Le bashing de l'action gouvernementale n'est pas bon pour le moral des PME !

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(Crédits : Reuters)
Bernard Cohen-Hadad, Président du Think Tank Etienne Marcel Président de la commission financement, des entreprises de la CGPME

Le patronat annonce une semaine de mobilisation pour exprimer l'inquiétude des entreprises dans la crise qui dure. Cette mobilisation inhabituelle est un geste démocratique salutaire. Descendre dans la rue est un droit et depuis septembre 2008, il y aurait eu mille et une autres occasions de le faire. C'est pourquoi aujourd'hui c'est un symbole. La situation économique de notre pays requiert un rassemblement de tous sur la priorité PME. Car dans les territoires, il est vain d'attendre trop de l'Etat, des collectivités publiques ou de la reprise qui se fait attendre. Si elles retrouvent la confiance, seules les PME patrimoniales, en partenariat avec les grandes entreprises peuvent être un levier pour la croissance et pour l'emploi durable.

La situation économique des PME en France est préoccupante. Il faut cependant éviter l'autoflagellation. Nous ne sommes pas les seuls à vivre des moments difficiles en Europe. Pour l'ensemble de l'année 2014, l'INSEE prévoit un taux de croissance de 0,4% comme pour 2013. L'investissement est quasiment stable. Mais les PME vivent durement un monde qui n'est plus. Ce qui inquiète, c'est l'augmentation du chômage, la durée moyenne d'inscription à pôle emploi et la perte de confiance des ménages qui considèrent que leur niveau de vie s'est détérioré. Sur un an, le sentiment que la vie est plus chère s'est renforcé. Et les ménages épargnent au lieu de consommer. Ce qui inquiète également c'est la situation des entreprises. A la fin août 2014, on dénombre déjà 42.552 défaillances d'entreprises soit une augmentation de 2% par rapport à la même période en 2013. Et malgré une légère amélioration du climat des affaires dans l'industrie, les services et une légère stabilisation pour le commerce, l'activité dans le bâtiment, pour le 5eme mois consécutif, est en baisse. Il touche les planchers de 1997.

Le moral des petits entrepreneurs n'est pas bon. En octobre 2014, 90 % des patrons de PME sont inquiets pour notre économie et 55 % sont inquiets pour leur activité. La perception des entrepreneurs est sincère, elle est globale, même si elle est en léger décalage avec la réalité, les chiffres de l'INSEE ou de la Banque de France. Car Il est de bons signes comme l'implication des banques et l'augmentation des crédits d'investissement, + 2,1% sur 12 mois. Ce qui contrarie c'est l'impression d'être délaissé, et le sentiment de la méconnaissance par une partie de la majorité présidentielle de ce que vivent au quotidien les PME : sauver les entreprises, sauvegarder le niveau de vie et sortir de la crise. Par idéologie ou par culture, on ajoute de nouveaux freins. C'est d'abord, la mise en place du compte individuel de pénibilité, la durée minimale du travail hebdomadaire à 24h00. C'est ensuite, la complexification de l'information en matière de transmission, une fiscalité lourde et instable, une taxation dividendes qui touchent même les dirigeants de SARL, sans que cela n'émeuve personne. C'est enfin, le manque de valorisation de l'univers PME.

Il est aujourd'hui temps que chacun balaie devant sa porte. Le bashing de l'action gouvernementale n'est pas le fait des entrepreneurs. Les querelles permanentes de personnes qui polluent le débat public ne viennent pas du monde de l'entreprise. Comme les citoyens, les patrons sont les spectateurs impuissants d'un débat politique pauvre qui met avant des égos et fait le jeu de l'extrémisme. Et face à la mondialisation des échanges, il n'y a rien à attendre du repli sur soi ou poujadisme économique. Qui, dans l'entreprise, ne souhaite pas la réussite du pacte de responsabilité ou les mesures de simplifications que nous demandons depuis des années ? Quel patron ne souhaite pas investir, ou réinvestir, dans un climat fiscal stable, améliorer la rentabilité et les résultats de son entreprise ? Si depuis l'été 2014, les paroles sont là et si à Bercy, la cohérence est patente, le message que donne la majorité parlementaire aux acteurs économiques, via les médias, est toujours brouillé. Les déclarations de guerres internes dans les partis politiques et les amendements parlementaires décalés, de la réalité de ce que vivent les PME, passent mal. Arrêtons donc de tirer sur BPI France qui fait un travail exceptionnel, sur le CICE qui aide les PME et sur les banques qui font leur aggiornamento et arrivent à sauver des entreprises. Toute action publique ou privée doit nécessairement bénéficier de temps pour produire des résultats d'autant que les marges de manœuvres sont tenues. Cette semaine d'actions est donc la bienvenue, il est toujours bon de rappeler les évidences «ce sont les entreprises qui créent la richesse, ce sont les entreprises qui créent l'emploi...».

Bernard COHEN-HADAD

Président du Think Tank Etienne Marcel

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Commentaires
a écrit le 25/11/2014 à 20:13 :
"Sur un an, le sentiment que la vie est plus chère s'est renforcé."
Quand toutes les factures augmentent d'entre 5 et 42%, oui le coût de la vie augmente.
Quand le m3 d'eau chaude passe de 10.5€ à 15€, oui ça pose un énorme problème.

Je ne comprends pas comment l'Etat ne peut pas voir d'inflation alors qu'elle est bien présente dans la vie courante.
a écrit le 25/11/2014 à 20:10 :
Ce qui est certain, c'est que le discours économique du gouvernement actuel casse le moral des ménages.
Et ce sera le cas jusqu'à ce qu'une politique de relance économique et de relance du pouvoir d'achat soit menée.

Moi, pour ma part, je consomme de moins en moins. Impossible de dépenser plus que ce que je gagne de toute façon.
L'appartement me coûtant à peu près 50% de mon revenu, je ne vis plus qu'avec 1 smic pour tout le reste, ce qui est trop faible pour consommer comme je le souhaiterais.
Je me prive d'au moins 50% de mes besoins. Pendant ce temps, la TVA ne rentre plus dans les caisses de l'Etat!
a écrit le 25/11/2014 à 18:18 :
C'est très juste ! Cependant ce serait mieux encore si ce discours était fait, relayé, publié en commun par toutes les organisations patronales parlant pour une fois d'une même voix en faveur de l'activité dans notre pays. Même si les besoins de soutien public des uns et des autres diffèrent, mieux vaudrait mettre en avant les problèmes communs et rechercher un consensus qui fait tellement défaut!
a écrit le 25/11/2014 à 15:53 :
Bravo, bon article et pour aller dans le même sens, sachez que les expats en ont franchement marre du French bashing des Médias français, et de leurs affidés, du style de Baverez, Saint Étienne, Zemmour, Nouhailac et autres, qui se répandent dans certains magazines, sur les radios et TV, et dans l'édition. Comme expats, on se fait cracher dessus par les étrangers qui s'appuient sur les propos déplacés de ces gens... M.... a la longue !!

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