Banque Nationale Suisse, grande spéculatrice devant l'Éternel

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Michel Santi.
Michel Santi. (Crédits : DR)
La banque centrale suisse (BNS) a gagné en 2017 à elle seule autant qu'Apple, JP Morgan Chase et Berkshire Hathaway (le fonds de Warren Buffet) réunis. Elle ne sera pourtant pas en mesure de réaliser ces bénéfices... Par Michel Santi, économiste(*).

La Banque Nationale Suisse (BNS) n'est pas que la banque centrale helvétique. Elle est également de facto un des gérants de fonds les plus importants au monde car elle gère un portefeuille de 800 milliards de dollars lui ayant fait gagné l'an dernier l'équivalent à 8% du PIB Suisse, soit 55 milliards de dollars ! Proportion pharamineuse qui, rapportée à l'économie des États-Unis, impliquerait une somme de 1.500 milliards de dollars théoriquement gérée par la Réserve fédérale qui - en dépit d'un PIB américain 27 fois plus élevé que la Suisse - n'a gagné en 2017 que le double de la BNS...

Prise à son propre piège

La banque centrale suisse s'avère donc une entreprise extrêmement profitable puisqu'elle a gagné en 2017 - à elle seule - autant qu'Apple, JP Morgan Chase et Berkshire Hathaway (Warren Buffet) réunis. Elle ne sera pourtant pas en mesure de réaliser ces bénéfices - condamnés à rester de simples chiffres sur un bilan - car la BNS est en réalité prise à son propre piège. En effet, contrairement à toutes les autres banques centrales de nations aux économies modernes et intégrées, le bilan de la BNS est quasi-entièrement composé d'actifs non helvétiques, et donc libellés en monnaies étrangères. En effet, tandis que la Fed, que la BCE et que la Banque du Japon sont détentrices d'un portefeuille certes également gigantesque mais constitué d'obligations exprimées en leur propre devise nationale, la politique volontariste d'affaiblissement du franc suisse a forcé la BNS à investir de plus en plus de réserves partout sauf dans son propre pays.

Eviter l'appréciation du franc suisse à tout prix

Ce faisant, la banque centrale s'est doublement mise à la merci des marchés financiers. Un décrochage boursier affectera fondamentalement son bilan à l'instar de n'importe quel autre spéculateur, sachant qu'elle est condamnée d'autre part à ne jamais prendre ses profits car ceci nuira foncièrement aux exportations et donc à l'économie suisse par appréciation du franc interposée. La BNS est donc coincée et ne pourra pas de sitôt vendre son stock massif d'actions Apple qui se monte à 3 milliards de dollars, ou celui de Facebook de 1,5 milliard. Pourtant, après ses pertes gigantesques de 30 milliards de dollars subies en 2015, les citoyens suisses seraient en droit de profiter d'une partie au moins des bénéfices enregistrés en 2017.

Des décisions hasardeuses qui pèsent sur toute une nation

Cet établissement étonne en effet par l'inconsistance de ses décisions qui engagent le sort et l'économie de toute une nation, comme par l'excessive volatilité de ses résultats comparables aux moins fiables des « hedge funds ».

La décision, prise unilatéralement il y a tout juste deux ans, d'abandonner le cours plancher de l'euro par rapport au franc s'avère après coup une entreprise fort hasardeuse, quasiment un coup de poker en réalité. Elle l'a effectivement conduit à se lancer dans des ventes frénétiques de francs suisses et d'acquisitions de toutes sortes d'actifs étrangers ayant gonflé son bilan pour atteindre la surface contre-nature d'aujourd'hui. Une défense déterminée du cours plancher - qui aurait certes tout autant gonflé son bilan- aurait néanmoins présenté l'avantage de la rendre moins vulnérable aux aléas des marchés financiers mondiaux. En outre, le système bancaire, comme les épargnants du pays, n'auraient pas eu à subir le très lourd fardeau des taux d'intérêt négatifs toujours en vigueur aujourd'hui. Ne nous fions donc pas à ces résultats de la Banque nationale suisse qui ne sont qu'un miroir aux alouettes.

___
(
*) Michel Santi est macro économistespécialiste des marchés financiers et des banques centrales. Il est fondateur et Directeur Général d'Art Trading & Finance.

Il est également l'auteur de : "Splendeurs et misères du libéralisme""Capitalism without conscience""L'Europe, chroniques d'un fiasco économique et politique""Misère et opulence". Son dernier ouvrage : «Pour un capitalisme entre adultes consentants», préface de Philippe Bilger.

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Commentaires
a écrit le 23/01/2018 à 7:23 :
Cet article n’est pas serieux...

Quel est le mandat de la BNS ? Comme la plupart des banques centrales la stabilité des prix i.e. l’inflation inférieur à 2% ! Pourriez-vous vous comparer l’inflation de la Suisse avec les autres pays sur le long terme ? Son résultat dépend des fluctuations des autres devises mais finalement ce n’est pas son mandat. Le CHF comparé à l’USD ou l’EUR ne cesse de s’apprecier sur le très long terme. Contrairement aux autres pays la Suisse ne rembourse pas sa dette par l’inflation. La BNS rempli son mandat ! Nous espérons bien qu’elle ne fasse pas preuve de populisme mais d’indépendance notamment vis à vis des politiques.
a écrit le 22/01/2018 à 19:58 :
Je ne comprends pas, si la banque vend une action en dollars, rien ne l'oblige à les convertir en francs suisses, rien ne lui interdit de verser un dividende exceptionnelle aux suisses, qui de facto augmente la consommation, et donc les importations qui de facto affaiblissent la devise...
a écrit le 22/01/2018 à 19:44 :
ça c'est amusant : la BNS émet des francs suisses et achètent des actions étrangères. Et elle pourrait faire cela sans limite : peu importe que les cours boursiers s'effondrent. Une banque centrale n'est pas une société comme une autre, elle ne peut être en faillite : être en faillite implique que l'entreprise ne peut répondre à ses créanciers. Qui sont les créanciers de la BNS ? Personne (sauf en théorie les citoyens pour ceux qui adorent créer des liens sans consistances, ceux qui ne comprennent pas ce qu'est une banque centrale). Et que produit la BNS ? des francs suisses donc de quoi répondre à ses créanciers si ceux ci existaient. Je serais d'eux je continuerai à émettre et acheter des actions à tire larigo : ils pourront bientôt vire qu'avec des dividendes ! xD
a écrit le 22/01/2018 à 17:58 :
Merci pour cette information fort intéressante.

Mais bon on ne s'en fait pas pour les suisses, ils ont parfaitement su collaborer avec le nazisme lors de la deuxième guerre mondiale sans jamais avoir été inquiété après par qui que ce soit, on peut affirmer donc qu'ils ont d'énormes ressources.

De quel ordre là par contre il ne vaut mieux pas savoir...
Réponse de le 22/01/2018 à 21:21 :
La Suisse était un enfant de chœur à côté du régime de Vichy..
Réponse de le 22/01/2018 à 21:51 :
@Ardisson: D'un point de vue humain ça peut se discuter...Vichy a massivement déporté, en effet. Mes les anciens Suisses se souviennent très bien d'avoir "laissé passer les trains", et n'en sont pas bien fiers non plus.

Par contre sur le plan moral et financier c'est le contraire: la Suisse était essentiellement un pays paysan duquel on émigrait pour trouver meilleure fortune ailleurs. Après la guerre, cela s'est inversé. Et lorsque le flux financier s'est tari à la fin de la guerre, le secret bancaire a pris le relai. Une sorte de pince à nez géante (et légale !) qui a fait de la Suisse le pays plus que prospère qu'on connait ajd.
Je ne dis pas qu'à côté ils n'ont pas développé leur compétitivité, leur industrie etc. Mais le surplus de prospérité par rapport aux autres économies avancées est bien évidemment à chercher dans son secteur bancaire hypertrophié. Rappelons que encore ajd, la Suisse occupe la première place mondiale en termes d'actifs offshore sous gestion (équivalent à 4 fois son PIB !). Et ce n'est pas le bon air du Léman ou le savoir-faire des banquiers suisses que venaient chercher les fraudeurs et traffiquants du monde entier, mais bien la garantie du secret.
Réponse de le 23/01/2018 à 11:19 :
"La Suisse était un enfant de chœur à côté du régime de Vichy.. "

D'accord, maintenant ce n'est pas parce que Himler a tué moins de gens que goering que cela excuse les crimes de ce premier si ?

C'est bizarre non de mettre une échelle de valeur sur l'horreur ?
Réponse de le 23/01/2018 à 14:03 :
@Clairvoyant

Sauf votre respect, vous racontez n'importe quoi. Aucun train plombé partant pour les camps n'a jamais traversé la Suisse. C'est une fausse information. La situation de la Suisse durant la seconde guerre mondiale a été étudiée, de manière circonstanciée par des historiens au sein de la "commission Bergier", qui s'est penchée comme jamais auparavant sur le comportement de la Suisse et de ses banques durant la seconde guerre mondiale.

S'agissant de la richesse de la Suisse, elle provient surtout de son industrie qui représente plus de 20% de son PIB, alors que l'industrie française ne représente plus que 11% de son PIB. La finance suisse au sens global du terme représente à peu près 9% de son PIB, ce qui est certes conséquent.

Pour que vous puissiez vous rendre compte de l'importance de l'industrie suisse, sachez que ce pays de 8.5 millions d'habitants exporte globalement et annuellement plus de médicaments et de machine-outils que la France.
Réponse de le 23/01/2018 à 15:52 :
@ Ardisson

Votre aveuglement est surprenant.

"« LA SUISSE, L’OR ET LES MORTS »: Complicités avec le nazisme" https://www.monde-diplomatique.fr/1997/06/PATZOLD/4772 (article gratuit)

Hé oui désolé nous sommes à l'ère d'internet, on ne peut plus débiter des inepties sans qu'on vous mette un lien, au minimum, sous le nez.
Réponse de le 24/01/2018 à 8:26 :
@ citoyen blasé

Ai-je dit que la Suisse avait été irréprochable durant la seconde guerre mondiale?

J'ai simplement précisé qu'aucun train plombé rempli de déportés n'avait traversé la Suisse.
Réponse de le 26/01/2018 à 9:43 :
"J'ai simplement précisé qu'aucun train plombé rempli de déportés n'avait traversé la Suisse. "

Tiens c'est étrange je vous ai répondu mais ma réponse n'a pas été validée. Les voies de la modérations sont impénétrables.

Cclairvoyant n'a jamais dis que la suisse avait organisé des déportations il a juste dit que la Suisse regardait les déportés passaient sous son nez sans tiquer.

Pourquoi vous êtes vous senti immédiatement agressé par des propos plus que logiques ?
Réponse de le 26/01/2018 à 9:43 :
"J'ai simplement précisé qu'aucun train plombé rempli de déportés n'avait traversé la Suisse. "

Tiens c'est étrange je vous ai répondu mais ma réponse n'a pas été validée. Les voies de la modérations sont impénétrables.

Cclairvoyant n'a jamais dis que la suisse avait organisé des déportations il a juste dit que la Suisse regardait les déportés passaient sous son nez sans tiquer.

Pourquoi vous êtes vous senti immédiatement agressé par des propos plus que logiques ?

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