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Baisse des prix pétroliers: que des gagnants?

Photo de Ivan Best

Denis Ferrand

Publié le 09 février 2015 à 11:18 - Mis à jour le 09 février 2015 à 13:53

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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La baisse des prix pétroliers profite bien sûr l'économie française. mais tout le monde ne sera pas gagnant au même titre. Et certains secteurs pourraient même être pénalisés. par Denis Ferrand, DG de Coe-Rexecode

La baisse du cours du baril de pétrole intervenue en 2014 a déjà occasionné une réduction importante de la facture énergétique. Le solde déficitaire des importations et des exportations des seuls hydrocarbures bruts s'est ainsi réduit de 9,5 milliards d'euros pour revenir à hauteur de 39 milliards d'euros, soit près de deux points du PIB. Pour autant, l'évolution des prix n'explique que la moitié de l'amélioration du solde extérieur. Si les importations n'avaient évolué qu'en fonction du recul des prix moyens du pétrole observé en 2014, le solde n'aurait été amélioré que de 4,7 milliards d'euros. C'est donc également un effet « volume » qui a joué. La faible croissance de 2014, ainsi que des températures élevées, ont probablement contribué au tassement des importations de produits pétroliers.

Une vaste restitution de pouvoir d'achat

Cette baisse des cours s'est prolongée depuis la fin 2014 à tel point que, si le cours du baril de pétrole devait rester d'ici à la fin 2015 à son niveau moyen observé depuis le début de l'année, soit 44 euros le baril de Brent, le montant des importations de produits pétroliers bruts chuterait de près de 24 milliards d'euros à volume d'importations inchangé. Cette baisse occasionne ainsi une vaste restitution de pouvoir d'achat à l'échelle de l'ensemble de l'économie, une restitution toutefois loin d'être homogène entre les acteurs économiques ou entre les secteurs. Cette baisse des prix du pétrole est certes au total bénéfique à la croissance d'une économie importatrice nette comme c'est le cas de la France, mais cet effet n'est jamais univoque.

Du pouvoir d'achat en plus pour les ménages...

Le gain pour les ménages passe principalement, sinon exclusivement, par la baisse des prix des produits pétroliers consommés. Une inscription durable du cours du baril à hauteur de 44 euros en 2015 pourrait occasionner directement 1,1 point de baisse des prix à la consommation et donc autant de pouvoir d'achat du revenu en plus via la baisse des prix des produits pétroliers. Cet effet direct est à combiner avec la propagation de la baisse initiale dans l'ensemble du système de prix mais également de revenus : une progression plus lente des prix pouvant déboucher sur une modération salariale accrue. La combinaison de ces effets reste toutefois largement positive pour les ménages.

... mais aussi pour les entreprises

Les entreprises sont également globalement gagnantes à la baisse des prix du pétrole. Tout dépend toutefois de l'intensité de l'utilisation de produits énergétiques au cours de leurs "process" de production mais également de leur clientèle. Les consommations de produits énergétiques par chacun des secteurs ne font pas l'objet d'une ventilation précise selon les types d'énergie utilisées, notamment dans le cadre des tableaux d'entrées sorties produits par l'Insee. Ces tableaux permettent d'estimer le coût total des achats de tout type de produit entrant dans le cadre du processus de production de chaque branche.

En faisant l'hypothèse, très majorante, que toute l'énergie consommée par les secteurs vient du pétrole, une baisse du prix de ce dernier répercutée dans une baisse des prix à la production de combustibles et carburants se traduirait par une économie directe de coût de l'ordre de 21 milliards d'euros pour l'ensemble de l'économie. Le principal secteur « gagnant ex-ante » est le secteur des transports. Dans le cas où le cours du baril reculait de 75 à 44 euros entre 2014 et 2015, celui-ci bénéficierait d'une économie de coût de l'ordre de 6,2 milliards d'euros. L'industrie dans son ensemble verrait ses coûts baisser directement de 4,6 milliards d'euros, soit un montant supérieur à celui qu'elle peut escompter du CICE, une fois que celui-ci sera pleinement monté en puissance.

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L'ensemble des services marchands (hors transports et commerce) ne bénéficieront pour leur part que d'une économie directe de l'ordre de 2 milliards d'euros. Cette répartition dépend bien entendu du poids pris par les achats de produits énergétiques dans le process de production. Ce poids se monte ainsi à 10,7 % de la valeur de la production des transports et à 14,6 % de la valeur de la production de la seule industrie chimique par exemple mais seulement de 0,7 % de la valeur de la production de services marchands.

Les gagnants ultimes sont ceux qui conserveront les gains dans leurs marges


L'estimation précédente ne donne toutefois qu'une présomption du secteur « gagnant » au final de cette baisse des coûts. Il s'agit bien d'une estimation ex-ante, c'est-à-dire avant toute répercussion de cette économie de coût dans les évolutions de prix de vente. Les gagnants ultimes seront les secteurs qui auront été en mesure de conserver dans leurs marges l'essentiel des effets de restitution de pouvoir d'achat. La désignation du gagnant ultime dépend ainsi grandement de l'affectation qui est effectuée de cette économie et il est bien trop tôt pour pouvoir identifier quel secteur sera le principal gagnant à ces évolutions des prix relatifs.

Les exportateurs vers les pays pétroliers, véritables perdants

Les « perdants » sont pour leur part à rechercher notamment auprès des secteurs exportant vers les pays pétroliers. Lors du précédent contre-choc pétrolier de 1985-86, les importations de l'Arabie Saoudite avaient reculé de 39 %, celles du Nigéria de 60 %. Pour l'ensemble de la zone euro, les exportations à destination des seuls pays de l'OPEP et de la Russie représentent un montant de 198 milliards d'euros en 2014. Une chute des importations de l'ordre de 20 % occasionnerait alors un choc équivalent à 0,4 point de PIB très dommageable pour les exportateurs orientés vers ces zones.

Quid des recettes fiscales?

Dernier acteur à envisager : les administrations publiques en particulier au travers de l'incidence des évolutions des prix du pétrole sur les recettes fiscales. Cet effet est ambigu car la fiscalité sur les produits pétroliers combine deux formes de taxation : l'une assise sur les volumes (la TICPE prélevée forfaitairement par rapport à un litre de carburant quel qu'en soit le prix), l'autre assise sur la valeur (la TVA). Une baisse du prix occasionne automatiquement un recul des recettes de la TVA qui ne pourrait être compensée pour l'ensemble des recettes fiscales que si la baisse du prix entraînait un surcroît du volume de dépenses en produits pétroliers et donc un surcroît de recettes de TICPE.

Sur ce point, un antécédent est à rappeler. Lors de la précédente vive hausse des prix du pétrole, une commission d'enquête parlementaire avait montré que peu ou prou la baisse des recettes de TICPE associée à un recul des volumes achetés avait compensé la hausse des recettes de TVA permise par la hausse des prix. Il n'est cependant pas avéré que l'effet soit symétrique en phase de baisse ou alors il faudrait imaginer qu'une vive hausse des dépenses en produits pétroliers pourrait intervenir. Elle paraît peu probable. En d'autres termes si l'Etat ne s'était pas forcément enrichi quand le prix du pétrole avait progressé, il se pourrait qu'il figure dans le cas des perdants à cette baisse des prix.

Denis Ferrand

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