Les politiques et la téléréalité : une chute sans fin

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(Crédits : DR)
La participation de responsables politiques à une émission de téléréalité où ils se montrent grimés va achever de miner leur crédibilité. Par Jean-Christophe Gallien, professeur associé à Paris 1 Sorbonne

Tellement hors-sol qu'ils doivent s'en remettre à la télé-réalité et ses caméras obscènes pour se rapprocher de la vraie vie. Tellement lointains qu'ils se prêtent à un carnaval de charlatans digne des bêtisiers télévisuels de fin d'année.

On pourrait juste s'étouffer de rire, voire ignorer la dérive, ne pas regarder ... malheureusement, notre pays va mal, nous allons mal, et nous n'avons pas, plus les moyens, ni individuellement, ni collectivement d'encaisser.

Un déballage insultant

On va nous vendre la proximité, les codes cassés, peut-être même l'honnêteté de la démarche... dans un déballage insultant pour ce qui nous reste de dignité.

On ose même deviner que le casting donna lieu à de féroces assauts pour faire partie de la liste finale. Les plateaux des médias du spectacle, leurs micros, leurs caméras ne suffisent plus à ces vampires de l'audience. Il faut maintenant entrer de plain-pied dans le show. Et quel spectacle ! Qui est le voyeur ? Qui est l'exhibitionniste ?

Que restera-t-il de la crédibilité du politique?

La matière politique devient donc une ressource comme les autres à recycler dans les écrans du low-cost télévisuel. De la crédibilité d'un monde politique déjà tellement attaquée par les affaires, le manque d'engagement, l'absence de vision, le zéro pointé des résultats, il ne restera rien. Et si nous ne citerons pas les clowns pathétiques qui vont se ridiculiser et clouer les derniers clous du cercueil collectif d'un monde politique définitivement hors jeu, nous devrions exiger leur sortie de notre démocratie représentative. Enfin, si elle est encore digne des deux mots.

Descendons, descendons, la chute est vraiment sans fin. Et, le malheur, c'est que ces bouffons vides embarquent avec eux un système déjà au bord de l'explosion. Pire, ils nous tirent aussi vers ces profondeurs indignes d'une démocratie.

"Le pouvoir, un lieu vide, corrompu, sans espoir...."

Définitivement rien ne sera épargné à notre pays. Et que les politiques ne viennent pas hurler en corporation à l'indigne attaque d'un collectif qui dans son ensemble mériterait un respect chèrement payé à la sueur de leur activité. La boucle serait bouclée. Chaque mois apporte son lot à cette faillite politique qui ronge peu à peu les forces de notre République.

On ne se lasse pas de redire avec Baudrillard qui écrivait déjà, en 1995, dans les pages de Libération, que « le pouvoir est un lieu vide, corrompu, sans espoir, et qu'il faut y mettre en bonne logique des hommes de même profil ­ vides, bouffons, histrions et charlatans ­ qui incarnent idéalement la situation. » A l'époque, il regardait du côté de l'Italie et de Silvio Berlusconi, par exemple...

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Jean Christophe Gallien, Président de j c g a

Membre de la SEAP, Society of European Affairs Professionals, Politologue

Professeur associé à l'Université de Paris 1 la Sorbonne

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Commentaires
a écrit le 04/11/2014 à 14:21 :
Mais quels engagements, quelles convictions peuvent avoir ces marionnettes, dont la soumission au diktat européen, aux États Unis et a Israel ( voir le lapsus d'Arnaud Klarsfeld ) les vide de leur substance, et que leur restent ils pour exister ? Les projos du low-cost médiatique !
a écrit le 03/11/2014 à 9:56 :
Plus de moralité! Mais que font les parents?
a écrit le 02/11/2014 à 11:05 :
On touche vraiment le fond.
Les politiques ne savent plus quoi faire pour occuper l'espace médiatique.
Cela représente bien l'efficacité de la fonction.
a écrit le 30/10/2014 à 19:22 :
Pas mal ce petit côté anar, ça change
a écrit le 29/10/2014 à 13:19 :
Le problème est inverse : à force de se décrédibiliser, ils en sont réduit au dernier des peoples. De Gaule n'avait pas besoin de faire sa pub. Mitterand pas encore trop. Après, le marketing est arrivé des US. Et même les ricains constatent maintenant les dégâts chez eux...
a écrit le 29/10/2014 à 12:42 :
Mais alors que peut (doit) on faire pour stopper la dégringolade ? Comment réagir et provoquer l émergence de réels hommes d état ?
a écrit le 29/10/2014 à 11:40 :
entièrement d'accord avec votre analyse. L'actualitié a d'autres préoccupations avec les clowns actuellement ...
Réponse de le 02/11/2014 à 11:57 :
Clowns tristes ou clowns agressifs ?
Ils cumulent pourtant le mandats sous prétexte de garder un contact avec la vraie vie... Faux prétexte ? C'est l'accumulation des revenus qui les attire ?
S'ils ne sont pas payés, les "real TV"iseurs font aussi des économies.
Ça finit par voler bien bas.
a écrit le 29/10/2014 à 9:41 :
Merci Mr Gallien pour cette clairvoyance. Ce n’est pas tous les politologues qui osent avouer les défauts de leur belle.
Les politiques et tout le système qu’ils ont bâti autours d’eux font partie d’un monde ancien qui est en train de s’écrouler. Ils ne savent plus quoi faire pour endiguer le naufrage. Ils écopent, ils écopent, mais rien n’y fait. Le bateau coule. Les plus malins tirent encore leur épingle du jeu (dixit le FN). Pour combien de temps ? Mais la grande majorité d’entre eux n’est plus crédible. L’électorat s’effrite (40% d’abstention en moyenne par élection, chiffres bien sûr pas clairement avoués par les institutions « réglementaires ». Il serait vraiment temps que l’électorat cesse d’être naïf et qu’il se rende compte qu’il est manipulé outrageusement. Mais ce n’est pas encore gagné.
Réponse de le 29/10/2014 à 13:22 :
"dixit le FN" Clair qu'ils sont obligés d'être malins... Là, je vous rappelle que l'ensemble des peuples recherchent des Roosevelt ou, à défaut, des De Gaule. Rien d'autre.
Réponse de le 29/10/2014 à 13:37 :
Hé bien ils sont mal barrés s'ils les rechechent par le FN.
Réponse de le 29/10/2014 à 14:00 :
Vous avez donc bien compris ce que j'ai écrit. A moins d'ignorer tout des deux personnes citées, ce qui ne serait pas étonnant : l'Histoire veut les oublier. Trop honnêtes...
a écrit le 29/10/2014 à 9:28 :
il ne faut pas tout voir en noir!il est bon que les politiques se mettent au niveau intellectuel des citoyens meme si c'est temporaire. si ce n'est pas facile pour les politiques ,cela sert a resserrer les liens distendus.c'est mieux que d'essayer d'éduquer le citoyen de base par le haut en l'entrainant dans des réflexions qu'il n'a pas la capacité de comprendre.
Réponse de le 29/10/2014 à 14:29 :
C'est vrai quoi! quelle idée de vouloir progresser, etre rigoureux, honnete, efficace, cultivé! Tous dans la fosse sceptique! Quel avenir pour nos enfants!
a écrit le 29/10/2014 à 8:59 :
Bravo ! Très bon papier.
a écrit le 29/10/2014 à 8:39 :
Si les politiques ne peuvent plus asseoir leur "pouvoir" sur la distribution de jobs fictifs financés par des impôts, ils n'existent plus, c'est simple. Seul un discours de vérité dur à entendre -pour tous- leur redonnerait un peu de crédibilité.
Mais a-t-on jamais parlé de vérité en politique depuis Churchill
a écrit le 29/10/2014 à 8:38 :
Depuis que le monde du spectacle a pris le pouvoir dans le monde politique, du journalisme, de la culture, et du sport, la qualité n'a fait que baisser et la médiocrité devenu presque la norme. Je crains que cela s'étende aussi au monde éducatif. Aux états-unis le monde des affaires est aussi devenu un spectacle, les patrons devant de plus en plus faire un show.
Le monde du spectacle est totalement corrélé au capitalisme( capita=tête) car le marché, le public, c'est l'audience, et donc la notoriété devient l'objectif premier. Les réseaux sociaux, d'origine américaine, sont ainsi principalement orientés pour développer la notoriété. Et comme tout spectacle, le but est de faire perdre du temps en parlote et gesticulations, captiver le spectateur pour qu'il ne s'ennuie pas, et au final qui n'apprendra rien et ne sera pas meilleur à la sortie; la vacuité la plus absolue.
Je crains fortement que notre système éducatif tombe aussi dans cet écueil.
Déjà des patrons français et des facs françaises "branchées"( à l'américaine) demandent à des étudiants ou futur entrepreneurs de présenter en show leurs projets, s'ils n'ennuient pas et captivent ils auront alors un financement.

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