Ces économistes bornés pour qui rien n'a changé

Olivier Passet, Xerfi

Olivier Passet, Xerfi
L'économie contemporaine chahute nos certitudes. Elle met au défi en permanence nos instruments de mesure, nos logiciels interprétatifs. Mais nous, les économistes, préférons faire le plus souvent comme si de rien n'était. Après dix années durant lesquelles nous avons vécu les affres d'une crise historique aux lourdes retombées économiques et sociales, le brin de croissance qui anime nos économies nous permet soudain de reprendre le fil de l'Histoire, comme si de rien n'était. Le passé devient un accident, une parenthèse sur laquelle s'installe déjà l'amnésie.
Nos réflexes pavloviens sont les plus forts. Ce qui était perçu il y a peu encore comme une stagnation séculaire, n'est plus qu'une récession plus longue que les autres. Nous en prenons acte en révisant à la baisse nos potentiels : 1 ou 1,5% en Europe ; 2% pour les États-Unis. Le chômage, hérité de la crise, est pour l'essentiel considéré comme structurel. La reprise va rapidement mettre en surchauffe un moteur qui a perdu de la puissance. Les tensions salariales, l'inflation, seront rapidement au rendez-vous. Les taux vont remonter et mettront un terme à cette euphorie momentanée des affaires. Et nous raisonnons encore comme si la liquidité banque centrale avait le pouvoir de faire ou de défaire l'inflation. Friedman survit à tous les démentis factuels.
Cette fiction théorique du potentiel de production, du chômage structurel, de l'inflation d'origine salariale à court terme (la fameuse courbe de Phillips) et monétaire à long terme, a la vie dure. Même si les faits s'accordent de moins en moins avec cette belle vision mécaniste. Et si le potentiel ralentit, il faut se tourner du côté de la démographie et du progrès technique. Au premier rang des accusés, la pseudo-révolution numérique: ce "miroir aux alouettes", du gadget, du jeu et du réseau social, dont certains veulent nous faire croire qu'il bouleverse les organisations et les process. Derrière cette représentation aride de la croissance, celle de la fonction de production, c'est d'abord la technologie qu'il faut incriminer, le système éducatif dégradé, et une concurrence trop molle pour activer un processus de destruction créatrice salvateur.
Voilà la zone de confort pour tout économiste.
Cet inventaire à la Prévert ne résout rien, certes. Mais il nous invite à l'induction et, tant que faire se peut, à une mise à jour de nos logiciels.
>> Plus de vidéos sur le site Xerfi Canal, le médiateur du monde économique
Olivier Passet, Xerfi