Collectivités locales : la « débureaucratisation », solution à tous les maux ?
Romain Lucazeau

Photo d'illustration
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Romain Lucazeau

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Faut-il nommer des petits Elon Musk dans chaque commune de France pour réussir à réduire les dépenses des collectivités locales ? Les débats en cours dans le cadre du vote du budget préparent une compression de la dynamique des dépenses des collectivités locales. Pourtant, elles sont modestes en comparaison de l'accroissement des dépenses de l'Etat. L'évolution à la hausse est principalement portée par les dépenses de fonctionnement (environ 198 milliards) davantage que d'investissement (65 milliards). Leur hausse est, depuis quelques années, supérieure à celle des recettes de fonctionnement. Elle est tirée par la masse salariale (73 milliards), notablement le recrutement de contractuels. Dans ce contexte, les collectivités sont engagées à faire un effort sur leurs budgets.
La culture de la performance publique a pourtant largement infusé les collectivités locales. Elles sont nombreuses, notamment les plus grandes, à s'être dotées d'équipes en charge de la performance et de l'identification de marges de manœuvre : elles développent des approches de chasse au gaspillage qui n'ont rien à envier au secteur privé, ni surtout à l'Etat. Pour une grande part, elles savent faire.
Deux approches sont possibles, et plus probables qu'un grand soir de la débureaucratisation.
Quelques exemples : Réduire et mettre à niveau l'immobilier public des collectivités en adoptant des modes de travail similaires à ceux du privé (télétravail, open space) avec à la clé une optimisation importante des m2. Déléguer davantage à des sociétés d'économie mixte (SEM) agiles et à même de procéder à des péréquations entre activités d'intérêt général et activités de marché (métiers de la fabrique urbaine, gestion des équipements publics, services aux usagers, culture...). Continuer et amplifier le mouvement de mutualisation des expertises stratégiques, souvent rares d'accès, entre territoires et au niveau national. Elles sont chères, mais nécessaires à la transition environnementale. Autant les partager entre voisins !
Les bonnes pratiques sont bien identifiées. Le défi est souvent moins technique que managérial. Il n'y a rien d'aisé à cibler de manière précise l'essentiel pour mieux travailler à la réduction d'activités moins critiques sur le plan de l'intérêt général, et donc moins « rentable » sur le plan politique. De telles approches impliquent une solide culture de la responsabilité et de l'autonomie de l'encadrement intermédiaire, qui doit contribuer activement à ce type de travaux dans sa conception et sa mise en œuvre - à rebours d'une logique verticale dont le risque est de s'ensabler dans mille résistances organisationnelles.
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Sur un cycle triennal, un objectif de performance compris entre 7 et 10 milliards EUR, soit entre 4% et 6% des dépenses de fonctionnement, est atteignable. C'est néanmoins plus long et complexe que des coupes dans les projets d'investissements. Plus long, sans doute trop, en plein débat budgétaire et à un an et demi des prochaines municipales, pour pouvoir avancer en bon ordre.
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(*) Romain Lucazeau est diplômé de l'ENS Ulm, agrégé de philosophie, et titulaire d'un MBA du Collège des ingénieurs. D'abord enseignant à l'université Paris-IV Sorbonne et à Sciences-Po Paris, il est ensuite devenu consultant en stratégie, chez Monitor Group d'abord puis chez Roland Berger, où il a pu développer son expertise des politiques publiques tant au niveau international que national. Il est également l'auteur d'études et de rapports de prospective économique, notamment pour l'Institut de l'Entreprise.
Son premier roman, "Latium", a été couronné du grand prix de l'Imaginaire en 2016. Outre ses romans, il a écrit plusieurs articles liant science-fiction et philosophie. En 2020, il a rejoint la « Red Team », un groupe d'auteurs de science-fiction engagés par le ministère des Armées pour imaginer les futures crises géopolitiques et ruptures technologiques.
Depuis 2021, Romain Lucazeau est directeur général du Groupe SCET, une filiale du groupe Caisse des Dépôts, directement rattachée à la Banque des Territoires. Sa mission ? Achever la transformation de cette filiale historique en un cabinet de conseil leader sur les enjeux d'aménagement du territoire.
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