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Avec l'impact du Covid-19, quelles priorités (de supervision) fixe la BCE pour les banques?

Jean-Jacques Quisquater et Charles Cuvelliez

Publié le 08 février 2021 à 07:30 - Mis à jour le 08 février 2021 à 08:04

Composite, Quisquater, Cuvelliez,

Jean-Jacques Quisquater et Charles Cuvelliez.

DR

Le Quotidien Numérique

04 juin 2026

Photo d'illustration de l'article
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OPINION. Chaque année, la Banque centrale européenne (BCE) publie son risk map. Ce document issu de la supervision des banques de la zone euro évalue les risques qu'elles peuvent rencontrer et les inspections qu'elles devront subir. Cette année, il prend une tournure particulière avec la pandémie du Covid-19. Par Jean-Jacques Quisquater, université de Louvain, Ecole Polytechnique de Louvain, et Charles Cuvelliez, université de Bruxelles, Ecole Polytechnique de Bruxelles.

Une des premières manifestations concrètes de l'union bancaire, c'est le mécanisme de supervision unique. Il confère à la Banque centrale européenne (BCE) l'autorité de superviser les banques systémiques de la zone euro (et celles en dehors qui le voudraient). Les priorités 2021 de ce mécanisme ont été publiées.

C'est un exercice redouté qui permet aux banques de savoir ce qui les attend. Cette année, le Covid-19 est passé par là. Et justement, ne prend-t-il pas trop la vedette ?

L'incertitude  sur les effets à long terme de la pandémie influence évidemment la BCE. L'activité économique restera en dessous des niveaux pré-pandémie jusque mi-2022, rien de moins! La convalescence sera asymétrique selon les pays et les secteurs. Les tensions géopolitiques ne faibliront pas même avec le Covid-19 et les conflits commerciaux reprendront de plus belle. Par contre, le Brexit aura eu au final peu d'impact sur le secteur bancaire. Car s'il est un secteur qui s'y est correctement préparé, c'est bien celui-là. Pourtant l'aspect  financier n'est pas réglé dans l'accord.

La remontée, aussi brusque que leur effondrement, des prix des actifs financiers est une source de risque qui signe la persistance d'un découplage entre économie réelle et la finance due, il faut l'admettre, à la chute monstrueuse des taux réels. La chance d'une correction est intense. La BCE n'aime vraiment pas non plus la perspective que les écarts de crédit retrouvent leurs niveaux d'avant la pandémie. Le marché des obligations d'entreprises à haut rendement en devient particulièrement vulnérable compte tenu des perspectives économiques faibles et incertaines et des spreads actuellement au plancher.

Ratios de dette privée/PIB

L'augmentation des ratios de dette privée/PIB qui resteront durablement élevés implique un risque de correction sur les marchés de l'immobilier du fait des ménages exposés à des secteurs qui souffrent du confinement. Leur capacité de remboursement sera fortement écornée. Et pourtant, dit la BCE, le marché de l'immobilier résidentiel s'est montré robuste avec une hausse du prix des logements. Mais la contraction de l'immobilier commercial remet les pendules à l'heure. Les ratios de dettes publiques sont, sans surprise, une autre préoccupation du fait des mécanismes de protection des pouvoirs publics. L'exposition des banques aux dettes publiques nationales a renforcé le trop fort état de dépendance entre émetteurs souverains et banques. La BCE met enfin en garde contre la recrudescence des prêts non performants avec un pic attendu à l'arrêt des mécanismes de soutien. En même temps, la BCE souligne l'importance du stimulus budgétaire : c'est un peu un double discours.

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Les banques ont déjà accru leurs provisions mais les effets des moratoires sur les prêts et la baisse des taux réduisent d'autant les perspectives. Les volumes élevés des prêts ont compensé mais plus pour longtemps. Il y aura forcément un durcissement des critères d'octroi des prêts. Les revenus tirés des frais et commissions diminuent car la concurrence est là évidemment. Bref, la rentabilité financière des établissements supervisés est à un niveau proche de zéro en 2020. Cela s'améliorera-t-il ?

Les risques opérationnels

Ces risques, cette année, passent un peu au second plan. La digitalisation des banques, encore plus marquée avec le Covid-19, est vue par la BCE comme un avantage. Les clients n'ont jamais été autant réceptifs aux services numériques. Il faut en profiter.  Par contre, le revers de la médaille est la concurrence des non-banques. La BCE craint que le Covid-19 éloigne les banques de leur initiatives stratégiques à long terme en la matière. Mais surtout la digitalisation apporte son lot de risques car les carences IT, la cyber criminalité et les incidents opérationnels rendent les banques plus vulnérables. La BCE revient sur ses constatations de ses inspections 2020 : trop de process critiques reposent sur des systèmes en fin de vie qui requièrent trop de dépenses pour en circonscrire les risques. Or, dans le contexte actuel, ces dépenses pourraient être retardées de surcroît. La gestion des risques IT et la qualité des données sont deux autres domaines où la BCE considère que les banques n'en font pas assez. La collecte des données (et leur exactitude) sont un souci car elle freine l'efficacité du pilotage stratégique et le monitoring des risques. Cela pèse sur le pilotage efficace des banques par la direction et les prive d'un grand avantage (toutes ces données) contre la concurrence des géants d'Internet.

Blanchiment, terrorisme

Les risques de blanchiment de capitaux et de financement du terrorisme restent préoccupants même si c'est du ressort des autorités nationales. La BCE compte intégrer aussi ces risques dans son contrôle et, surtout, dans son appréciation de l'aptitude des membres des organes de direction. Les cas Swedbank et Danske Bank l'ont visiblement échaudé. Nul doute que la BCE jettera un coup d'œil sur la manière dont de plus en plus de banques incluent les cryptomonnaies dans leur services.

Enfin, l'impact des risques liés au climat est devenu plus apparent tant pour les banques que pour les superviseurs mais peu de banques incluent le climat dans leur gestion et profil de risque.

Une fois n'est pas coutume, ce ne sont pas les risques liés à l'IT qui occupent la vedette dans les priorités de supervision de la BCE mais nul doute qu'ils reviendront les hanter très vite vu toutes attaques récentes via les mécanismes de mise à jour.

Jean-Jacques Quisquater et Charles Cuvelliez

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