25% de l'eau part dans la nature en France  : la faute au manque d'entretien de nos réseaux  !

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Bruno Cavagné, président de la Fédération nationale des travaux publics (FNTP).
Bruno Cavagné, président de la Fédération nationale des travaux publics (FNTP). (Crédits : DR)
[OPINION] Alors que les « Assises de l'Eau » vont clore leurs premiers travaux en juillet sur la question du « petit cycle » de l'eau et du renouvellement des infrastructures, Bruno Cavagné, le Président de la Fédération des Travaux Publics, propose une analyse quant au délabrement progressif de nos canalisations et nos réseaux d'eau, en France. Par Bruno Cavagné, président de la Fédération nationale des travaux publics (FNTP).

Qui peut dire ce qu'il paie pour l'eau? Personne ne le sait vraiment.  En fait, il n'existe pas de chiffre référent pour tous. Le prix moyen de l'eau potable et de l'assainissement collectif est de 3,98 euros par m3 d'eau consommée mais les tarifs peuvent dépasser 6 euros.  Ces inégalités de tarifs selon les régions et selon les conditions de traitements posent d'ailleurs question : ne devrait-on pas instaurer un système de péréquation, pour plus de clarté et d'équité ? Sans compter que la facture d'eau est souvent noyée dans le montant des charges de copropriétés. Ce flou sur ce que l'on paye a un impact psychologique : chacun a le sentiment que l'eau est un bien primaire, gratuit, au même titre que l'air.

Ce n'est évidemment pas le cas. L'eau a un coût,  on prétend d'ailleurs couramment que « l'eau paie l'eau ». Derrière cette formule lapidaire, il y a bien sûr le fait que le consommateur paie sa consommation, mais aussi qu'il paie la collecte, le traitement et la distribution de son eau pour qu'elle lui parvienne utilisable et potable et son assainissement pour qu'elle retourne à la nature nettoyée. En théorie, il paie aussi au travers de sa facture d'eau le coût d'entretien et de renouvellement des réseaux adéquats... mais en théorie seulement.

Nos canalisations sont renouvelées tous les 167 ans, quand elles ont une durée de vie de seulement... 50 à 75 ans !

De fait, nos canalisations ont une durée de vie de 50 à 75 ans. Or, parce que le prix de l'eau n'intègre que partiellement le coût du renouvellement, nous connaissons aujourd'hui, en France, une vétusté des infrastructures qui a pour conséquence qu'un quart de l'eau potable part dans la nature.

On s'en offusque mais on ne se donne pas les moyens d'entretenir nos canalisations. Il y a bien une instruction administrative concernant les règles de la comptabilité publique locale qui oblige à prévoir d'amortir les infrastructures...  sauf que la durée d'amortissement y est facultative. Il faudrait, pour cinquante ans de durée de vie des tuyaux, allouer chaque année 2% de la somme investie initialement à l'amortissement et ainsi anticiper son entretien. Ce qui est loin d'être le cas au regard du taux de renouvellement des infrastructures pratiqué : Il est de 0,60%, en moyenne,  ce qui  équivaut à un renouvellement des réseaux tous les... 167 ans !

Il est urgent de réinvestir nos réseaux d'eau !

Nous nous devons d'assurer la pérennité de nos infrastructures et donc du financement. Et pour cela nous devons éveiller l'usager sur le vrai coût de l'eau, mais aussi les pouvoirs publics. Elus et agences de l'eau doivent pouvoir engager ce travail de responsabilité face aux nécessaires dépenses de renouvellement des réseaux.

Ce n'est pas parce que nos canalisations sont enfouies et donc invisibles, qu'il faut oublier d'entretenir notre patrimoine sous-terrain. C'est une question d'écologie comme d'économie. Nous ne pouvons décemment pas accepter de gaspiller des milliards de litres d'eau à cause de mini fuites piquetant nos réseaux d'eau. C'est irresponsable face aux défis environnementaux qui se posent à nous. Les conséquences du réchauffement climatique, inondations ou sécheresses, nous imposent une maîtrise des flux.

Nous avons aujourd'hui à disposition des nouvelles technologies innovantes qui nous permettent de repérer les fuites ou de réguler les flux grâce à des capteurs intelligents. Investissons donc pour en finir avec le gaspillage. Si dès maintenant les moyens ne sont pas alloués à l'entretien de nos installations d'eau, nous allons laisser une dette grise à nos enfants qui devront mettre la main à la poche pour pallier nos insuffisances actuelles.

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Par Bruno Cavagné, président de la FNTP

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Commentaires
a écrit le 07/07/2018 à 8:56 :
il me semblait que le prix de l'eau facturé comportait une part destinée aux investissements du réseau (construction et maintenance )
Où passe donc l'argent si les travaux ne sont pas réalisés ?
a écrit le 03/07/2018 à 15:17 :
Hulot a créé une taxe importante de plus sur les carburants au 1/1/2018, déjà surtaxés. 75 Milliards d'eur/an, pour des routes toujours dangereuses, Glyphosate, qui n'est pas nocif, il exige que….sans substitut, NDD qui était nécessaire, il en obtient l'abandon, ses produits Ushouyaya qui lui rapportent des millions d'euros par mois sont classés et analysés toxiques, et l'eau de plus en plus rare, il laisse PAR TROUILLE DES LOBBYSTES : sociétés d'eau trop juteuses, qui n'investissent pas dans le réseau ( profits) le tiers de l"eau acheminée est perdu, fuites importantes de l'assainissement. ET NOUS LA PAYONS UNE FORTUNE 5.75eur au M/3 POUR LEUR SEULE PRIORITE : LE PROFIT, bien trop pour le délabrement du réseau. Réseau Routier et Réseau d'Eau et Assainnisement MEMES TAXES ET MEMES DELABREMENT.
a écrit le 03/07/2018 à 15:03 :
Alors que quand on veut on peut:

"New York, pionnière pour la protection de l’eau" https://www.monde-diplomatique.fr/publications/l_atlas_environnement/a53632
a écrit le 03/07/2018 à 14:20 :
À bin oui les actionnaires rallent et ils n'ont toujours réussi à nous facturer les pertes... Mais un petit point pour remettre les pendules à l'heure: si de l'eau retourne dans la nature alors elle n'est pas perdue car c'est elle qui la purifie et nous la distribue gratuitement.
L'eau n'est pas une marchandise retournons tous en régie municipale.
Un jour il nous vendrons de l'air alors que c'est eux qui l'ont pollué...
Réponse de le 03/07/2018 à 15:31 :
"Mais un petit point pour remettre les pendules à l'heure: si de l'eau retourne dans la nature alors elle n'est pas perdue car c'est elle qui la purifie et nous la distribue gratuitement."

En effet c'est une excellente remarque maintenant il est quand même dommage qu'elle retourne chlorée dans la nature... Autant l'économiser dès sa forme d'origine.
a écrit le 03/07/2018 à 13:59 :
"chacun a le sentiment que l'eau est un bien primaire, gratuit"
bof, en maison, on a directement le volume sur la facture, pas de noyade dans les charges générales. D'où des efforts drastiques pour en consommer le moins possible : 12m3/an (c'est estimé à 48m3/an pour une personne) mais je paie 100€ de facture (eau à 3,2€ HT/m3). Chaudière à l'étage, je collecte l'eau en bas dans un bidon tant que pas assez chaude, ça sert ensuite pour arroser, dommage de rejeter de l'eau propre. C'est un bien précieux l'eau.
Sur la facture y a une ligne "Modernisation des réseaux (Agence de l'eau)" à 0,16€ HT/m3 consommé, ça passe où ? Utilisé au mieux ?
En résumé l'argent prévu sur les factures pour l'entretien des canalisations, leur remplacement, il est insuffisant ? Ou géré après coup, quand ça fuit (trop tard).
Un test simple à faire chez soi : tous les mois, le soir, fermer le robinet de réservoir de chasse d'eau, le matin, l'ouvrir, si y a du bruit, le niveau a un peu baissé, fuite invisible mais permanente, un joint à nettoyer (parfois du calcaire mou, part facilement).
Sinon on connait la proportion d'eau des particuliers, vs l'eau industrielle, & l'eau consommée par l'agriculture ? Pour relativiser nos usages respectifs.

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