Europe du Sud, le piège se referme

 |   |  615  mots
Alexandre Mirlicourtois, directeur de la conjoncture et de la prévision de Xerfi./ DR
La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, Europe du Sud, le piège se referme.

L'Europe du Sud va mieux. Le juge en la matière c'est le PIB et après la reprise avortée de 2011-2012, il semble bien qu'une nouvelle phase ascendante soit enclenchée. Les indicateurs de confiance de l'OCDE ont également meilleure figure.

Dans l'industrie manufacturière ils sont passés au-dessus de leur niveau jugé normal laissant présager la poursuite du mouvement à court terme. Du côté des marchés financiers, la confiance est aussi revenue comme le montre le reflux du superspread (qui est somme des différentiels de taux d'intérêt des pays du Sud par rapport à la dette publique allemande à 10 ans). Son niveau traduit bien l'apaisement des craintes sur la stabilité financière de la zone euro et l'aplatissement relatif des taux périphériques. Pourtant, de nombreux doutes subsistent encore sur la capacité de ces pays à tourner définitivement la page d'une crise à répétition.

En fait trois sources d'inquiétudes majeures persistent.

Il y a d'abord l'écrémage des capacités industrielles. On peut en prendre la mesure en comparant le niveau de la production manufacturière aujourd'hui, à son pic d'avant crise et en corrigeant cette mesure par le taux d'utilisation des capacités. Toute baisse de production ne se solde pas en effet par une destruction de capacité mais par une moindre intensité d'utilisation des hommes et des machines. On voit alors que le jeu de massacre a été considérable dans le sud de l'Europe.

Autre importante source de préoccupations : l'exode des cerveaux. Plus de la moitié des jeunes Espagnols et Grecs sont au chômage, 43% des jeunes Italiens et encore 36% des Portugais. Pas étonnant donc que ceux qui disposent des compétences très demandées cherchent du travail dans des pays plus dynamiques comme le Royaume-Uni, l'Allemagne, l'Autriche ou les Pays-Bas. Là aussi cela vient mordre sur le potentiel de rebond des pays d'Europe du sud.

Troisième source d'inquiétudes : les fondements même de la reprise. La contribution du commerce extérieur a été l'élément central de la relance. Le solde extérieur de l'Europe du Sud, archi-déficitaire avant la grande récession de 2008-2009 s'approche désormais de l'équilibre.

Un tour de force rendu possible par l'étranglement des importations : les imports étaient en avril dernier inférieures de 12% à leur dernier pic. Mais la logique arrive à bout et leur baisse se heurte désormais à un plancher incompressible sans un nouveau plongeon des demandes intérieures synonymes de nouvelles purges fiscales, socialement insoutenables.

2ème facteur du rétablissement des comptes extérieurs, la remontée des exportations. En hausse de 12% par rapport à leur dernier point haut, elles témoignent d'une compétitivité retrouvée grâce à la modération salariale et une productivité record. Mais une productivité obtenue par le bas, par une purge massive sur l'emploi. Autrement dit par un écrémage de l'offre et non par une vraie relance de l'offre.

Et le piège se referme

En interne le marché est un champ de ruine. A l'extérieur, difficile d'aller plus loin sans s'enfoncer encore plus dans une logique d'écrasement de coûts donc de déflation et d'une nouvelle compression de la demande domestique. Sans compter que le principal marché du Sud, la France, est entré à son tour dans une logique de consolidation et ne stabilise plus leurs débouchés comme par le passé.

La France c'est plus de 12% des exportations du Sud et près de 30% de leurs débouchés au sein de la zone euro. Le sud doit maintenant compter sur des moteurs autonomes de reprise et cette partie-là est loin d'être gagnée.

 

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 17/07/2014 à 15:51 :
Et c'est pas fini (comme pour la pub de SFR), la déconfiture frappe à notre porte et nous en aurons plein les doigts...
a écrit le 17/07/2014 à 12:19 :
Tout va mieux quand cela ne peut être pire, drôle de vision des choses!
a écrit le 17/07/2014 à 12:17 :
L EXPORT RESTE NOTRE SEUL ATOUT SI ON VEUT FAIRE UN PEU DE CROISSANCE ? MAIS POUR CELA IL FAUT SAVOIR SE VENDRE ? LA FRANCE A DE BON PRODUITS MAISE LLE NE SAIT PAS VENDRE ? CAR LES GROS MARCHAIS SONT TOUJOURS POUR LES AUTRE S PAYS QUI SONT SOIT PLUS DIPLOMATE SOIT PLUS ACRESSIF???
a écrit le 17/07/2014 à 10:26 :
L'augmentation considérable des taxes et impôts comme seuls les socialistes savent le faire devrait relancer la croissance...du chômage !
a écrit le 16/07/2014 à 23:18 :
Qu'on aille vers le nord ou le sud, ce n'est qu'une question de valeur... ou de compte. On fait sauter les premier sinistres en élections, on en reparle? On parle des Rastignac ou des Ravaillac?
a écrit le 16/07/2014 à 23:12 :
Vous parlez d'export? On n'a toujours pas réglé le niveau global prélèvements dépenses et déficit... alors voila l'hémorragie de chômage qui tombe, une belle hécatombe...
a écrit le 16/07/2014 à 22:36 :
Nous avons des politiciens malveillants en Europe, et la pauvreté et le chômage ne cessent d'augmenter... pourquoi la population devrait subir les conséquences de politiques imbéciles? Non seulement on détourne les comptes, mais en plus on prône des politiques de chômage par des fusions et des fermetures de sites. On est entrain de faire sauter l'Europe dans le chômage!
a écrit le 16/07/2014 à 22:16 :
Voilà qui est clairement dit. Vouloir tout miser sur l'export n'est pas la solution. D'abord, parce que tous les pays ne peuvent pas être des exportateurs nets et ensuite parce que la baisse des coûts par la baisse des salaires entraîne chômage, pauvreté et déflation.
Réponse de le 17/07/2014 à 5:03 :
Qui va financer la consommation du sud de l'Europe ? Le Nord, qui a deja passe la retraite a 67 ans et baisse significativement les retraites de ses travailleurs ??!!! Toutes comparaisons avec les periodes d'endettement incrementiel est malvenue car malhonnete.
a écrit le 16/07/2014 à 22:03 :
En France on ne jamais acceptera d'être mis au même niveau d'un pays de l'Europe du sud. Alors messieurs les journalistes usent et abusent des euphémismes les plus gracieux, les plus délirants aussi, toujours dans le sens de faire croire au lecteur qu'on n'est pas "comme eux". Et pourtant....
a écrit le 16/07/2014 à 21:08 :
Pour une déconfiture c'est une déconfiture... l'Europe du sud c'est l'immoralité d'une clique politique qui se débarrasse des gens! Avec de 25% à 50% de jeunes sans travail, pourquoi on ne fait pas plus de départs volontaires? Alors on va sur 150 millions de pauvres, tout ça parce qu'une bureaucratie sème le chaos économique? On incrimine l'Europe à quand son procès, madame l'Europe à quand les pinces?
a écrit le 16/07/2014 à 18:22 :
l austérité a détruit ces pays !
a écrit le 16/07/2014 à 17:11 :
Les conséquences du gros enfumage se profilent. Les pays du sud sont en réalité en pleine déconfiture que l'on cherche à masquer par tous les moyens.
C'est juste un retour au moyen âge dont ils ont été tirés fictivement par la finance disjonctée.
Et on veut nous faire payer pour niveler le niveau ....
Réponse de le 16/07/2014 à 18:54 :
Exactement et on veut nous faire croire que ce sont des modèles à suivre. Pendant ce temps les Américains moins idéologues que les Allemands ont retrouvé le plein emploi et la croissance.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :