en faisant porter la priorité sur d'autres lignes budgétaires ?

Un manque de volonté et de stratégie politique

Alors, aujourd'hui, je me pose la question de savoir si vous allez continuer à appliquer la règle actuelle visant à faire porter à chaque budget, de manière homothétique et au prorata de leur valeur, les efforts budgétaires ? Outre le fait que cette procédure fait apparaître un manque de volonté et de stratégie politique, elle conduit, pour la défense à une perte de cohérence générale et de valeur globale de l'outil militaire. Il est fini le temps où « il y avait de la peau sur l'os » ! Aujourd'hui, il y a des véhicules des bateaux ou des avions dans la gendarmerie, dans l'armée de Terre, la marine ou l'armée de l'Air … mais plus d'essence ou de carburant !

Trois milliards d'euros perdus sur la période 2015-2017

La poursuite de la politique budgétaire actuelle conduirait à une perte de 3 milliards d'euros sur la période 2015-16-17*, qui s'ajouteraient aux annulations de crédits périodiques et au niveau de report de charges exceptionnellement élevé ! Il va de soi que la crédibilité de la LPM serait engagée durablement, en même temps que la crédibilité politique qui l'a parrainée. Alors, Monsieur le Président, ayez le courage politique pour imposer un changement de règle budgétaire et redonnez priorité à une approche capacitaire, seule garante de cohérence et d'efficacité. Ne nous leurrons pas : toute nouvelle réduction des crédits est liée à un abandon de capacité, avec les conséquences politiques et diplomatiques conséquentes.

 François Hollande

 

*Le pacte de stabilité prévoit 50 milliards d'euros d'économies, dont 18 pour l'Etat, trois milliards étant à la charge des Agences, 15 restent sur le budget. En appliquant la règle de contribution homothétique, soit 20% pour la Défense, cela revient à une contribution de trois milliards d'euros, soit un milliard par an.

 

 

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Commentaires
a écrit le 26/05/2014 à 11:06 :
ou sont les coupes budgétaires sur nos politiques ,l'armée n'a t'elle pas le droit au maintient de son budget envers et contre tout l'armée à prouvée son professionnalisme les politiques ont montré leur incapacité a gérer si les gens étaient payés à leur valeur l'armée n'aurait aucun souci a se faire mais d'autre oui!
a écrit le 19/05/2014 à 20:23 :
Merci a vous de vous rendre compte de l'état de nos armées ! Et surtout du manque de reconnaissance qui sont faites aux sous-officier et MRT,MTA... Qui sont viré pour engager toujours plus de jeunes inexpérimentés que l'on virera aussi à leur tour. Et tous ça pour des payes toujours en baissent.
a écrit le 19/05/2014 à 18:30 :
Tout est dit!

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