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Après l’échec de la droite, les scénarios de la recomposition

Pierre Bréchon

Publié le 26 avril 2017 à 14:00 - Mis à jour le 28 avril 2017 à 13:33

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Comment la droite de gouvernement a-t-elle pu en arriver là perdre une élection jugée « imperdable », le désaveu du quinquennat socialiste dans l’opinion laissant augurer une alternance « naturelle » ? Par Pierre Bréchon, Sciences Po Grenoble.

Si la situation de la gauche française apparaît extrêmement préoccupante après le premier tour de la présidentielle, celle de la droite de gouvernement n'est guère plus brillante. Les élections régionales de 2015 avaient mis en évidence le fort poids d'un tripartisme partisan avec le Front national qui confirmait sa capacité à rivaliser avec les deux grands partis de gouvernement, même s'il ne remportait aucune région. Au second tour, Les Républicains avaient fortement dominé, recueillant près de 41 % des suffrages exprimés et gagnant sept régions métropolitaines sur treize.

Dix-huit mois plus tard, les socialistes et les républicains se trouvent exclus du second tour de l'élection présidentielle. Comment la droite de gouvernement a-t-elle pu en arriver là ? Comment a-t-elle fait pour perdre une élection jugée imbattable, le désaveu du quinquennat socialiste dans l'opinion laissant augurer une alternance « naturelle » ?

La droite et le centre avaient mis en place des primaires citoyennes qui, à l'automne 2016, s'étaient révélées un grand succès puisque les débats télévisés entre candidats étaient très suivis et que la mobilisation était fort importante : 4,3 millions d'électeurs au premier tour, 4,4 au second. Le résultat en fut très surprenant puisque Nicolas Sarkozy, président du parti, se trouvait éliminé dès le premier tour et qu'au second François Fillon, sous-estimé par les sondages, l'emportait largement sur Alain Juppé, longtemps considéré comme le meilleur candidat de la droite pour affronter Marine Le Pen au second tour de l'élection présidentielle. C'est alors la droite des Républicains qui l'emporte sur les tendances plus centristes, avec un programme très libéral en économie, réduisant fortement les fonctions publiques et souvent perçu comme antisocial.

Une droite battue, mais pas anéantie

Après Alain Juppé, c'est donc François Fillon qui semble promis à être le prochain président de la République. Mais cet état de grâce est de courte durée. Il commence à régresser dans les sondages dès le mois de décembre. Il éprouve de la difficulté à rassembler l'ensemble de son camp, même s'il revoit en partie son programme pour tenir compte des tendances plus centristes.

Mais ce sont évidemment les affaires autour des contrats de travail de sa famille - qui émergent le 25 janvier dans le Canard enchaîne - qui précipitent son érosion. De 25 % des intentions de vote le 10 janvier il tombe à 22 % le 1er février, puis à 18 % le 6 du même mois. Fillon ne parvient plus à défendre son programme, devant en permanence justifier la probité dont il se réclamait. Il oscille ensuite dans les intentions de vote, remontant légèrement vers la fin de la campagne. Pendant plusieurs semaines, la question de son maintien dans la compétition est posée, le candidat semble s'acharner à rester, tandis que Les Républicains n'arrivent pas à s'entendre sur un plan B pour lui substituer un leader susceptible de mieux mobiliser la droite.

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François Fillon termine sur le score honorable de 20 % des suffrages exprimés - ce qui au vu des affaires et du soutien limité de certains élus dans ce contexte, montre que Les Républicains gardent des soutiens importants dans l'opinion. Ils ne sont pas du tout dans la même position que les socialistes réduits à 6,4 % des suffrages, au terme d'un quinquennat qui a mécontenté une bonne partie de leur électorat. Dès le premier tour, ces derniers étaient divisés entre le candidat officiel du parti, Benoît Hamon, et celui qui, bien qu'ayant rompu avec le Président, François Hollande, avait été responsable de sa politique économique.

Un électorat âgé, catholique et socialement favorisé

Malgré ce score honorable, François Fillon est éliminé de la compétition. Son électorat est extrêmement clivé selon les générations : il recueille moins de 10 % chez les 18-34 ans, guère plus chez les 35-59 ans, mais 27 % des 60-69 ans et 45 % des 70 ans et plus !

L'électorat filloniste est aussi économiquement et socialement favorisé puisqu'on n'y trouve que 8 % d'employés et 5 % d'ouvriers. Corrélat de l'âge, François Fillon est fortement soutenu par les catholiques pratiquants, malgré les affaires : 51 % d'entre eux votent pour lui. Cette sociologie semble devoir faire réfléchir les leaders de la droite : si celle-ci ne trouve pas les moyens d'attirer davantage à l'avenir les jeunes générations et les catégories populaires, elle aura du mal à renouer avec la victoire. Rappelons-nous que Jacques Chirac avait gagné l'élection de 1995 sur le diagnostic de « la fracture sociale ».

Par rapport au premier tour de la présidentielle de 2012 dans laquelle Nicolas Sarkozy avait réuni 27,2 % de suffrages, François Fillon perd donc plus de 7 points. Il ne conserve que 59 % des suffrages du Président sortant. Il perd 17 % des sarkozystes attirés par Emmanuel Macron et 14 % séduits par Marine Le Pen.

Divisions internes, maintien d'un parti fort et possible cohabitation

L'avenir de la droite est donc aussi très dépendant de possibles recompositions en cours sur la scène politique. La division interne des Républicains est forte comme le bureau politique au lendemain de l'élection l'a bien montré. Après l'échec du 23 avril, certains seront-ils tentés de structurer un pôle de centre droit, plus ou moins allié d'Emmanuel Macron ? Et que feront les plus proches d'une droite sécuritaire et anti-immigration ? Certains responsables rejoindront-ils les combats du Front national ?

Mais le scénario de la persistance des Républicains comme pôle fort de la droite et du centre est également tout à fait possible. Un parti a toujours beaucoup à perdre dans les recompositions. Il faut donc en général une longue période d'affaiblissements, de désaccords importants, d'écœurements réciproques entre responsables avant qu'un parti n'éclate. Il faudra suivre l'émergence d'un nouveau leader à la tête du parti - sera-ce un profil de conciliateur ou quelqu'un de plus clivant ? -, puis examiner quelles thématiques Les Républicains inscrivent de manière prioritaire dans leur programme pour espérer emporter une majorité parlementaire et reconquérir les « forces vives » de la société française.

Il est bien sûr beaucoup trop tôt pour pronostiquer les résultats des élections législatives. Mais Les républicains et l'UDI disposent de personnalités bien implantées dans leurs circonscriptions, qui peuvent avoir une bonne image et ne sont pas compromises dans les affaires en cours. Ces personnalités peuvent être souvent en état de battre une gauche divisée, avec un Parti socialiste en voie d'éclatement. Et les candidats du mouvement En Marche !, issus de la « société civile » pourraient avoir du mal à s'imposer dans un scrutin où les hommes politiques professionnels, bien que mal considérés, pourraient souvent apparaître plus crédibles que des néophytes sympathiques mais sans expérience politique.

L'un des scénarios possibles est donc l'émergence d'une majorité de droite qui exercerait le pouvoir dans une cohabitation inattendue ! Mais un autre scénario est évidemment possible : celui de l'absence de majorité à l'issue des législatives, obligeant le futur Président à former une coalition ou à trouver une majorité parlementaire pour chaque projet de loi.

The Conversation
The Conversation (Crédits : Photo DR)

Par Pierre Bréchon, professeur émérite de science politique, Sciences Po Grenoble

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation

Pierre Bréchon

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