Désindustrialisation de la France : où en est-on ?

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(Crédits : Reuters)
La désindustrialisation en France est indéniable. Mais il faut relativiser le processus. Et il est inutile de tenter de le freiner. Par Sylvain Fontan, économiste

Contrairement au reste du monde, la France a une croyance ancienne et profonde que l'Etat est le seul acteur à avoir la capacité de pouvoir guider l'économie nationale. L'idée sous-jacente est que l'Etat stratège effectue de meilleurs choix que le marché, aboutissant ainsi à un pays particulièrement étatisé. A cet égard, l'analyse de la désindustrialisation française souligne que l'Etat devrait se borner à organiser un cadre permettant aux agents économiques d'évoluer librement.

Origines et enjeux stratégiques liés à la désindustrialisation

La disparition d'une stratégie industrielle en France date des années 70. En effet, au-delà des raisons purement économiques, il y a également des éléments historiques et géoéconomiques qui expliquent la désindustrialisation française:
• Le milieu des années 1970 marque la fin des politiques visant à installer un système pouvant stimuler l'industrie. A cette époque, le commissariat général du plan arrête son soutien à l'industrie électronique, et donc également les autres secteurs d'activité gravitant autour. La disparition de cette vision stratégique provient, d'une part, de l'amoindrissement de la pensée gaulliste qui cherchait notamment à mener une politique industrielle et à la pérenniser et, d'autre part, de la perte d'appétence de la part de firmes multinationales par ce type approche.

• Parallèlement, ce phénomène est lié à la situation géoéconomique des Etats-Unis. En effet, à cette époque, les Etats-Unis sortent de la guerre du Vietnam et voient réapparaître l'Europe et l'Asie sur l'échiquier économique mondial. Après une phase de reconstruction, ces deux zones apparaissent comme des acteurs économiques importants. Or, les Etats-Unis étaient en pleine guerre froide contre l'Union Soviétique. Dès lors, la montée en puissance de deux nouveaux compétiteurs n'était pas forcément dans l'intérêt direct des Etats-Unis. Ainsi, ce pays a poussé à l'introduction dans la culture de ces pays (et donc de la France) la perte d'intérêt pour les questions liées aux intérêts nationaux de long terme.

En guerre économique, mais sans les outils pour la mener

Au final, la France est entrée dans une phase de guerre économique sans se doter des outils d'intelligence économique adéquats pour y faire face.
Au premier abord, les implications stratégiques sont importantes. En effet, même si les raisons sont plus larges que la désindustrialisation elle-même, la France a connu une diminution de sa sphère d'influence et ce, face à des pays tels que les Etats-Unis (300 millions d'habitants), la Chine (1,3 milliard d'habitants) et l'Allemagne qui s'est parfaitement intégrée dans la globalisation. La France est maintenant devenue un "satellite" de ces pays. Les raisons sont multiples mais force est de constater que les élites françaises et la population se sont installées dans une situation qui aboutit à rejeter tout changement en oubliant que son "confort" actuel est le fruit d'efforts antérieurs et que son bien-être n'est jamais acquis mais demande des adaptations perpétuelles.

Alors qu'après la seconde guerre mondiale la France a relancé sa production via un Etat stratège pour répondre à un besoin de reconstruction et de rattrapage, avec la globalisation le cadre ne peut nécessairement plus être le même et l'enjeu actuel est de définir une stratégie pour que ce pays puisse continuer à exister sur la scène internationale.

La désindustrialisation : une réalité complexe

La désindustrialisation est un phénomène généralisé au sein des pays développés. En effet, même en Grande-Bretagne, qui correspond pourtant au berceau de la révolution industrielle, la part des emplois industriels manufacturiers n'est plus que d'environ 10%, alors que cette part avait atteint un pic d'environ 50% à la veille de la première guerre mondiale. La même évolution est visible au Etats-Unis (malgré une récente ré-industrialisation), en France (où la part de l'industrie dans le PIB est passée de 35% en 1970 à moins de 20% actuellement. L'Allemagne connaît également ce phénomène et ce, malgré le fait que ce pays ait toujours été beaucoup plus industrialisé que la moyenne. Même les pays émergents comme l'Inde, la Chine ou le Brésil connaissent cette évolution. Toutefois, et contrairement aux pays développés, les pays émergents ont connu une industrialisation beaucoup plus tardive et rapide, mais leur désindustrialisation (même relative) a également commencé beaucoup plus tôt au regard de leur développement économique.

Un processus à relativiser

Le processus de désindustrialisation doit être relativisé. En effet, la désindustrialisation ne signifie pas la diminution de la production industrielle. En d'autres termes, malgré une diminution de la part de l'industrie dans le PIB, le volume total de production reste stable, mais il diminue relativement en pourcentage de la richesse totale produite. Deux phénomènes expliquent cette évolution :
• Tout d'abord, il convient de citer la productivité qui s'est améliorée. Autrement dit, le même résultat est obtenu avec une quantité de travail moindre.

• Ensuite, les industries manufacturières traditionnelles sont le textile, la sidérurgie ou encore l'automobile, et constituent la base de développement des économies développées. Or, un pays comme la France est passé d'une société agraire et rurale (secteur primaire) à une société industrielle et urbaine (secteur secondaire), où l'agriculteur et devenu ouvrier. Toutefois, l'évolution économique moderne fait que les services (secteur tertiaire) occupent une place de plus en plus importante.

• De plus, l'évolution de la structure économique fait que des activités qui étaient auparavant comptabilisées dans l'industrie (secteur secondaire) le sont dorénavant comme services (secteur tertiaire), participant ainsi à la diminution statistique de l'industrie dans le PIB français.

Les implications pour la France

L'évolution vers les services constitue une opportunité pour la France. En effet, la France a un avantage comparatif dans de nombreuses activités de services (ex : le numérique). Dans ce cadre, il apparaît que c'est un erreur de vouloir maintenir à tout prix l'ensemble des pans de l'industrie en France, au détriment du développement des secteurs d'activité du futur pour préparer la prochaine révolution industrielle (biotechnologie, nanotechnologie...). Au cours des années 80, la France avait déjà voulu maintenir un certain nombre d'activités pour finalement se résoudre à devoir les abandonner. Également, la peur d'un pays sans industries raisonne comme l'époque où le pays craignait la disparition des paysans avec la révolution industrielle, pensant que son avenir ne pouvait s'envisager que sous le prisme des schémas anciens.

Mettre fin aux subventions

Pratiquement, l'État français doit arrêter de subventionner mais laisser vivre l'écosystème. En effet, la distribution de subventions renvoie à de l'argent public dont la quantité est appelée à se raréfier et qui sert trop souvent à subventionner des secteurs non rentables (retour sur investissement négatif) et voués à disparaître. De plus, cet argent public correspond à d'autant moins pour investir dans les emplois de demain. Toutefois, cette stratégie n'est pas visible politiquement et médiatiquement.

Or, il conviendrait de laisser les agents économiques libres d'évoluer dans un cadre réglementaire qui leur permettrait de pouvoir ouvrir et fermer des usines selon des calculs économiques bénéfiques pour la collectivité, plutôt qu'ils soient l'effet de calculs politiques liés à des intérêts particuliers, électoraux, corporatistes... Ce capitalisme de connivence n'est pas une corruption au sens propre mais une corruption intellectuelle malsaine et un dévoiement de l'intérêt collectif de long terme. Au final, l'enjeu est de pouvoir gérer politiquement et socialement une évolution à laquelle la France n'a pas été préparée en amont, ni dans les discours politiques, ni dans la pédagogie d'ensemble.

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Commentaires
a écrit le 08/07/2014 à 19:47 :
On s'en fout, complètement, de relancer l'économie. Cela n'a aucune intérêt. Vous croyez encore que l'économie de marché peut faire quoique ce soit d'autre que de conduire le monde dans la barbarie ?
Vous êtes décidément très très très aveugle et vous niez l'Histoire.
l'Histoire nous enseigne que le crack nous conduit à la Guerre.
La réalité actuelle, concernant les "progrès" techniques, nous enseigne que la prochaine Guerre sera la dernière.
En conséquence, relancer l'économie de marché n'est absolument pas la priorité.
La priorité c'est de changer de système.
Réponse de le 08/07/2014 à 22:23 :
Marchons camarade vers le paradis prolétaire ! (on connaît la suite : Venezuela, Argentine...)
a écrit le 08/07/2014 à 19:38 :
Quelle vision !
Le marché libre et non faussé va tout résoudre bien sûr. Licencié d'une ex-entreprise industrielle française internationale, je ne connais pas le moyen pour maintenir une industrie performante, mais je connais les dégats causés par sa disparition. Perte d'emplois, de compétences, de savoir-faire, d'indépendance, toutes choses qui seront longues et chères à reconstruire si nécessaire. Un seul exemple, la disparition de l'industrie métallurgique en quelques années, avec le besoin aujourd'hui d'acheter au prix fort des aciers spéciaux aux .... indiens !
Réponse de le 08/07/2014 à 22:31 :
Le seul moyen d'être performant c'est d'augmenter la concurrence, les bon survivent, les mauvais sont élagués, impitoyablement.
L'industrie métallurgique n'était plus rentable c'est tout, sinon c'est quoi le souci d'acheter à des Indiens, xénophobie ordinaire ?
a écrit le 08/07/2014 à 17:59 :
J'aimerais savoir ce que signifie "gerer socialement une evolution auquelle la france n'a pas été préparé"
Si ca correspond à "traiter les employés francais comme en Chine", ben je dis bravo champion t'as trouvé la solution pour relancer l'economie francaise...
a écrit le 08/07/2014 à 17:46 :
Ce genre de point de vue sur l'industrie est probablement le meilleur moyen d'avoir de bonnes notes en master d'économie. Mais face à la réalité, si on a un peu de bon sens on se rend bien compte que ce genre de conception nous mène droit dans le mur. Je me demande pendant encore combien de temps les "intellectuels" vont-ils pouvoir encore soutenir ce genre de thèse.
Bref allons-y gayment pour les 50 prochaines années et surtout: Vive la pensée unique!
a écrit le 08/07/2014 à 15:01 :
Encore un appel au laisser-faire...
Si malheureusement la France n'a plus sa place au niveau des nations, l'Europe aurait du prendre le relais et mettre en oeuvre une statégie industrielle à l'échelle du sous continent !
a écrit le 08/07/2014 à 12:33 :
ou en est on ? demander aux gouvernement qui on laisser partir ces entreprises après avoir donner des milliards sans aucunes contreparties .
ensuite ce monsieur fait parti de ces grand riches qui se sont gaver sur le dos des travailleurs
a écrit le 08/07/2014 à 12:28 :
porcherie !
a écrit le 08/07/2014 à 12:09 :
C EST UN CONSTAT SINPLISTE? MAIS QUI VA DANS LE SENS DU CAPITAL? QUI DEMANDE A LETAT DE CASSE LE SOCIAL ET LE CODE DU TRAVAIL? SANS FAIRE DES PROPOSITIONS D AVENIR POUR FAIRE EVOLUE LA FRANCE???
a écrit le 08/07/2014 à 11:52 :
Vu la médiocrité de l'article, l'hypothèse d'un gag anti-libéral n'est pas à exclure...
a écrit le 08/07/2014 à 11:45 :
La petite dissertation d'un bon élève complètement déconnecté de la réalité. On dirait une copie de Terminale ES. Vous êtes sérieux là? Vous êtes la relève? Mon dieu j'ai peur pour mon pays. Monsieur "l'économiste" confrontez vos livres à la Réalité, cela vous fera le plus grand bien...et à nous aussi.
a écrit le 08/07/2014 à 11:07 :
Article gaguesque... fautes de grammaire, répétitions, contenu extraordinairement peu argumenté.. Economiste ? Autant appeler mathématicien quiconque maitrise la règle de trois... Cet article ne convaincra que ceux qui étaient déjà convaincus de la conclusion. Dont je suis, en fait..
a écrit le 08/07/2014 à 10:55 :
Avec l'argent public, on subventionne du public et non du privé comme on le fait actuellement! l L'industrie publique n'a d'autre but que de rendre autonome et non l'export!
a écrit le 08/07/2014 à 9:29 :
Laisser vivre, c'est cela, oui... ou laisser mourir! Et amusons-nous, tant que nous y sommes, à observer ce qui se passe... Visiblement, l'auteur de l'article a (jusqu'à aujourd'hui) le ventre plein. Il n'est pas sûr que ce soit le cas de sa tête.
Réponse de le 08/07/2014 à 10:16 :
L'auteur est soit inculte, ce dont je doute fort, soit et c'est bien pire, un troll dont le seul but est de servir la pensée europeiste visant tout simlement a nous soumettre au dit marché, sans plus aucun garde fou, qui nous ont permis juqu'à présent d'avoir certains avnatages de vie par la mise en commun des richesses...
a écrit le 07/07/2014 à 21:21 :
Valeur ajoutée = zéro.
Des pans entiers de l'industrie de pays concurrents (Japon, Corée, Chine ..) est le fruit de subventions massives par ces états, mais chut ce sont des libéraux !! Bonjour les bisounours, en plus d'être pseudos libéraux ils sont naïfs, que tout cela est bien triste.
Réponse de le 08/07/2014 à 22:38 :
Bof, l'industrie Suisse se porte à merveille sans subventions massives, et est concurrentielle, c'est pareil pour Singapour, Hong-kong, l'Australie, le Canada...
a écrit le 07/07/2014 à 20:13 :
Contrairement à ce que croient certains, l'article est intelligent et bien rédigé. Tout en restant concis, il indique bien la voie à suivre ! Y en a-t-il seulement une autre ?...
a écrit le 07/07/2014 à 19:40 :
Analyse de type universitaire, loin des réalités.
Et puis les fautes de grammaire...
a écrit le 07/07/2014 à 18:43 :
Ouf, tout va bien : cela va rassurer les 2.5 millions de personnes qui ont perdu leur emploi dans l'industrie depuis 1980 et les 5 millions de chômeurs. On a eu chaud.
Réponse de le 08/07/2014 à 22:51 :
Suffit de s'inspirer de notre petite voisine, la Suisse avec son 2.9 % de chômage... ah oui c'est vrai : pas de corporatismes, peu d'impôts, peu de subventions, dépense publique à 32 % du PIB, pas de Smic, peu de réglementations, liberté économique élevée, libre-échange, peuple non inculte en économie et en libertés fondamentales, démocratie directe. Bon courage.

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