Chine : quelque chose doit craquer !

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(Crédits : DR)
C'est la perspective de la hausse des taux d'intérêt américains qui provoque un choc déflationniste global et contraint la Chine à ajuster sa politique monétaire. En plein ralentissement, elle ne peut maintenir sa devise arrimée à une monnaie en hausse. Par Michel Santi, économiste

La Chine apprend à ses dépens qu'il est impossible de se mesurer à la Trinité infernale. Aucun pays ne peut en effet parvenir simultanément, et persévérer dans la durée, dans deux de ces trois objectifs suivants: maintenir des taux de change fixes, appliquer une politique monétaire autonome, autoriser la libre circulation des capitaux. Ayant mis en application chacune des trois branches de ce triptyque à des degrés différents mais en même temps, la Chine se rend compte aujourd'hui que leur combinaison est génératrice d'excès et de déséquilibres massifs se devant d'être résorbés au prix fort. N'a-t-elle pas indexé sa devise au dollar, tout en manipulant sa masse monétaire à travers des ajustements unilatéraux de ses taux d'intérêt et de ses ratios bancaires, en tolérant des flux de capitaux transfrontaliers en constante progression ?

Quand la monnaie chinoise s'apprécie en même temps que le billet vert...

Arrangement précaire qui ne manqua donc pas de voler en éclats du fait de l'appréciation violente du billet vert, propulsé par la perspective de hausse imminente des taux d'intérêt US. Le maintien de l'indexation de son yuan par rapport au dollar contribuait en effet à la dégradation supplémentaire de l'environnement économique intérieur de la Chine, car sa propre monnaie s'appréciait évidemment au même rythme que le billet vert. La concomitance d'un yuan surévalué, d'une fuite des capitaux hors de Chine anticipant la dévaluation du yuan et du ralentissement économique lui coûtèrent ainsi la bagatelle de près de mille milliards de dollars en quelques semaines. Quelque chose devait donc craquer et ce quelque chose fut le yuan qui emprunte inéluctablement le chemin de la convertibilité totale sur le marché des Changes. Signe de l'esprit d'adaptation des autorités chinoises qui, refusant de se montrer flexibles sur le plan de leur politique monétaire (c'est-à-dire de la définition de leurs taux d'intérêt) ont opté pour lâcher du lest côté devise.

Le contre coup de la hausse prochaine et anticipée des taux américains

En réalité, la Chine -au même titre que l'Indonésie, que la Malaisie, que le Brésil, que la Turquie et que bien d'autres pays encore- subit le contre coup de la hausse prochaine et anticipée des taux américains. Et contrairement aux accusations dont elle est la cible la taxant d'attiser une spirale déflationniste mondiale, la Chine paie aussi le prix de ce raidissement à venir de la politique monétaire US. En effet, les prix des matières premières, des produits alimentaires et de l'énergie avaient largement entamé leur descente aux enfers bien avant la dévaluation du yuan qui, du coup, rend encore moins chères les marchandises chinoises.

Une spirale déflationniste globale

Le choc déflationniste mondial ne fut donc nullement provoqué par la Chine, mais est tout simplement l'effet collatéral d'un loyer de l'argent américain plus élevé par hausse du dollar interposée. La Chine, pour sa part, ne fait que s'adapter et tenter de naviguer au sein de cette spirale déflationniste globale.
Plus fondamentalement, la Chine paie aujourd'hui les vicissitudes de l'indexation du yuan à une monnaie (le dollar) sur laquelle elle n'a aucune prise et dont elle en peut en aucun cas influer sur les destinées puisqu'elles sont du ressort exclusif de la Réserve fédérale qui n'a évidemment aucun compte à rendre à la Chine car seule préoccupée des conditions intérieures américaines.

Comme bien d'autres pays de bien moindre importance qu'elle ayant corrélé leur propre monnaie au billet vert, la Chine comprend que l'essentiel de sa politique économique et monétaire intérieure est en fait déterminée ailleurs. Elle a, dans le seul but de maintenir cette indexation, baissé par quatre fois ses taux depuis 2014 et perdu près de 1'000 milliards. Elle a donc sagement choisi de sacrifier le yuan afin d'éviter de brûler l'ensemble de ses réserves monétaires.

  Michel Santi est macro économiste, spécialiste des marchés financiers et des banques centrales. Il est fondateur et Directeur Général d'Art Trading & Finance.

Il est également l'auteur de : "Splendeurs et misères du libéralisme", "Capitalism without conscience", "L'Europe, chroniques d'un fiasco économique et politique" et de "Misère et opulence", préface rédigée par Romaric Godin.

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Commentaires
a écrit le 22/08/2015 à 23:32 :
Il fallait y penser ! La dévaluation de la monnaie chinoise est due à la perspective (annoncée depuis longtemps) de la remontée des taux de la Fed, et non à des causes intérieures à la Chine, comme le ralentissement de sa croissance extraordinaire, par exemple. Ah, ces vilains Américains...
a écrit le 20/08/2015 à 8:19 :
Il me semble que la déflation mondiale vient aussi du secteur pétrolier.Je ne crois pas a une hausse des taux US,ou alors elle s'accompagnera d'un QE géant et de cours boursiers administrés comme en Chine(avec interdiction de vendre et certaines cotes suspendues))
a écrit le 18/08/2015 à 19:58 :
Et Poutine dans tout çà ?..
a écrit le 18/08/2015 à 10:24 :
Petit rappel : la remontée des taux d'intérêts aux USA, ce n'est pas encore fait (et ça fait au moins 2 ans qu'on nous la promet à chaque printemps et à chaque automne !), et j'attends ce moment avec une grande impatience, parce que là, j'vous dis pas l'impact sur tous les prêts contractés par les américains (comme les prêts étudiants), ... à taux variables, bien entendu !
a écrit le 17/08/2015 à 14:27 :
Le Yuan chinois est arrimé au dollars depuis des dizaines d'années le problème c'est pas la dévaluation de yuan mais la dévaluation des autres monnaies notamment la nôtre qui bcp perdu par rapport au yuan !

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