Ce que représente vraiment la France dans l’économie mondiale

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Le Coq de la sculptrice Katharina Fritsch
Le "Coq" de la sculptrice Katharina Fritsch (Crédits : Reuters)
Entre déclin fantasmé et maintien d’une puissance réelle, quelle est la véritable place de la France dans l’économie mondiale ? Par Hugues Poissonnier, Grenoble École de Management (GEM)

Après l'euphorie temporaire qui a suivi la dernière élection présidentielle, en cette période de rentrée les vieux travers empreints de pessimisme reviennent. La presse économique regorge d'articles alarmistes sur le déclin de l'économie française, la France étant parfois présentée comme une « puissance immergente » (la notion d'« immergence » ou de « pays immergeant » apparaît dans une tribune de A. Dupui-Castérès dans Le Monde en 2010 avant d'être reprise en 2012 par B. Dugué et en 2013 par C. Benoît (Huffington Post).

Bien sûr, les sujets de préoccupation sont souvent réels et légitimes. Dans bien des cas cependant, la surréaction est devenue la norme. Quelques chiffres (quoique toujours discutables) aident à y voir plus clair.

La France, bientôt 5e puissance économique mondiale

Avec moins de 1 % de la population mondiale (67 millions de personnes, 22ᵉ rang sur ce critère) et 0,45 % de la surface (41ᵉ rang mondial), le fait que la France demeure la 5ᵉ puissance économique mondiale, devant l'Inde, constitue déjà une réelle performance - bien qu'elle ait gagné une place à la faveur du décrochage du Royaume-Uni, plombé par le Brexit et la chute de la livre sterling.

Il est vrai que de tels classements méritent bien les critiques qui sont formulées à leur égard, notamment celle, la plus évidente, de reposer sur le PIB, indicateur dont j'ai pointé les limites dans une récente tribune (et effets pervers).

Si nos entreprises, qui réalisaient encore 6,5 % des exportations mondiales de biens et services au début des années 1990 n'en réalisent plus que 3,5 % aujourd'hui, la France reste la 7ᵉ puissance exportatrice mondiale. Un classement lui aussi étonnant pour un observateur qui se bornerait à lire les principaux titres de la presse économique...

Les grandes entreprises françaises : sources de difficultés et planche de salut

Le manque d'entreprises de tailles intermédiaires (ETI) dans l'économie française est souvent présenté comme une cause du déficit du commerce extérieur autant que comme une conséquence des relations difficiles qu'entretiennent ces ETI avec nos grandes entreprises.

Le caractère multinational de ces dernières témoigne de leur volonté de trouver à l'international, plutôt que sur le territoire national, les principaux moteurs de leur croissance. La production délocalisée représente 2,5 fois les exportations françaises. Ce chiffre s'avère très élevé si on le compare à ceux que l'on observe en Allemagne (1,45 fois) ou en Espagne (0,70 fois).

Certes ces productions réalisées à l'étranger ne contribuent pas à améliorer la balance commerciale, mais elles génèrent des revenus pour l'ensemble de notre économie et de nos entreprises.

L'économie mondiale en 2050

Au-delà du gain annoncé d'une place dans le classement (due aux difficultés passagères du Royaume-Uni), il est toujours intéressant d'adopter une vision à plus long terme. Cette dernière confirme le déplacement du centre de gravité de l'économie mondiale des pays dits développés aux pays émergents.

Les pays de l'E7 (Chine, Inde, Brésil, Indonésie, Mexique, Russie, Turquie) devraient représenter 50 % de l'économie mondiale en 2050, quand les pays du G7 (États-Unis, Canada, Royaume-Uni, France, Allemagne, Italie, Japon) n'en représenteront plus que 20 %. Bien sûr, une partie de l'évolution du poids dans l'économie mondiale de ces deux groupes s'explique par la dynamique démographique (les pays de l'E7 représentent plus de trois milliards d'habitants contre moins d'un milliard pour les pays du G7). Il n'empêche que l'analyse de l'évolution des PIB par habitant tend à confirmer la place croissante des pays de l'E7, indépendamment de leur poids démographique.

Peu de travaux prospectifs se focalisent sur des critères alternatifs au PIB, comme le bonheur intérieur brut : c'est sans doute pourtant le premier levier de prise de distance avec la vision du déclin annoncé.

Pour une remise en cause salutaire des critères de classement

Le jeu de la course à la puissance économique passe, nous l'avons vu, par l'augmentation du PIB et la recherche pure et simple de la croissance économique. Il est possible et salutaire de jouer un autre jeu : celui de la recherche d'autres finalités que la croissance.

Le contenu en emploi de la croissance et le contenu en mieux-être des emplois sont bien trop ignorés et absents des débats. Nombreux sont pourtant les exemples de pays affichant des taux de croissance élevés sans réduction du chômage (l'inverse est vrai également).

Le plein-emploi n'est pas non plus le garant d'un supplément de bonheur. Cumuler deux ou trois jobs devient de plus en plus courant, dans de nombreux pays, avec des effets évidemment délétères sur la qualité de vie. La vraie puissance consiste sans doute, plus qu'on ne le dit, à maintenir ou à améliorer cette qualité de vie.

The Conversation __________

Par Hugues PoissonnierProfesseur d'économie et de management, Directeur de la Recherche de l'IRIMA, Membre de la Chaire Mindfulness, Bien-Etre au travail et Paix Economique, Grenoble École de Management (GEM).
La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation

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Commentaires
a écrit le 27/08/2017 à 13:43 :
Cela ne semble pas correspondre à la perception ou au vécu de la population, ni à celle des dirigeants d’entreprises d’ailleurs. Je crois que tout le monde est conscient de l’urgence de réformes structurelles et de rompre avec les habitudes confortables de l’endettement perpétuel.

Pour comparaison, un autre classement tout aussi intéressant à analyser est celui du Forum Economique Mondial : « WEF - Global Competitiveness Index2016-2017 » où la France est classée 21e sur 138 pays.
Source des infos sur le site : http://reports.weforum.org/global-competitiveness-index/country-profiles/#economy=FRA.

Par comparaison : l’Allemagne est 5e, l’Italie 44e, l’Espagne32e , le Japon 8e, les USA 3e et le premier au classement est la Suisse.
Ce classement de premier de la classe est justifié par « the most fertile innovation ecosystems, a very conducive policy environment and infrastructure, academic excellence… »
Ce qui est reproché à la Suisse c’est : 1)Tax regulations, 2) Inefficient government bureaucracy, 3) Restrictive labor regulations.
Ce qui est reproché à la France c’est dans l’ordre : 1) Restrictive labor regulations, 2) Tax rate, 3) Tax regulations, 4) Inefficient government bureaucracy, 5) Insufficient capacity to innovate (ce qui est discutable, puisque ce n’est pas l’innovation qui manque mais un contexte favorisant la mise en pratique).
Autres défauts qui nous font chuter dans le classement : l’environnement Macroeconomique (67e) et l’incapacité à retenir les talents (86e) et bien sur la dette publique (124e).

Mais nous sommes premiers dans la téléphonie fixe et bien classés dans les infrastructures, routières et autres... Rien de très bénéfique pour l’avenir et pour la balance commerciale.

Ceci dit : si l’on analyse les « défauts » des USA : 1) Tax rates, 2) Tax regulations, 3) Inefficient government bureaucracy, 4) Restrictive labor regulations, etc …

On l’aura compris, ce qui ne plait jamais c’est la « bureaucratie gouvernementale » et les taxes, malgré cela le classement montre clairement les chamboulements en cours au niveau mondial.

La solution serait de veiller à-ce-que ce qui est considéré comme de la bureaucratie soit systématiques utilisé comme moyen de régulation et de répartition de la richesse produite.
Après quoi tout est aussi une question d’interprétation et surtout de savoir quels sont les objectifs visés. Veiller au bien être de la plus grande partie de la population fût pendant longtemps la réussite du modèle Français. Ce qui n’est plus possible dans le contexte actuel, en partie par manque d’adaptation et d’évolution.
a écrit le 26/08/2017 à 15:08 :
Très souvent, quand le chiffres prospèrent, les gens sont plongés dans la paupérisation (pas tous évidemment, il y a toujeurs ceux qui en profitent)
a écrit le 26/08/2017 à 12:49 :
Données Banque Mondiale, Revenus Nets depuis l’étranger :
http://www.google.fr/publicdata/explore?ds=d5bncppjof8f9_&met_y=ny_gdp_mktp_kd_zg&idim=country:RUS:CHN:USA&hl=fr&dl=fr#!ctype=l&strail=false&bcs=d&nselm=h&met_y=ny_gsr_nfcy_cd&scale_y=lin&ind_y=false&rdim=region&idim=country:FRA:USA:DEU:GBR:ITA:BEL:ESP:NLD:SWE:NOR:CHN:JPN:CAN:IND:RUS&ifdim=region&tstart=904082400000&tend=1472162400000&hl=fr&dl=fr&ind=false
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Merci à Hugues Poissonnier et à La Tribune d’avoir relayé cette vidéo de Xerfi !
Fatiguant d’entendre ou de lire, ici et ailleurs, la citation du seul déficit de notre balance commerciale.
Au regard de ces courbes, nous n’avions donc pas de leçons à recevoir de nos voisins !
La balance commerciale ne fait pas une économie. C’est d’ailleurs un chiffre brut qui cache les bénéfices et la valeur ajoutée.
Je rajouterais que notre déficit des exportations est faible par rapport à la totalité des échanges import-export français qui ne cesse de progresser.
Faible aussi par rapport aux bénéfices que tire la croissance intérieure, incrémentée par la consommation résultante des salaires issus des exportations.
Il serait évidement préférable que notre balance soit positive.
Le problème c’est bien les gouvernements successifs français qui n’ont pas été capable de faciliter l’internalisation de nos PME.
Le 1er qui a commencé à faire le job c’est celui de Hollande, n’en déplaise à la droite (et à moi-même), en mobilisant les douanes, les ambassadeurs, en relançant les investissements, en baissant les taxes (CICE), avec le suramortissement, un nouvelle politique maritime, une aide à la robotisation, l’usine du futur, Bpifrance et Business France, etc.
Evidement, les syndicats, bobos et journalistes qui grognent contre l’internationalisation de la France méconnaissent les recettes récupérées depuis l’étranger ou les ignorent sciemment pour la bonne propagande de leur crémerie !
Ne pas oublier aussi que l’internationalisation de la France compte pour beaucoup dans sa puissance diplomatique du fait que nos entreprises gèrent de nombreux emplois à l’étranger et participe à la progression d’économies étrangères. Des états obtiennent une grande partie de leurs recettes grâce aux taxes et impôts que leurs règlent les filiales françaises.
Donc bravo pour cet article et merci à Xerfi de remettre les pendules à l’heure.
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Banque de France, bilan 2016 (en ligne) :
« Le solde des revenus d’investissements directs s’établit à 42,7 milliards en 2016, en hausse de plus de 2 milliards par rapport à l’année précédente.
Balance des revenus nets France / Monde :
« Le solde de 42,7 milliards résulte de 24,1 milliards de revenus versés à l’étranger et de 66,8 milliards de revenus perçus de l’étranger. Le rapport est de l’ordre de 1 à 3 alors que les stocks d’investissements s’inscrivent dans un rapport du simple au double ; cela semble indiquer une différence significative, en moyenne, entre le rendement apparent des investissements directs en France et des investissements français à l’étranger. »
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Les revenus perçus depuis l’étranger (66,8 Mrd) proviennent de :
ZE 41%
Europe hors ZE : 14%
Reste du Monde : 45% (plus que les revenus extraits de la ZE)
Réponse de le 27/08/2017 à 12:22 :
@Alain
Moi pas mieux !
Mon avis est que la France est 6ème exportatrice de biens et non pas 7ème, puisque qu’Hong Kong, classé 6ème ne produit que très peu de biens. Dans ses 517 milliards, 491 sont des réexportations et seuls 23 sont issus de sa production nationale, chiffres OMC. La 6ème place de ce paradis commercial n’est pas très sérieuse !
En 2015, la totalité des 15 premières nations du classement étaient dans le rouge, c’était bien une récession du commerce mondial.
En 2016, le Japon, et l’Allemagne et l’Italie ont légèrement progressé, mais la tendance était encore à la baisse, avec près de 80 milliards de moins pour la seule Chine.
A noté aussi que la France, avec ses -1% en 2016 (5 milliards), régresse moins que la moyenne et a probablement grignoté quelques infimes parts de marché.
La part mondiale des exportations de marchandises françaises est stabilisée depuis 2013 à 3,1%.
La France a repassé la Corée en 2016. Donc, bien qu’on perde encore chaque année trop d’emplois industriels (2014, 2015 et 2016), on ne perd plus de parts de marché. Espérons qu’en 2017 ces emplois vont au minimum se stabiliser, si les annonces des créations de postes sont respectées.
Les chiffres OMC :
1) Chine : 2098 milliards de $ -8%
2) Etats-Unis : 1455 -3%
3) Allemagne : 1340 +1%
4) Japon : 645 +3%
5) Pays-Bas : 570 0%
6) France : 501 -1%
7) Corée du Sud : 495 -6%
8) Italie : 462 +1%
9) Royaume-Uni : 409 -11%
10) Belgique : 396 0%
............
A ses chiffres il faut ajouter ceux du commerce des services pour que le tableau soit complet :
1) Etats-Unis 733 milliards de $ stable/2015
2) Royaume-Uni 324 -5%
3 Allemagne 268 +3%
4) France 236 -2%
Comme l’avenir va voir les services prendre de plus en plus d’importance par rapport aux marchandises, la France a du potentiel, mais il va falloir bagarrer dur.
Il serait bon qu’on vise de récupérer la 3ème place que l’Allemagne nous a piqué en 2015. Et puis le R-U n’est pas si éloigné que cela, et avec le brexit………
5) Chine 207 -4%
6) Pays-Bas 177 +1%
7) Japon 169 +7%
8) Inde 161 +4%
En 2015 les 15 premières nations étaient dans le rouge, hormis la Chine en progression de 2%, et le Japon et le R-U stables.
C’est plus mitigé en 2016.
.........
En additionnant Biens + Services :
1) Chine : 2305
2) Etats-Unis : 2188
3) Allemagne : 1608
4) Japon : 814
5) Pays-Bas : 747
6) France : 737
7) Royaume-Uni : 733
La 4ème place du Japon est de plus en plus menacée.
a écrit le 26/08/2017 à 1:19 :
2 questions cher Professeur :

- quels (nouveaux) critères ?
- quel nouveau classement pour la France ?
a écrit le 25/08/2017 à 16:37 :
Ce que représente vraiment la France dans l’économie mondiale: Moins bien qu'hier mais plus que demain!
a écrit le 25/08/2017 à 13:27 :
Le dollar et la Livre sont plus bas que l'euro, c'est voulu depuis 2001 ce système monétaire d'où l'intérêt d'un frexit pour la France boosterai l'économie Française pour concurrencer l'économie anglophone mondiale, les balances seraient équilibrées.
La France exporte beaucoup dans le luxe et le vin.
Réponse de le 25/08/2017 à 16:18 :
Fake news
Voici le graphe Euro vs USD depuis 1999
https://www.statista.com/statistics/412794/euro-to-u-s-dollar-annual-average-exchange-rate/
Voici le graphe GDP vs vs Euro depuis 2001
https://www.poundsterlinglive.com/bank-of-england-spot/historical-spot-exchange-rates/gbp/GBP-to-EUR-2001
Moralité: cela va dans tous les sens et la faiblesse de notre économie (par rapport à l'Allemagne, par exemple) n'est pas une question de monnaie, ni de EU.
Cordialement
Réponse de le 25/08/2017 à 18:33 :
La france exporte aussi (et surtout) du matériel de transport (aérien, maritime et automobile). Le Frexit bouleverserai profondément les chaînes de production qui sont totalement européennes.
a écrit le 25/08/2017 à 12:58 :
Si on remplaçait les chiffres officiels du chômage par celui de "la population qui n'a pas un unique travail honnête lui permettant de gagner sa vie", on aurait de drôle surprises en comparant à nouveau les pays ...
a écrit le 25/08/2017 à 11:09 :
Il vaut mieux être Espagnol ou Portugais et bien moins taxés que les Français pour y vivre heureux avec un pouvoir d'achat bien supérieur dû à des charges et donc prélèvements obligatoires moins élevés, à des logements moins chers, habillement, chaussures, nourriture; donc en résumé ce qui plombent les classes moyennes françaises et font de ces deux pays en nette progression dans tous les domaines économiques, de futurs concurrents de la France engluée dans ses dépenses publiques hors contrôle, son administration pléthorique, et ses impositions en tout genre championne d'Europe.
a écrit le 25/08/2017 à 11:08 :
7e exportateur mondial... Nous étions le 4e à la veille de la chute du mur. L'industrie française pèse moins dans le PIB national que l'industrie au Royaume-Uni. Les causes sont connues : euro trop fort (plus adapté à l'économie allemande), fiscalité confiscatoire, mépris des élites pour les activités dites industrielles... Les remèdes, eux, demeurent des vœux pieux. Existe-t-il d'ailleurs un(e) seul(e) homme/femme politique en France à défendre des solutions ambitieuses ?
Réponse de le 25/08/2017 à 17:41 :
Euro trop fort ? Ou produits non adaptés et delocalisations à outrance.

Regardez nos voisins, même l Italie fait mieux alors votre rengaine anti euro....
a écrit le 25/08/2017 à 10:04 :
"... relations difficiles qu'entretiennent ces ETI avec nos grandes entreprises."

Je me sens moins seul.
a écrit le 25/08/2017 à 8:46 :
Merci pour cet article qui permet d'avoir un angle de vue complémentaire

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