Comment passer d’une PME à une ETI : lever les freins de la croissance

 |   |  1017  mots
David Layani, prône la mise en place d'un Small Business Act pour permettre aux PME d'accéder plus facilement aux marchés publics. /DR
David Layani, prône la mise en place d'un Small Business Act pour permettre aux PME "d'accéder plus facilement aux marchés publics". /DR (Crédits : DR)
Développer les PME passe par la lutte contre les freins institutionnels et stratégiques. Par David Layani,

Les Français placent désormais très majoritairement leur confiance entre les mains des chefs d'entreprises. 81 % d'entre eux font d'abord confiance aux patrons de PME pour sortir la France de la crise*. La croissance ne se redressera que sur les liens d'une nouvelle confiance collective qu'il nous faudra bâtir. Comme le disait Jean-Paul Sartre : "La confiance se remplit par goutte et se déverse par litres".

Les PME de moins de 250 personnes représentent plus de la moitié des emplois et de la création de valeur ajoutée de notre pays. Pourtant, en 2013, 63 100 entreprises ont fait défaillance, soit une augmentation de 3 %*. On connaît la lourde insuffisance des ETI (entreprises de taille intermédiaire) en France par rapport à l'Allemagne ou au Royaume-Uni. Le décalage est aussi frappant pour le nombre d'entreprises exportatrices : 80 000 en France, contre 150 000 en Italie et 750 000 en Allemagne***.

Libérer la croissance des PME

6 ans après le rapport Attali, la nécessité de libérer la croissance française - et en particulier celle des PME - s'est imposée. Pourtant, les chiffres résistent. Certaines entreprises implantées sur un marché de proximité n'ont pas vocation à grandir. Pour toutes les autres, lever les freins de la croissance est devenu une urgence économique nationale et un enjeu de cohésion sociale de plus en plus évident.

Les freins aux PME sont d'abord internes à l'entreprise. Le premier frein prévisible c'est, pour un chef d'entreprise, de concevoir le développement de son entreprise, sans en accepter les risques inhérents. Face aux grands choix stratégiques, une entreprise survit parce qu'elle a su apprivoiser le risque et l'intégrer à sa stratégie, rarement parce qu'elle l'a fui ou cédé. Ce constat appelle une réflexion sur la conception du risque dans notre imaginaire collectif et concrètement, sur la manière dont il est traité dans les grandes formations économiques du pays.

Les PME doivent anticiper leurs choix stratégiques

Le second frein des PME, c'est la difficulté à s'extraire des opérations pour formuler une ambition. L'entreprise est un organisme vivant. La diriger et la faire grandir exige d'anticiper en permanence. Déterminer un cap, avoir une ambition forte, c'est l'essence même de la mission du chef d'entreprise. Anticiper, c'est s'entourer de collaborateurs qui permettront d'atteindre les objectifs de demain. A la veille de chaque choix stratégique, le chef d'entreprise doit répondre à cette question : les décisions d'aujourd'hui sont-elles les freins de demain ? Prenons l'exemple de la levée de fonds. C'est la tentation de nombreuses entreprises pour accélérer leur croissance mais aussi pour limiter la solitude du décideur. Elle est parfois nécessaire. Et pourtant, le capital doit être protégé pour sa capacité à faire levier pour l'entreprise dans le futur, et permettre au chef d'entreprise de décider vite et librement.

Si ces freins internes sont souvent sous-estimés, c'est qu'il existe des freins externes évidents qui pèsent considérablement sur le développement des PME. Le premier d'entre eux, c'est la difficulté pour les entreprises à recruter. Elle relève d'une part de la forme juridique actuelle du CDI, qui durcit le clivage entre ceux qui en détiennent et ceux qui n'en détiennent pas. Il créé de facto des inégalités lourdes devant les banques et le logement. Le CDI ne permet pas aujourd'hui d'anticiper des conditions stables et prévisibles de séparation. Autrement dit, si on interdit le divorce, il n'y aura plus de mariage.

La mobilité pour lutter contre le chômage

Cette difficulté à recruter est amplifiée par une action publique encore insuffisante en matière de mobilité des personnes. Pour rééquilibrer l'offre et la demande sur les territoires, il est indispensable d'inciter les Français à être plus mobiles. Cela pourrait se concrétiser dans une Agence Nationale transverse qui les accompagne pour leur déménagement, les recherches d'emploi du conjoint, l'école des enfants… C'est l'une des clés encore peu exploitées de la lutte contre le chômage.

D'autres dispositions plus techniques permettraient de lever les freins de la croissance pour les PME : les seuils par exemple qui imposent de nouvelles obligations administratives dès qu'une entreprise passe à 10 et à 50 salariés. Manuel Valls a d'ores et déjà annoncé un moratoire sur le seuil des 10 personnes. Ces seuils représentent des barrières psychologiques qui enchérissent la perception et la réalité du risque encouru par un chef d'entreprise. La simple décision de relever ces deux seuils serait une mesure efficace, sans demander le moindre investissement en fonds publics.

Une réforme pour accéder facilement aux marchés publics

Evoquons aussi la création d'un Small Business Act qui permettrait aux PME d'accéder plus facilement aux marchés publics. D'aucuns objectent qu'une telle mesure n'est pas techniquement possible au niveau national. Inscrivons donc un Small Business Act à l'échelle européenne, le résultat sera aussi efficace. La probabilité qu'une PME allemande tente de contracter avec l'administration française reste faible compte tenu de l'éloignement, de la complexité et de la différence de cultures. Mécaniquement, les PME françaises tireront, en France, tous les bénéfices d'une telle législation.

La perception du rôle des entreprises dans la croissance économique s'affranchit enfin des clivages politiques. Le pays est prêt. Il est de notre responsabilité de chef d'entreprise de saisir cette opportunité, jamais le pays ne nous a autant attendus. Le temps n'est plus à la surprotection, ni à la peur : « il n'y a pas de réussites faciles ni d'échecs définitifs » disait Marcel Proust. Désormais, le temps est à l'audace et à l'acceptation du risque. Les pouvoirs publics ne peuvent pas effacer la solitude du chef d'entreprise. Mais ils se doivent de limiter les incertitudes et de tout faire pour que les entreprises puissent rester toujours en mouvement. C'est la première condition de leur survie.

____

*Sondage TNS Sofres pour l'Observatoire de la confiance (vague de juin 2013).

**Raport Deloitte Altares 2013.

***Rapport HSBC sur les freins à la croissance des PME (2013).

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 01/06/2014 à 14:04 :
Un entrepreneur est confronte maintenant à deux choses :
1- un impôt sur les plus values confiscatoire (500'000 € d'impôt sur 700'000 € de plus-values, soit 70% !)
2- une habitude permanente de mise en place de mécanismes de contournement. Dans les faits, de nombreux entrepreneurs profitent du statut des pigeons limitant l'impôt a 34%.

33% d'impôt max est acceptable pour participer a la collectivité (dans la mesure ou elle démontre qu'elle sait bien gérer cet argent, ce qui est clairement pas le cas).
Pour que ce taux soit suffisant pour l'état, il doit simplifier les lois, arrêter de courir après chaque cas et dans les faits réduire ses dépenses.

Mais existe-t-il des hommes politiques capables de couper la branche sur laquelle ils sont assis?
a écrit le 01/06/2014 à 8:05 :
le CDI n'est plus une barriere à l'embauche, les candidats bien forémés et désireux de se donner à fond, le restent encore.
par contre, les banques qui ont asséché les crédits aux PME le sont énormément.
SOGE, PBCE, CA, que faire devant ces chargés d'affaires qui n'ont plus aucune latitude et ne veulent mème plus se battre pour défendre des dossiers devant leur comité d'engagement... la France se meure de ses banques
foi de chef d'entreprise qui a mis le cap à l'export avec succès... si ce n'était que le frein qu'engendre le BFR de l'export... non financé par les banques
a écrit le 01/06/2014 à 0:30 :
L''ISF fait fuir de nombreux chefs d'entreprises; ce sont ces derniers qui sont les locomotives de l'économie.
Les trains peuvent ils marcher sans locomotives?
Arrêtons l'idéologie et supprimons cet impôt punition que seule la France impose à ses seuls chefs d'entreprises
Réponse de le 01/06/2014 à 12:52 :
L'ISF ne fait pas fuir des chefs de PME, tout simplement car ils ne sont pas majoritairement soumis à cet impôt. D’après une étude de la CGPME, leur salaire mensuel moyen atteint 5 433 euros, ce qui est loin des normes de l'ISF. Donc ce que vous avancez est de la simple propagande ultra-libérale mensongère. Par contre, je suis d'accord avec le commentaire de Mel: un des plus gros problèmes actuellement des PME est l'attitude des banques qui ont trop de pouvoirs en France. Evidemment, ça fait moins fashion que de taper encore sur l'Etat et les méchants impôts.
a écrit le 31/05/2014 à 11:10 :
En France on pense constamment aux risques encourus et cela, évidemment, freine l'audace... - ah le principe de précaution ! quelle erreur ! quitte à pondre un principe, le principe de risque mesuré aurait été intelligent... - pour en revenir à l'audace, ceux qui ont lancé une affaire le savent bien, il y a une part de risque à prendre, même si on a réfléchi longtemps sur son business plan... puis il faut de la chance pour être dans les meilleurs au niveau des clients, ... - donc mal endémique français: se protéger à outrance... Arthur Miller disait déjà que les Français clôturent leur jardin, dès qu'ils en ont un.... la peur de tout rend parano et jaloux...
a écrit le 31/05/2014 à 9:19 :
Tant que les français conserveront une société du travail à 2 vitesses, CDD et CDI, le chômage augmentera...
a écrit le 31/05/2014 à 8:38 :
depuis 30 ans les gouvernements affiche comme priorité la lutte contre le chomage avec un effet inverse sur l'emploi. En fait souvent il confonde cette lutte avec un combat contre les licenciements et un accroissement des législations du travail pour le résultat que l'on connait.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :