Avec le numérique, les services vont-ils subir le même sort que l'industrie ?

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Olivier Passet, directeur des synthèses économiques de Xerfi. / DR
La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui: avec le numérique, les services vont-ils subir le même sort que l'industrie ?

L'histoire paraît écrite. Les algorithmes sont susceptibles de prendre en charge un champ de plus en plus large d'activités humaines. Il s'agit là du volet automatisation de la révolution numérique. Mais de surcroît, les plateformes numériques planétaires ou de plus faibles envergures sont en mesure de mobiliser de plus en plus de compétences à travers le monde, et peuvent arbitrer entre différents territoires, même très lointains, où la main-d'œuvre qualifiée ne cesse d'augmenter.

Partant de cela, on devrait se dire, que ce qu'a connu l'industrie, à la fois l'effondrement des métiers ouvriers (évincés par les pays atelier), l'externalisation et la délocalisation croissante devraient s'abattre avec la même puissance sur de nombreux services BtoB à l'entreprise... et s'étendre aux services destinés aux particuliers, ceux du moins qui n'imposent pas une interaction physique avec le consommateur. Je ne pense pas aux coiffeurs, aux soins du corps, à la vente. Mais plutôt aux prestations qui peuvent passer par un écran et des capteurs... l'éducation, certains métiers de santé, la surveillance, etc.

Robotisation et impression 3D changent la donne

Mais même pour les métiers qui appellent des manipulations physiques, plus la robotisation avance et devient abordable et plus il est facile d'imaginer des substituts à l'homme quasi autonomes, surveillés ou pilotés à distance. Et si je pousse les choses à l'extrême, même les activités qui paraissent aujourd'hui indissociables du territoire pourraient demain, perdre leur ancrage. L'entreposage, la livraison, qui pourraient être pilotés à distance....  Je ne parle même pas de l'impression 3D, qui peut faire sauter les dernières lois de gravité territoriale.

Autrement dit, tout ce que l'on vit déjà  dans une série d'activités : les services de paie, de comptabilité, les services informatiques les centres d'appel bien sûr, etc. a vocation à s'étendre bien plus encore. Pourquoi faire sur le territoire ce que l'on peut faire aussi bien et à moindre coût ailleurs ou que l'on peut tout simplement automatiser et piloter à distance.

La grande mise en concurrence de toutes les activités dans toutes les régions du monde au détriment des pays développés n'est donc pas prête de s'arrêter. C'est cela aussi qui explique les pressions ne plus en plus fortes sur les prix et les salaires de certains services de moins en moins protégés, et de plus en plus délocalisables, avec une caractéristique supplémentaire qui facilite leur éloignement : il n'y a pas de coûts de transport liés au rapatriement des produits réimportés, et de faibles de coûts de coordination.

Cela veut-il dire que nous sommes condamnés à une grande déségrégation qui va achever de diluer nos économies nationales dans le grand tout mondial, au détriment des revenus et de l'emploi ? Peut-être pas, si je me réfère aux arguments forts avancés lors de la conférence "Made in world" des printemps de l'économie organisée en partenariat avec Xerfi.

La mondialisation concentre les activités

Comme le rappelle l'économiste El Mouhoub Mouhoud : la mondialisation, avant de diluer délocaliser les activités, pousse plutôt à les concentrer, à les agglomérer dans des écosystèmes territoriaux qui tirent avantage de la qualité de leur intégration. D'où le dynamisme des grandes agglomérations aujourd'hui.

Jean Philipe Denis ne dit pas autre chose, lorsqu'il affirme, qu'on peut délocaliser le travail ou le capital, mais beaucoup plus difficilement l'intelligence. Il parle de l'intelligence des organisations. L'innovation a besoin de proximité, d'échange d'expérience, de connivence. Pour être un pôle de production de services exportables haut de gamme, il faut savoir bâtir de véritables écosystèmes cognitifs sur le territoire.

Enfin, le numérique renforce le caractère exportable des services. Nul besoin de délocaliser pour accéder à la demande du grand large. Le producteur de service peut dans beaucoup de cas être un voyageur immobile. Potentiellement plus d'imports ou d'exports donc... mais pas nécessairement de la délocalisation. La concurrence sera rude. Mais le délitement sera peut-être moins brutal que ce que l'on a vu dans l'industrie.

>> Plus de vidéos sur le site Xerfi Canal, le médiateur du monde économique

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