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OpinionsTribunes

A quoi va ressembler le monde d'après Covid-19 ?

Marc Guyot et Radu Vranceanu, professeurs à l'ESSEC (*)

Publié le 09 juillet 2021 à 07:56 - Mis à jour le 09 juillet 2021 à 10:27

La france prevoit d'emettre a nouveau 260 milliards d'euros de dettes en 2021, selon l'agence france tresor

La plupart des gouvernants ont adopté le principe du soutien quoi qu'il en coûte.

Yves Herman

Le Quotidien Numérique

11 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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OPINION. Dans une analyse de la crise sans précédent qui bouleversé la planète, Marc Guyot et Radu Vranceanu, professeurs à l'ESSEC, espèrent le retour le plus rapide à un fonctionnement normal de l'économie de marché, avec une moindre ingérence planiste et des politiciens plus intéressés par la diminution structurelle du chômage que par le nombre de "likes" sur leur page Facebook.

L'année scolaire se termine et, pour une Europe qui rattrape son retard sur la vaccination, on peut envisager avec soulagement le scénario d'une pandémie qui bat de l'aile. En France, elle a suivi un modèle commun à l'ensemble de l'Europe. Commencée en décembre 2019, elle a conduit au confinement radical de mars 2020, suivi de deux autres vagues épidémiques et de deux autres confinements « pragmatiques » en octobre 2020 et février 2021. Aucun des deux auteurs ne s'estime qualifié pour évaluer la réponse sanitaire du gouvernement face à la pandémie et, de ce fait, nous l'acceptons comme une donnée externe. Cela dit, la crise sanitaire a engendré une crise économique mondiale sans précèdent depuis la seconde guerre mondiale et a provoqué une forte réponse des gouvernements sur le plan économique, dont nous pouvons tirer des leçons.

Dépenses publiques massives

Face à l'effondrement de la demande et aux fermetures administratives, le « restez chez soi », la plupart des gouvernants ont adopté le principe du soutien quoi qu'il en coûte. Ils ont engagé des dépenses publiques massives et assumé des déficits sans précédents avec une préoccupation d'extrême court terme. Cette réponse budgétaire XXL a été facilitée par les interventions non moins massives des banques centrales qui ont absorbé une grande partie des nouvelles dettes. Le principe d'action au jour le jour était de limiter au maximum voir d'annuler l'impact économique de la crise sanitaire. Tous débats sur le niveau de l'endettement et des conséquences à venir ont été bannis au nom de l'urgence et renvoyés aux calendes grecques de l'après-épidémie, tout comme furent bannis en France les débats sur la nécessité des confinement totaux au printemps 2020.

Dans la plupart des pays ces dépenses ont soutenu directement les revenus des ménages, notamment par les schémas de chômage partiel, responsables de plusieurs dizaines de milliards de déficit en France (25 milliards euros en 2020). Les aides attribués aux entreprises ont été pour la plupart conditionnées à des engagements de transition énergétique plutôt que le maintien ou la création d'emplois.

L'emprise de l'Etat sur l'économie accentuée

La crise a donc eu pour effet d'accentuer l'emprise de l'Etat sur l'économie et ce sur deux niveaux. L'augmentation de la part des dépenses publiques dans le PIB (62.1% du PIB fin 2020) et le pilotage paternaliste des décisions par l'Etat planiste suivant les normes de la nouvelle vision du capitalisme écologique, social et moralisateur. Dans cette nouvelle vision, le rôle principal de l'entreprise d'innover et produire efficacement les biens et services demandées devient une nécessité vulgaire voire honteuse qu'il est urgent de rhabiller avec l'affichage d'une mission sociale. Celle-ci est stratégiquement définie par les community managers et autres scrutateurs attentifs de l'éthico-sphère avec pour mission d'éviter à tout prix l'accident industriel majeur que constituerait une mise au pilori sur les réseaux sociaux.

Il apparait clairement qu'en France cette crise a balayé tous les principes de bonne gestion des finances publiques sans aucun débat réel. De l'extrême gauche à l'extrême droite en passant par la majorité des gouvernements, toutes dépenses se justifient tant que les taux d'emprunt de l'Etat sont bas. Malheureusement les États ne pourront pas encore longtemps scier la branche des taux bas sur laquelle ils s'appuient. En effet, les taux ne sont pas faibles parce que les investisseurs font confiance aux États dépensiers mais bien au contraire parce qu'ils font confiance à l'Allemagne pour couvrir les dépenses des autres. Il est à craindre que la branche ait déjà commencé à se craqueler. Si on regarde l'évolution récente des taux d'intérêts sur les obligations à 10 ans, on observe un accroissement inquiétant des taux, et du spread entre l'Allemagne et les États les plus fragiles (L'Italie notamment mais aussi la France et l'Espagne).

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La rigoureuse Allemagne a tenu son rôle de garant de l'unité de l'euro en acceptant, dans la douleur, l'émission d'une dette européenne, avec garantie implicite allemande. Elle a dû avaler également l'achat de 1.850 milliards d'euros de titres par la BCE et l'octroi de 1.850 milliards de prêts de long terme de la BCE destinés à inciter les banques commerciales à acheter des dettes d'Etat, toujours pour maintenir l'unité de la zone euro.

L'UE a manqué une occasion en or d'imposer des réformes aux pays du Sud

Si l'UE a lancé un vaste programme d'aides à hauteur de 750 milliards d'euros financé par l'emprunt européen, elle a manqué une occasion en or pour imposer aux gouvernements du Sud les réformes ambitieuses qui leur auraient permis d'améliorer le fonctionnement de leur économie. Les urgences les plus criantes se situent au niveau de la reforme des systèmes de retraite en faillite, la reforme des systèmes de santé avérés peu aptes à combattre la pandémie, la réforme des marchés du travail à structure « duale », et enfin la réforme de l'enseignement vers une meilleure adéquation avec le marché du travail.

La mauvaise performance relative de la vaccination a renforcé la méfiance des européens par rapport au projet européen, sur un fond de défiance générale dont le Brexit est une conséquence. Les surenchères dans la formulation des objectifs environnementaux ne rassurent pas la majorité de la population. La gestion de la transition vers la voiture électrique à marche forcée mais sans accompagnement industriel à la hauteur que ce soit au niveau de la production de batteries, du développement des stations de recharge ou de la transformation des entreprises traditionnelles d'automobiles donne une impression d'inconséquence.

En même temps que l'écologie mal comprise peut potentiellement détruire l'industrie existante et nous rendre dépendants de la Chine, les appels à la souveraineté économique nationale ou européenne se multiplient. L'attention des gouvernants est focalisée sur l'augmentation des rentrées fiscales, la taxation des GAFA étant la partie émergée de cet iceberg fiscal.

Le président plastronne sur la compétitivité nationale et l'attractivité française sans la moindre intention de reprendre les reformes du marché du travail et aucun autre parti politique ne semble se soucier non plus de cette réforme. Il est nettement plus facile de critiquer l'immigration irrégulière que de poser un diagnostic sur les rigidités flagrantes du marché du travail qui plombent la compétitivité des entreprises françaises. En France, le Conseil d'Etat vient de mettre en stand-by la réforme de l'assurance chômage, dont le calcul des indemnités est une arnaque avérée à travers les contrats de courte durée. Ce gel des réformes est préoccupant car sans marché du travail plus flexible dans les pays du Sud, les vœux de réindustrialisation resteront lettres mortes surtout lorsque ces pays devront trainer le boulet du service d'une dette publique largement supérieure à 100% du PIB.

La crise a aussi apporté des nouvelles encourageantes. Si absurdes que furent certaines contraintes sanitaires, les entreprises ont cherché par tous les moyens à s'adapter et à continuer de produire. La croissance a résisté nettement mieux au printemps 2021, comparé au deuxième trimestre 2020 quand le PIB chutait de 18,6% par rapport au T2 2019. Le travail à distance est mis en exergue comme une adaptation majeure des entreprises à la crise et révèle encore une fois la capacité du système capitaliste libéral à absorber un choc, quelle que soit sa nature. Le système des prix a émis les signaux nécessaires pour réaffecter les ressources et les énergies et il aurait fonctionné encore mieux en absence des interventions pataudes des États, court-circuitant le système des prix et privant les citoyens d'un accès rapide au gel hydroalcoolique, aux masques sanitaires et aux respirateurs.

Des firmes privées ont réalisé la performance inouïe d'obtenir un vaccin efficace en moins de 10 mois, tout en développant des technologies innovantes pour certaines d'entre elles. C'est la quête du profit dans ce qu'elle a de plus noble - la capacité d'innovation et sa récompense - qui a permis de répondre efficacement à cette crise sanitaire. Les systèmes planifiés ont apporté leurs solutions habituelles : l'enfermement strict des populations, la production et la diffusion rapide de vaccins basés, certes, sur des technologies anciennes en se passant du long processus d'études cliniques solides. Comme d'habitude, cette performance fait rêver certains occidentaux qui n'ont toujours pas pris la mesure de ce que la liberté apporte à l'être humain.

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L'ampleur des dettes publiques et privées accumulées depuis un an et demi vont rendre les années à venir difficiles. Les taux d'intérêt vont augmenter au fur et à mesure où les banques centrales seront contraintes d'arrêter la monétisation de facto de la dette publique à cause de la montée de l'inflation. Outre l'augmentation du poids de la dette sur l'Etat, la hausse des taux va peser sur le secteur privé en freinant l'investissement et l'accumulation de capital et ultimement la croissance. Finalement, s'il y a de l'espoir dans un monde d'après, c'est le retour le plus rapide à un fonctionnement normal de l'économie de marché avec une moindre ingérence planiste et des politiciens plus intéressé par la diminution structurelle du chômage que par le nombre de likes sur leur page Facebook.

Marc Guyot et Radu Vranceanu, professeurs à l'ESSEC (*)

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