OPINION. Laurent Legendre : « La FrenchTech doit combattre la morosité »
Laurent Legendre

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Le climat d'incertitude, il faut le combattre pour redonner de la stabilité à nos entrepreneurs et leur offrir des perspectives de croissance plus rapide. Les raisons d'espérer une croissance des financements en 2025 existent, il suffit de lever les freins.
L'année 2024 montrait des signes encourageants du côté du financement des startups. Selon EY, les levées de fonds au 1er semestre 2024 restaient stables en France par rapport au 1er semestre 2023, avec 4,26 milliards d'euros levés. Cependant, il s'agissait d'un chiffre en trompe-l'œil, porté par des mega levées comme celle de Mistral AI, mais aussi parce que la spirale n'était pas si positive avec une baisse de 38% des montants levés entre 2022 et 2023.
Et au 2e trimestre 2024, la confusion s'ajoute à la convalescence. La dissolution de l'Assemblée nationale au début de l'été a jeté un froid au sein de la FrenchTech et plus largement auprès de l'ensemble des entrepreneurs, qui ne se retrouvaient sur aucun autre programme économique de la part des partis politiques. Ce froid a également gelé certaines velléités des investisseurs français comme étrangers, qui détestent l'instabilité politique et craignent une dégradation de la situation économique française. Et donc de son attractivité. Même si la France reste le deuxième pays d'Europe en termes de montants levés devant l'Allemagne - mais loin derrière le Royaume-Uni - l'immobilisme politique ne joue pas en notre faveur.
Cette instabilité politique impacte concrètement l'écosystème de la FrenchTech. Tout d'abord, le budget 2025 porté par le gouvernement ne sera pas mené à bien. Celui-ci prévoyait le prolongement du crédit d'impôt innovation (CII) jusqu'à 2027. Sa reconduction au 31 décembre 2024 est donc écartée. Autre élément clé mis sous tension : le Plan France 2030, cette enveloppe de 54 milliards d'euros destinée à soutenir l'innovation et le développement des startups. En effet, les startups dont le dossier est en attente de validation doivent prendre leur mal en patience, gel budgétaire oblige. Un immobilisme particulièrement préjudiciable pour nos startups industrielles, déjà en danger, dont 1 sur 2 dispose de moins de six mois de trésorerie. De plus, elles nécessitent un soutien sans faille en raison de longs et coûteux programmes de R&D.
Ces deux exemples concrets posent la question de la confiance. Confiance dans nos startups et leur capacité à innover, à croître, à viser un projet rentable. Confiance dans nos investisseurs et leur capacité à soutenir financièrement les projets au départ, mais aussi à refinancer en fonction de leurs évolutions. Enfin, confiance dans nos propres institutions publiques et dans leur capacité à encadrer et pousser les projets d'entreprises par des réglementations avantageuses, à générer des rencontres ou des soutiens financiers.
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Mais si le bateau tangue, il ne coule pas. Loin de là ! Les raisons d'espérer des jours meilleurs en 2025 existent ! Tout d'abord, la France reste un pays d'entrepreneurs. Notre pays compte 15 000 startups en 2024, soit +3 500 par rapport à l'année précédente. Par ailleurs, le dernier indice BPI montre qu'1 Français sur 4 considère l'entrepreneuriat comme un choix de carrière idéal, preuve que le réservoir de créateurs ne se tarit pas. Par ailleurs, les startups s'adaptent aux nouveaux critères d'investissements : près de 80% d'entre elles visent désormais la rentabilité dans les 3 prochaines années. Cette recherche de solidité financière plus que d'hyper-croissance est en adéquation avec les ambitions des investisseurs qui se concentrent davantage sur la création de valeur et la rentabilité. De plus, la France fait figure de bon élève sur des secteurs porteurs et dynamiques comme l'intelligence artificielle et les greentech, ces technologies pour la transition énergétique et le climat.
Enfin, à l'image des collectivités locales et des CCI, l'activité publique ne se résume pas au gouvernement. Dans chacun des territoires, les acteurs locaux continuent de créer l'étincelle destinée à favoriser les belles rencontres entre startups et investisseurs. À titre d'exemple, l'événement business Techinnov organisé par la CCI Essonne a rendu sa meilleure copie en 2024, en 20 ans d'existence, avec 8000 rendez-vous d'affaires générés. L'émulation continue! Le contrat de confiance n'est pas rompu et l'innovation française a encore de solides arguments à faire valoir sur l'échiquier européen et mondial.
Laurent Legendre