L'Europe doit réduire la taille de son Etat providence !

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Michael J. Boskin est professeur d'économie à l'Université de Stanford, il a été président du Conseil économique de George W Bush de 1989 à 1993.
Michael J. Boskin est professeur d'économie à l'Université de Stanford, il a été président du Conseil économique de George W Bush de 1989 à 1993. (Crédits : REUTERS Phil McCarten)
L'Europe doit affronter cinq grands problèmes, dont le premier est celui de ses finances publiques. Le résoudre passe par une diminution du poids de l’État providence. Par Michael J. Boskin, professeur d'économie à l'Université de Stanford, a été président du Conseil économique de George W Bush de 1989 à 1993.

Bien que la crise grecque ait été mise sur pause, la situation économique en Europe reste sombre. La croissance de la zone euro est en légère hausse par rapport aux niveaux de quasi-récession qui prévalaient il y a quelques mois, mais les projections du Fonds monétaire international pour 2015 et 2016 dépassent à peine 1%. Le taux de chômage reste supérieur à 11% - et deux fois plus pour les jeunes (et encore deux fois plus dans certains pays comme la Grèce et l'Espagne).

La sortie de la Grèce de la zone euro serait probablement moins perturbatrice maintenant qu'il il y a quelques années. Les pays les plus à risque de contagion - Portugal, Espagne et Italie - sont moins vulnérables aujourd'hui aux yeux des marchés ; l'Union européenne a mis en place un fonds de sauvetage ; et la Banque centrale européenne a lancé un vaste programme de rachat d'obligations.

Un modèle social dépassé, pour reprendre l'expression de draghi

Le véritable défi en Europe concerne la stagnation qui n'en finit pas, ainsi que la montée des pressions budgétaires sur le secteur public dans des États-providence démesurés aux prises avec le vieillissement rapide de leur population. Pour rétablir croissance, opportunités, prospérité et stabilité financière, il faudra trouver des solutions audacieuses à cinq problèmes interdépendants.

Le premier problème est budgétaire. L'équation est simple. Le taux de taxation nécessaire pour financer les dépenses sociales doit être égal au rapport entre le nombre de personnes recevant des allocations et le nombre de contribuables (le ratio de dépendance), multiplié par le rapport entre le montant des allocations par rapport aux revenus imposables moyens (le taux de remplacement). C'est ce calcul qui a conduit Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne, à déclarer que « le modèle social européen s'en est déjà allé ». Trop d'Européens perçoivent de trop nombreux avantages, mais les gouvernements ont jusqu'ici essentiellement esquivé la question et reporté l'addition au moyen d'un endettement massif. Cela fait longtemps que l'Europe attend des réformes permettant de concentrer les dépenses sociales vers les véritables besoins.

L'Europe incapable de rattraper les niveaux de vie américains

Le deuxième problème est d'ordre économique : la croissance en Europe a été inférieure à celle des États-Unis, décennie après décennie. Bien que la théorie économique prédise une convergence des niveaux de vie, l'Europe est à la traîne par rapport aux États-Unis à concurrence de 30% ou plus. Les impôts élevés et les lourdes règlementations étouffent le marché du travail et les nouvelles entreprises potentielles. Les allocations de sécurité sociale trop généreuses créent des désincitations à travailler, embaucher, investir et se développer. La croissance anémique chronique est insuffisante pour créer des opportunités pour la masse des jeunes du continent qui sont au chômage ou en situation de sous-emploi.

Des banques zombies

Le troisième problème est la crise bancaire. En Europe, les banques fournissent environ 70% du crédit pour les économies européennes, contre 30% aux États-Unis. Or, de nombreuses banques européennes sont des zombies surendettés, maintenus en vie par des perfusions publiques d'urgence de liquidités.

Une faible capacité à absorber les chocs, en raison de la monnaie unique

Quatrièmement, il y a la crise monétaire. Les nombreux avantages de l'euro - transparence transfrontalière des prix, coûts de transaction plus faibles et crédibilité de l'inflation - ont exigé d'abandonner les politiques monétaires indépendantes et les taux de change flexibles. Or, compte tenu des faibles transferts interrégionaux et de la mobilité du travail limitée, cela signifie que le continent a une capacité beaucoup plus faible à absorber les chocs disparates grâce au fonctionnement de ce qu'on appelle les stabilisateurs automatiques. Aux États-Unis, en revanche, les personnes vivant dans l'état du Michigan avec un taux de chômage élevé se déplacent, par exemple, au Texas, où les emplois sont abondants, alors que le système d'imposition et de transfert du gouvernement fédéral envoie automatiquement de l'argent dans la direction opposée, ce qui amortit le ralentissement local.

Enfin, l'Europe fait face à un déficit de gouvernance sévère. Les citoyens sont de plus en plus déçus par les élites européennes et les institutions supranationales comme la Commission européenne, qui imposent des règles et des règlementations qui sont en conflit avec les intérêts économiques et la souveraineté de leur pays. Les électeurs sont inquiets, comme le résultat des élections grecques l'a montré. Le sentiment nationaliste est en hausse et les partis démagogiques de l'extrême droite et gauche gagnent du terrain dans tous les sondages.

Le principal défi est budgétaire

Trouver une solution à ces problèmes sera difficile, mais n'est pas impossible. Le principal défi est d'ordre budgétaire ; l'Europe ne peut pas échapper à la nécessité de réduire ses Etats-providence sclérosés. S'il accepte ce fait, et s'il met en œuvre la série suivante de politiques se renforçant mutuellement, le continent peut sortir de sa torpeur actuelle.

Une consolidation budgétaire progressive - réduire la taille future prévue des dépenses du gouvernement, et donc les futurs taux d'imposition - devrait être au centre de l'effort. Elle devrait être combinée avec la mutualisation d'une partie des dettes des pays très endettés - définis par un ratio dette sur PIB dépassant, par exemple, 60% ou 70% - ainsi que de modestes dépréciations en échange d'obligations de long terme à coupon zéro. Les « obligations Brady » que les Etats-Unis ont utilisées pour aider à résoudre la crise de la dette en Amérique latine dans les années 1990 pourraient servir de modèle.

En même temps, les banques zombies de l'Europe devront être remises à flot rapidement par un processus d'acquisition ou de reprise temporaire, de nettoyage et de vente d'actifs, comme l'a fait la Resolution Trust Corporation au cours de la crise de l'épargne et du crédit aux Etats-Unis dans les années 1980. Des réformes structurelles qui accroissent la flexibilité du marché du travail et réduisent les formalités administratives ainsi que les obstacles à la création d'entreprises doivent également être mises en œuvre.

Mettre en place une double zone euro

Enfin, la zone euro devrait adopter un euro à double standard assorti d'un taux de change fluctuant - une idée défendue par l'économiste américain Allan Meltzer. Des règles systématiques devraient être fixées pour déterminer le moment où les membres de la zone euro sont rétrogradés à « l'euro B » ou au contraire promus à « l'euro A ». Un tel régime de transition - que l'on peut appeler « dépréciation sans sortie » - permettrait d'éviter certains des problèmes (mais pas tous) liés à une sortie pure et simple d'un pays de la zone euro. Il créerait son propre ensemble d'incitations qui, dans l'ensemble, mettrait la pression sur les pays pour éviter la rétrogradation, tout comme les meilleures équipes de football (soccer) cherchent à éviter la relégation aux ligues mineures.

Ensemble, ces politiques permettraient de réduire la dette souveraine, de faire baisser les taux d'intérêt, d'améliorer la pression fiscale, de permettre aux pays d'accroître la compétitivité avec moins de sacrifices sur le niveau de vie et de doter l'Europe d'une feuille de route vers la prospérité. Jusqu'à présent, les dirigeants de l'UE ont suivi la voie la plus facile, mais la moins productive, consistant à rapiécer le système au fur et à mesure, appliquant des corrections partielles et temporaires aux problèmes lorsqu'ils éclatent. La possibilité d'un avenir économique devrait être un prix assez grand pour faire émerger le même type de leadership qui a fait renaitre l'Europe des cendres de la Seconde Guerre mondiale.

Traduit de l'anglais par Timothée Demont

Michael J. Boskin, professeur d'économie à l'Université de Stanford et Senior Fellow de la Hoover Institution, a été président du Conseil économique de George HW Bush de 1989 à 1993.

© Project Syndicate 1995-2015

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Commentaires
a écrit le 06/03/2015 à 12:37 :
Une seule phrase m'a fait sursauter en lisant le texte de J.Boskin,je cite :" Trop d'europé"ens perçoivent de nombreux avantages ..........."Je ne sais pas pas dans les autres pays ,mais en France il faudrait dire : " Trop de non-européens perçoivent et y rajouter plus toue "les européens de l'est " qui eux ,c'est différent viennent travailler pour rien ;augmentant ainsi le nombre de chômeurs ( dont ,le comble certains sont étrangers et touchent les indemnités ...)Un grand coup de balai s'impose ,mais qui va tenir le balai car le français n'aime pas se salir les mains ....
a écrit le 06/03/2015 à 11:26 :
"Trop d'Européens perçoivent de trop nombreux avantages, mais les gouvernements ont jusqu'ici essentiellement esquivé la question et reporté l'addition au moyen d'un endettement massif"

Oui, d'ailleurs on va commencer par dégager tout les parasites qui s'engraissent sur notre dos, pour d'un autre côté faire dépérir nos économies.

Que Draghi aillent se faire voir chez les Grecs !
a écrit le 06/03/2015 à 11:13 :
Les Etats Unis doivent réduire la taille des inégalités de revenus devenues proprement insoutenables dans leur pays. Et au-delà ils doivent réduire leur impérialisme économique sur le monde, et les prétentions de ses multinationales qui se veulent au-dessus des lois nationales, ils doivent réduire leur emprunte carbone sur la planète, leur système financier obèse qui opère sans retenue ni contrôle et est à l'origine de crises de plus en plus grave pour l'humanité...
,
a écrit le 05/03/2015 à 23:14 :
Que les sociétés US payent d'abord les impôts justement dus. Les autres aussi
a écrit le 05/03/2015 à 22:18 :
Veuillez corriger, c'est Georges H Bush qui était président de 1989 à 1993 et non son fils Georges W Bush.
Sinon, sur le fond de l'article, je propose que Robert Hue fasse une interview au NY Times dans lequel il dirait : " les Etats-Unis doivent recréer l'état providence pour la santé de leur population ". Ce serait d'ailleurs plus juste que le point de vue sur l'Europe de ce politicien intéressé.
a écrit le 05/03/2015 à 19:38 :
"a été président du Conseil économique de George W Bush de 1989 à 1993"

Avec la réussite que l'on connait.
a écrit le 05/03/2015 à 17:33 :
Ce professeur americain est dans '' la logique americaine'', c'est a dire des millions de clochards et des millions de riches. Reduire sans cesse, l' Etat providence au profit des riches qui doivent devenir encore plus riche. Une mentalite bien americaine de ce professeur qui doit etre '' republicain'' certainement. Pour moi, c'est une opinion comme une autre !
a écrit le 05/03/2015 à 17:16 :
Mettons l'homme au service de l'économie car "le but" est l'économie et l'homme n'est "qu'un moyen"! Voilà ce que l'on peut comprendre!
a écrit le 05/03/2015 à 17:02 :
Michael J. Boskin, professeur d'économie à l'Université de Stanford et Senior Fellow de la Hoover Institution, a été président du Conseil économique de George HW Bush de 1989 à 1993...

Avec ceci, tout es dit !
En France comme en Europe Occidentale, nous n'avons pas besoin de ces faucons, responsables d'assez d'inepties !
a écrit le 05/03/2015 à 16:17 :
Oui l'Europe ne doit pas être une providence :
- la pratique du dumping fiscal doit cesser,
- les exonérations fiscales de certaines catégories de fonctionnaires doivent cesser,
- le temps de travail des personnes à temps partiel augmenter
- et les états n'ont pas vocation à éponger les résultats déficitaires de sociétés comme Areva .....
a écrit le 05/03/2015 à 16:13 :
Merci M Boskin, quand on aura besoin de vos conseils politiques on vous écrira.
Réponse de le 06/03/2015 à 11:52 :
Les américains, chez eux !
Nous, chez nous !

Et l'Otan dehors, merci !

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