Blablacar et Airbnb : le partage est le nouveau stade du capitalisme

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Conçue initialement comme "alternative" l'économie du partage a été absorbée par l'économie de marché, et s'inscrit désormais dans la continuité historique du capitalisme. Par Charles-Antoine Schwerer, économiste chez Asterès

L'économie du partage est marchandisée. Loin des idéaux post-capitalistes de la collaboration entre pairs, Blablacar, Airbnb et consorts ont créé un nouveau modèle ultra-compétitif. Ces plateformes d'économie du partage s'inscrivent ainsi dans la droite ligne de l'histoire du capitalisme.
Pour parler en marxiste, cette économie (marchande) du partage accentue encore la profitabilité du capital : un particulier utilise sa propriété personnelle (voiture et logement principalement) pour fournir un service payant à un autre particulier (conduite et hébergement en l'occurrence). Quand le prix du trajet Blablacar baissait auparavant avec le remplissage de la voiture, il est maintenant fixé par passager. Le revenu augmente avec le nombre de voyageurs : adieu la logique initiale de partage des frais, bienvenue dans le profit.

Une continuité historique du capitalisme

Airbnb, Blablacar et feu-UberPop s'inscrivent dans la continuité historique du capitalisme : une innovation technologique fait émerger de nouveaux services qui étendent la sphère marchande à des îlots de gratuité ou d'informalité. Blablacar, Airbnb et UberPop ont étendu, simplifié et monétisé l'autostop, l'échange de logement et le partage de conduites. D'informelles et marginales ces pratiques ont accédé à l'ampleur d'un marché et impliquent désormais une transaction financière.

Les plateformes d'économie marchande du partage poussent à un nouveau degré le low cost. La logique Ryanair ou Lidl est simple : réduire le travail de l'entreprise et augmenter l'action du particulier. L'idée se répand dans tous les secteurs, le client scanne ses articles et remplace la caissière, rempli son réservoir d'essence et se substitue au pompiste, sélectionne sa place dans l'avion et court-circuite le tour opérateur. Le numérique pousse la logique au maximum : des particuliers créent un service (pour Airbnb ou Blablacar), un contenu (pour Youtube ou Facebook), un produit (pour les applications Apple) que la plateforme va monétiser.

Absence de normes et d'obligations sociales: le vrai choc de simplification

L'immense avantage de la production par le particulier est l'absence de normes et d'obligations sociales : le geek qui crée une application Apple peut travailler la nuit, le conducteur Blablacar ne doit pas faire de pause, le logement Airbnb n'est pas aux normes handicapées. Les particuliers se rémunèrent eux-mêmes et ne sont donc pas soumis à charges sociales. Les plateformes numériques réalisent donc le rêve de beaucoup d'entreprises, s'octroyer un choc de simplification et une baisse de charges qui dépassent (largement) toutes les (maigres) tentatives gouvernementales.
Rentabilité du capital, création de nouveaux marchés, externalisation vers les particuliers, choc de simplification et suppression des charges, l'économie marchande du partage constitue un nouveau degré du capitalisme. Pour compléter ce business model ultra-compétitif, les plateformes véhiculent (à juste titre) une image de lien social retrouvé.

Comme pour chaque nouveau modèle capitaliste, la productivité augmente et l'offre se démocratise. Tant mieux. Les concurrents traditionnels se plaignent et les institutions publiques tentent d'imposer le modèle social. Normal. A Paris, Airbnb collecte dorénavant la taxe de séjour pour le compte de la ville. Un moment politique apparaît : en appliquant progressivement notre cortège de normes à ces nouveaux modèles, l'occasion est belle de les alléger pour l'ensemble des acteurs. Le capitalisme à encore changé, aux institutions d'évoluer.

Charles-Antoine Schwerer, économiste chez Asterès

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Commentaires
a écrit le 31/10/2015 à 2:41 :
Au moment de la crise bancaire de 2008, certains se sont autorisés à prédire la fin du Capitalisme. On voit aujourd'hui qu'heureusement il n'en est rien, et que ce soit sous une forme (salariat) ou une autre (multitude d'indépendants), il constitue la forme la plus naturelle de nos sociétés. Celles qui sous une forme Darwiniesque, nous permet de survivre en nous obligeant à nous adapter, plutôt que de nous laisser nous laisser nous endormir dans un univers aseptisé et socialement trop protecteur. Chassez le naturelle, il revient au galop.
Réponse de le 09/11/2015 à 16:02 :
heureusement ? je ne vois pas ce qu'il y a d'heureux dans cette nouvelle ... la forme la plus naturelle de nos sociétés ? écraser les autres pour atteindre le haut? si tel était le cas, la civilisation aurait déjà disparu. c'est donc pourquoi il faut revenir à un autre mode de pensée, avant de foncer droit dans le mur
a écrit le 30/10/2015 à 7:43 :
les lignes bougent, c'est tout le modèle social qui est à revoir, Soddler.com en tant qu'acteur économique du secteur travaille avec des élus à définir un nouveau modèle ... bienvenue dans la réflexion
a écrit le 29/10/2015 à 17:03 :
Économie du partage ? Quézako ? Il s'agit plus simplement de plateformes regroupant les activités de vente et marketing. Les gens qui louent leur bien touchent une commission, mais ils n'ont pas besoin de faire leur pub puisque Airbnb, par exemple, s'en charge. Uber fait la même chose et si vous vous adressez à une "agence de traduction" idem. Ils ne traduisent rien du tout, mais ont des pigistes qu'ils paient à coups de lance-pierres d'un côté et les clients qu'ils facturent un maximum de l'autre. Vous avez compris où se trouvent la marge de profit :-) Le gros avantage de ce système, qui n'a rien à voir avec un quelconque partage, c'est que ceux qui fournissent le service ne sont pas employés et qu'ils ne bénéficient donc d'aucuns avantages sociaux et que tous les frais annexes sont aux dépens des prestataires de services, pas des plateformes en question :-)

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