Hors de Bruxelles, point de salut !

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(Crédits : Reuters)
Après avoir défendu un plan de baisse du coût du travail d'une ampleur inconnue, et enclenché la diminution de la dépense publique, le premier ministre reprend à son compte le troisième volet du tryptique de l'orthodoxie économique selon Bruxelles: la fléxibilisation du marché du travail

Que restera-t-il finalement du programme économique que défendait François Hollande début 2012 ? La réorientation de l'Europe ? Une deuxième tentative a échoué à Bruxelles la semaine dernière. Les hausses d'impôts destinées à réduire le déficit public, qui avaient été clairement -et courageusement- annoncées ? Le chef de l'Etat revient dessus, à travers une série d'allègements de charges sociales à destination des entreprises. Bien sûr, ce ne sont pas les mêmes impôts qui sont visés, mais du point de vue des finances publiques, le résultat est identique : après avoir été augmentés d'une quarantaine de milliards, les prélèvements obligatoires seront allégés d'autant.

Pas de TVA sociale, mais...

La « grande réforme fiscale », à base de fusion de l'impôt sur le revenu et de la CSG ? Renvoyée aux calendes grecques. L'annulation de la TVA sociale, mesure dénoncée chez Nicolas Sarkozy ? Elle fut votée... pour être remise en remise en cause quatre mois après, en novembre 2012, à travers un dispositif de hausse de deux des principaux taux de TVA. La fameuse banque publique en faveur des PME ? On en voit les limites. L'annulation de la RGPP, cette réforme de l'Etat voulue par Nicolas Sarkozy, dénoncée par tous les fonctionnaires de gauche ? Le gouvernement va en fait plus loin dans la même logique de restriction des moyens d'action de l'Etat.
Quant au compte pénibilité-retraite, mesure qui ne figurait certes pas dans le programme Hollande mais était bien dans son esprit, elle a été concédée à la CFDT, avant d'être, aujourd'hui, pour partie reportée.

Sarkozy, aussi

On l'a peut-être oublié, mais Nicolas Sarkozy était lui aussi revenu sur une bonne partie de ses engagements initiaux. Le fameux plan TEPA (Travail emploi pouvoir d'achat), voté dans l'urgence au cours de l'été 2007, peu après l'élection du président UMP, fut ensuite petit à petit remis en cause. La réduction d'impôt pour l'achat d'un logement? Annulée. Le fameux bouclier fiscal, qui avait fait tant couler d'encre ? Supprimé. La fiscalité écologique ? Oubliée, après le camouflet du Conseil constitutionnel.

Le triptyque bruxellois

En fait, ce qui reste, ce que mettent en œuvre les gouvernements, ce n'est pas toujours -c'est le moins que l'on puise dire- ce qu'ils ont annoncé et promis à leurs électeurs, mais surtout ce que leur recommandent les experts de Bruxelles. Les politiques publiques s'organisent désormais autour du triptyque bruxellois : baisse du coût du travail (financée plutôt par une taxation accrue de la consommation), baisse des dépenses publiques, libéralisation du marché du travail (et, au besoin, du marché des biens). De fait, Manuel Valls évoque ce jour dans les Echos une flexibilisation du marché du travail et Arnaud Montebourg prépare pour l'automne un projet de loi de libéralisation de l'économie.

Des résistances

Bien sûr, des résistances perdurent, des aménagements existent : François Hollande et son premier ministre ne font pas exactement ce que leur recommandent la commission européenne et Mme Merkel. Mais pas question de s'éloigner sensiblement des préceptes bruxellois de l'orthodoxie économique. Quelle que soit la couleur du gouvernement. Le risque ? C'est bien entendu de réduire l'offre politique, sur les sujets qui importent aux yeux des Français, l'économique et le social. Quelle alternative au TINA (There is no alternative)?

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Commentaires
a écrit le 02/07/2014 à 23:30 :
qui paye ses dettes s'enrichit . Alors ? Il y a une montagne à gagner ! et , quand on plantera le drapeau au sommet on , aura droit à une bonification pour pénibilité de la retraite
Réponse de le 03/07/2014 à 8:16 :
Ou plutôt qui ne s'endette pas s'enrichit!

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