OPINION - Isabelle Santiago, députée PS du Val-de-Marne, veut mettre fin aux graves difficultés de l’aide sociale à l’enfance. Pour y parvenir, elle entend construire une coalition de projet à l’Assemblée nationale.Dans quelques jours, nous connaîtrons le programme de travail du gouvernement de Michel Barnier et, je l'espère, son projet pour l'enfance. Ce sujet majeur, ignoré par le politique depuis trop longtemps, demande un ministère de plein exercice pour sortir enfin de l'ornière.
Il suffit de se pencher sur le cas des enfants placés pour s'en convaincre. Chaque année, les départements dépensent près de 10 milliards d'euros dans une politique publique en tous points inefficace, en plus d'être productrice de parcours de vie brisés. Ce sujet semble n'être qu'un détail, au regard du peu d'intérêt collectif pour la commission d'enquête sur l'aide sociale à l'enfance (ASE), qui a été dissoute en juin dernier en même temps que l'Assemblée nationale. Qui s'en est ému, au-delà des premiers concernés, qui l'attendaient depuis des années, et des réseaux de travailleurs sociaux ?
On parle pourtant de 400 000 enfants confiés aux services départementaux de l'ASE, à bout de souffle, victimes du désengagement de l'État, et dont il se montre indigne chaque jour. Des enfants accueillis dans des foyers ou des familles parce qu'ils ont été abandonnés à la naissance ou ont subi des violences intrafamiliales nécessitant leur mise à l'abri. Parmi eux, je pense aux dizaines de milliers de nourrissons recueillis au sein des pouponnières, qui sont mis en danger faute de personnel. À tel point qu'on commence à voir ressurgir le syndrome de l'hospitalisme - disparu depuis l'après guerre! -, qui se traduit chez les bébés, entre autres, par des pertes de poids soudaines, un ralentissement de la croissance, ou encore un état dépressif durable.
Faute de moyens suffisants et du bon usage des moyens existants, ces enfants ne sont pas protégés comme ils devraient l'être. Le résultat ? Des jeunes mis à la porte de leur foyer le jour de leurs 18 ans, qui peinent ensuite à s'insérer, au point d'être surreprésentés parmi les personnes sans-abri.
Par Isabelle Santiago, Députée socialiste du Val-de-Marne