Europe : le triangle infernal

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Entre les décisions prises à Bruxelles -austérité-, à Francfort -baisse des taux d'intérêt- et à Bâle -nouvelles contraintes pour les banques- , il n'y a aucune cohérence, faute, notamment, de coordination. C'est dans ce triangle infernal qu'on trouve l'origine de la situation économique actuelle. Par Alain Boublil, ancien conseiller du président de la République

Autour du Sommet européen, la tension monte sur la désignation du nouveau président de la Commission et sur les contreparties que le candidat choisi par les partis de droite, Jean-Claude Juncker, pourrait être amené à offrir pour obtenir le soutien des partis sociaux-démocrates ou apparentés, comme le parti socialiste français ou son homologue italien. Mais l'enjeu essentiel n'est pas là car l'Europe souffre d'abord de l'absence de coordination entre les trois centres de décisions indépendants que sont Bruxelles, Francfort et Bâle, où s'élaborent des mesures dont personne n'évalue la cohérence ni même la compatibilité.

Le rôle charnière de la présidence italienne

La présidence italienne, qui interviendra le 1er juillet et qui s'est donné comme mot d'ordre « la finance pour la croissance » devra, en s'appuyant sur une nouvelle Commission, jouer un rôle-charnière dans l'évolution indispensable de la politique européenne, laquelle ne peut pas se limiter à une réforme des critères de Maastricht relatifs à l'endettement et aux déficits publics, et à ce qu'ils incorporent les investissements, comme le demande la France, ou non.
L'Europe dans son ensemble, se remet beaucoup plus difficilement de la crise de 2007-2008 que les autres régions du monde et peine à retrouver un sentier de croissance suffisant pour résorber le chômage massif qui sévit partout, sauf dans les pays frappés par une grave crise de natalité comme l'Allemagne, et qui a débouché sur le désaveu cinglant que lui ont infligé les peuples lors des dernières élections européennes.

La crise ne s'explique pas par une opposition entre une Europe du nord vertueuse et une Europe du sud irresponsable

La raison n'est pas à chercher dans une opposition suicidaire entre une Europe du nord vertueuse et une Europe du sud irresponsable. Elle se situe dans l'incohérence des politiques économiques, monétaires et financières, conçus avant la crise ou mis en place précisément pour sortir de cette situation de crise.
L'ensemble formé par les critères de Maastricht que Bruxelles a la responsabilité de faire appliquer, le mandat, même interprété largement à Francfort, de la BCE et les nouvelles dispositions prudentielles arrêtées à Bâle et destinées à préserver la stabilité financière des banques constitue un carcan incohérent largement responsable de la crise que traverse aujourd'hui l'Europe.

Jamais les États n'ont trouvé des conditions d'emprunt aussi favorables

La rigueur budgétaire est invoquée pour éviter de mettre en péril la stabilité financière de la zone euro et de placer certains États en position de devoir transférer, ou garantir, ce qui revient au même, les dettes des autres États. Ce risque semble curieusement absent puisque jamais les États n'ont trouvé des conditions d'emprunt aussi favorables. L'Espagne et l'Italie se financent dans des conditions voisines de celles dont bénéficient les Etats-Unis et le Royaume Uni. La France émet couramment des obligations à deux ans au taux de 0,2% par an et à dix ans à un taux inférieur à 2%.

Le 26 juin, le taux à dix ans a même touché un plancher historique de 1,60%. C'est du jamais vu. En même temps, la rigueur a eu, par exemple en France, une conséquence immédiate : les hausses d'impôt, jugées nécessaires pour satisfaire aux contraintes imposées par Bruxelles, ont donné au premier trimestre 2014, un coup d'arrêt à la croissance qui était repartie depuis le deuxième semestre 2013.

Les banques réduisent leur financement de l'économie, l'investissement baisse

La BCE, appelée à la rescousse pour contrebalancer les effets dépressifs des contraintes budgétaires sur les économies de la zone euro, a ramené ses taux d'intérêt autour de 0% et a imaginé toute une série de modalités d'intervention pour faire aussi baisser les taux d'intérêt à long terme, qui ont atteint un plus bas historique, comme on vient de le voir, mais sans aucun effet sur la croissance, l'investissement restant faible partout et plombant l'activité.
Car, au même moment, toujours au niveau européen, étaient mis en œuvre les fameux accords dits de « Bâle III » qui imposent aux banques des niveaux de fonds propres différents suivant les emplois plus ou moins risqués de leurs ressources.

On voulait éviter de retomber dans les errements qui avaient provoqué la crise. Conséquence : les banques se sont empressées de réduire leur financement de l'économie, par définition plus risqué et ont souscrit à ... des emprunts d'État, ce qui explique la chute des taux. Or les économies considérables que vont faire les États emprunteurs sur la charge de leur dette, ne peuvent être réemployées à court terme car elles n'apparaîtront dans les comptes publics qu'au fil des années à venir quand cette dette à taux proche de 0% se sera substituée à la dette antérieure qui coûtait 2 voire 4%.

Une épargne stérilisée, car la tuyauterie financière est bouchée

On se trouve donc dans la situation où les ménages, malgré la baisse des taux, ont beaucoup de mal pour financer l'acquisition de leur logement, ce qui explique l'effondrement de la construction en France, et où les entreprises, sauf les très grandes qui ont un accès direct au marché financier, sont freinées dans leurs efforts de développement. Pire, cette situation pèse doublement sur la croissance : le taux d'épargne record, justifié par les inquiétudes sur l'avenir, constitue un frein à la consommation et cette épargne ne sert pas à financer l'investissement. Elle est stérilisée car la tuyauterie financière est bouchée. Et comme les Etats n'ont aucune marge de manœuvre du fait des règles budgétaires, pour compenser l'effet dépressif du comportement des agents économiques privés, la croissance est en panne.

Aucune cohérence entre les décisions prises à Bruxelles, Francfort et Bâle, un véritable triangle infernal

La source du mal, c'est donc la superposition des mesures décidées sans aucune concertation ni cohérence à Bruxelles, à Francfort et à Bâle, ce triangle infernal de centres de décisions qui fonctionne sans qu'un minimum de réflexion ait été engagé sur les interactions réciproques entre la rigueur budgétaire, la politique de la banque centrale et les choix des régulateurs.
Le mot d'ordre italien, la finance pour la croissance, dit bien ce qu'il veut dire. Il faut lever les obstacles pour que les ressources financières des agents économiques européens puissent être mobilisées pour relancer les économies au lieu d'être stérilisées comme elles le sont aujourd'hui. C'est à cela que devront s'attacher les dirigeants politiques européens, au-delà du choix, qui sera forcément controversé, des personnes.

 

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a écrit le 29/06/2014 à 15:20 :
ce Monsieur oublie completement le role que la france doit joeur pour elle meme et pour l'Europe.Je le trouve un peu reducteur d'oublier cela,mais il est vrai qu'en France et particulierement dans le monde de gauche,nous sommes toujours les meilleurs et quand on a mal quelque part c'est toujours a cause des autres.
a écrit le 27/06/2014 à 22:17 :
La grave crise de natalité allemande!? pourquoi l'Italie serait en donc exempté? Le taux de natalité est le même qu'en Allemagne, ainsi qu'en Espagne, Portugal, Grèce,Japon toutes des économies qui doivent faire à de nombreuses difficultés que ne connaît pas l'Allemagne...Quelle ignorance qui détruit toute crédibilité de cet écrit!
a écrit le 27/06/2014 à 18:05 :
C tellement plus facile de dire qu il faut réformer l Europe , au lieux de faire les vrais réformes structurelles en France !
a écrit le 27/06/2014 à 14:37 :
Vendons l'exploitation de Paris à Disney et lançons un projet de nouvelle capitale dans le centre géographique de la France. Tous les corps de métier seront impactés positivement. MAIS ceci ne peut se faire que si nous écartons TOUS les politiciens verreux (donc presque tous) et tou sles politiciens ne sachant pas compter (donc presque tous).
Nous pourrions enfin etre fier de notre pays.
Ah oui ! je vous entend d'ici me dire, mais Paris aux mains de Discney vous etes fous. Ah oui ? ne serait ce pas mieux qu'aux mains de politiciens verreux ne sachant pas compter et foutant le bordel dans la ville. Et puis un petit contrat de 10 ans avec pleins de contraintes pour maintenir la ville dans un état parfait Pourquoi pas ?
Réponse de le 27/06/2014 à 15:40 :
Pas faux.
Réponse de le 27/06/2014 à 16:46 :
les parisiens mettraient des oreilles de Mickey.
a écrit le 27/06/2014 à 14:06 :
l'argent n'est pas créé par le travail , uniquement par le crédit...Le solde du crédit et l'épargne à outrance sonnent le glas du capitalisme actuel. Les banquiers n'auront bientot plus le choix , agir tete haute en volant l'epargne, agir en catimini en la dévaluant massivement.Faites vos jeux ...........
a écrit le 27/06/2014 à 12:34 :
aux vues de sa tronche (perso je connaissais pas ) ... on dirait qu'il vient d’être incarcéré !... ses propos ne sont pas faux ..... mais la photo ne colle pas à la réalité !
Réponse de le 27/06/2014 à 17:00 :
Ben les affaires Mitterand. Triangle. Credit Lyonnais. La Defense. Beregovoy. Patrice Pelat. Grossouvre... C est lui
a écrit le 27/06/2014 à 11:58 :
pour essayer de nous faire croire que les conseils qu'il a prodigué à HOLLANDE étaient bons. Il a été lui aussi à l'école de la NULLITE de la HOLLANDE TEAM et n'a rien compris à l'économie. Une illumination à la sortie de son role lui a permis de comprendre ses propres erreurs et comme tout bon politique il renvoie la faute sur les autres. Encore un type à qui supprimer son salire surtout s'il vient de nos taxes et impots
Réponse de le 27/06/2014 à 13:04 :
Des insultes gratuites ne sont pas des arguments recevables
Réponse de le 27/06/2014 à 17:48 :
où, voyez vous des "insultes" ? en France on ne peut plus ouvrir le bec, sans être taxé de sortir des "insultes"!
a écrit le 27/06/2014 à 5:38 :
Un tissu d'erreurs !
Bruxelles (et la cour des comptes) n'a pas poussé à des hausses d'impôts, mais à des baisses de dépenses.
L'effondrement de la construction n'est pas du à la difficulté d'emprunter, mais a la loi alur - et à l'inquiétude sur l'avenir.
Et l'épargne Record est stérilisée parce qu'elle est utilisée par l'état au financement de son déficit.
Bref, c'est la faute des autres.
Réponse de le 27/06/2014 à 16:21 :
Bruxelles / la commission est répresentée dans les équipes de la troika européenne qui a établie le plan de "ajustement" des économies en Crise. dans chacun de ces pays sous assistance la plan d'ajustement est passé d'abord par des hausses brutales d'impots et taxe : sur l'essence, TVA, sur la propriétée etc etc. car c'est le seul moyen que de faire des rentrées fiscales rapides - pensait on. Mais la troika (et donc la comission à bruxelles ) a mal évalué l'effet recessif provoqué et finalement la baisse globale des rentrées fiscales par la chute des recettes de TVA, des impots sur les sociétes etc ..donc le plan est tombé à l'eau en quelque sorte et on l'avoue un peu tard après que le chomage ait atteint 28% en Grèce, environ 18% au portugal ou en irelande

dans les pays sans assistance la commission a demandé aux pays de revenir sous les 3 % dans un délai X.. ce délai systèmatiquement très court. Donc si on peut arguer du fait que la commission n'a pas de fait demander de hausse d'impot le délai imparti est tel que seule une hausse des recettes permettaient de parvenir - peut être - à l'objectif. En Espagne en italie et en France la même politique de hausse d'impots a donc eu lieu car les reformes permettant de réels gains de productivité et des baisses de dépenses de l'état et des collectivités locales prennent du temps pour être établies (le temps politique) et pour porter leur fruit.
a écrit le 26/06/2014 à 22:51 :
Hélas, on peut dire que notre vote présidentiel n’était pas optimal ! Les européennes ont marqué un changement d’intention des citoyennes et des citoyens…Maintenant il faut repartir sur de meilleurs bases, plus simples et, surtout, en élisant des personnes compétentes ( pas en discussion, mais en réalisations). Il y a des minorités qui proposent du solide, en politique ou en économie, ou des individus qui ont , eux, fait leurs preuves depuis longtemps. Nouvelle donne, Debout la France, voire le FN, ou l’américain LRH, dont de plus en plus d’individus, d’entreprises utilisent les méthodes pour prospérer.
a écrit le 26/06/2014 à 18:45 :
que sera la vie en "france" dans 20 ans?un territoire riche d'histoire,de monuments,de grands hommes,vite passons a cinq cent millions de touristes par an pour faire visiter ce riche patrimoine qui fut.j'ai hate d'apprendre l'anglais pour un job de guide.
a écrit le 26/06/2014 à 16:41 :
D'une oligarchie libérale et prédatrice, la France a basculé dans un simulacre de socialisme coincé entre les mesures d'austérité de Berlin et les impositions boursières venant des agences de notation, pour finalement ne rester qu'une pure kleptocratie inefficace… hélas. Il ne nous reste qu'aller apprendre l'anglais pour faire partie du Commonwealth.
Réponse de le 27/06/2014 à 9:37 :
quoi qu'on en dise cela change du général degaulle qui disait lui ne pas suivre les décisions de la corbeille ( bourse de paris ) , il doit être ecoeuré de voir la france tomber si bas .. car le triumvirat européen qui impose depuis 1992 des inepties aux peuples ( les fameux 3%) conduisent inévitablement a l'èchec total donc on a un reflet aux dernières élections et a terme le calice ira jusqu'à la lie et là l'Europe prouvera helàs son ineptie et ses inaptes a un niveau record ..
Réponse de le 27/06/2014 à 16:50 :
oui, mais à ce niveau là, on aura morflé de chez "morflé" ! pas, eux, non ! mais nous, pauvres de nous, OUI !!!!

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