Cédric Villani  :  « A l'étranger, bien davantage qu'en France, on met en avant son titre de docteur »

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[Entretien Vidéo] Cédric Villani, député LREM médaillé Fields dit « le matheux » a été l'invité le 6 mars dernier des Mardis de l'Essec, dont La Tribune est partenaire. Retrouvez ici la vidéo de son intervention et le texte rédigé à l'issue par un des étudiants.

Les Mardis de l'ESSEC ont eu le plaisir de recevoir Cédric Villani, député LREM de la cinquième circonscription de l'Essonne et accessoirement lauréat de la Médaille Fields, la plus haute distinction en mathématiques. Faisant partie de cette nouvelle génération d'élus issus de la société civile, il est la caution scientifique du gouvernement, et auteur d'un important rapport sur l'état de l'enseignement des mathématiques en France. C'est avec l'agilité d'une araignée, animal qu'il affectionne tout particulièrement, que M. Villani a réussi le grand écart périlleux entre recherche scientifique et engagement politique.

« En passant dans le privé, vous avez à la fois plus de liberté,
et des salaires plus élevés »

Interrogé sur la situation actuelle de la recherche en France, le député admet volontiers que les chercheurs sont très mal payés, et qu'ils sont obligés de donner des conférences en entreprise « pour arrondir les fins de mois ». La différence de rémunération entre le public et le privé est effectivement extrêmement importante, et encore plus si le jeune chercheur décide de partir à l'étranger. Pour Cédric Villani, il s'agit d'un grave déséquilibre qu'il convient de corriger : il souligne que le salaire n'est normalement pas la première motivation du chercheur et que la recherche doit aussi être du ressort de l'État, au même titre que l'éducation ou la santé. Faut-il changer de modèle, pour basculer vers plus de financements privés ?

« Il ne fait pas de doute que l'Agence Nationale pour la Recherche n'est pas assez dotée » affirme-t-il en premier lieu. Mais en même temps, le système a besoin de sources de financement privées. Attirer ces fonds, ce fut même l'objectif des différents ministres de la Recherche qui se sont succédés ces dernières années. Sans véritable succès. La solution vient peut-être, selon lui, d'une coopération entre sphères publiques et privées, à l'instar des laboratoires mixtes faisant intervenir le CNRS, les universitaires et les entreprises. Pas étonnant que Cédric Villani ait justement été le président d'une telle organisation « mixte », l'Institut Henri Poincaré. Le député lui-même jongle constamment entre ces différents acteurs, puisqu'il faisait partie du conseil scientifique d'Atos et d'Orange : « une expérience irremplaçable et extrêmement profitable » selon lui. Il faut dire que pour qu'un doctorant ou un chercheur s'épanouisse en France, ce dernier doit multiplier les expériences et chercher à transgresser les barrières public/privé.

« A l'étranger, bien davantage qu'en France,
on met en avant son titre de docteur »

Cédric Villani met en effet en lumière une exception française : la faible reconnaissance du doctorat (ou PhD dans les pays anglo-saxons), en particulier dans le monde de l'entreprise. A l'inverse, dans les autres pays, le titre de docteur est « quelque chose que l'on arbore fièrement, et qui est pris en compte ». Il met cette différence sur le compte de la tradition française en termes d'éducation, et en particulier du diplôme d'ingénieur, véritable Graal qui éclipse les autres formations. Le député déplore cet état de fait, déclarant qu'un travail de thèse développe lui aussi de nombreuses compétences utiles en entreprise, comme l'autonomie ou l'esprit d'équipe. Il convient alors d'élaborer un ambitieux plan de revalorisation du titre de docteur. Et c'est là que le Villani politique entre en scène.

« Beaucoup de gens de l'équipe d'Anne Hidalgo sont
passés du côté des Marcheurs »

Soutien de la première heure d'Anne Hidalgo, Cédric Villani est aujourd'hui député d'Emmanuel Macron sous l'étiquette de La République En Marche. Pour lui, ce passage est évident puisqu'il existe « beaucoup de points communs » entre les deux formations politiques, à tel point qu'il voit poindre des accords entre LREM et Mme Hidalgo. Ou en tout cas, on comprend qu'il souhaite vivement qu'une telle entente ait lieu. La numérisation et les problématiques écologiques sont des thèmes chers à ce fervent européiste, d'où son engagement aux côtés de l'actuelle maire de Paris.

Cédric Villani refuse toutefois que la politique soit uniquement une affaire de politiciens « de carrière ». Il est souhaitable que les élus aient eu une autre activité professionnelle avant leur mandat. Pourquoi ? Reprenant la rhétorique parfois pompeuse et les grandes phrases du président Macron, il répond avec aplomb « car le mélange est toujours profitable ». Partisan du « en même temps », il essaye d'être sur tous les fronts et de faire converger un maximum d'intérêts : il reconnait toutefois qu'il s'agit parfois d'un travail éreintant et utopique, à tel point qu'il n'a même plus « la main sur son emploi du temps ». Il apparaît clairement que Villani a déjà su tisser sa toile dans le paysage politique français, et que celui qui signe ses autographes d'un petit Marsupilami est bien plus sérieux qu'il n'y paraît.

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Commentaires
a écrit le 26/03/2018 à 13:20 :
L'enseignement en France développe surtout l'analyse et moins la synthèse. Cela explique peut être le fait que l'on ne comprenne pas l'importance de la note n°6 du CAE. La culture anglo-saxone semble mieux adaptée pour la synthèse.
a écrit le 21/03/2018 à 9:07 :
"« Beaucoup de gens de l'équipe d'Anne Hidalgo sont
passés du côté des Marcheurs »"

Ah ben si elle ne sait pas que c'est au sein de la sociale démocratie qu'il y a le plus de lâches et de traitres, et pourtant en france ils ont les LR pour les concurrencer quand même hein, c'est pas rien dans le domaine, c'est qu'elle n'est pas encore assez aguerrie.

"« A l'étranger, bien davantage qu'en France,
on met en avant son titre de docteur »"

"“Ce n'est pas le titre qui honore l'homme, mais l'homme qui honore le titre.”" Nicolas Machiavel

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