Comment l'Europe nous pousse à améliorer notre efficacité énergétique

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L'adoption de la Réglementation Environnementale 2018 (RE 2018) est une étape importante de la transition énergétique de notre pays. Son succès dépend de l'implication et de la bonne coordination de l'ensemble des acteurs français du bâtiment, depuis l'amont (énergéticiens) jusqu'à l'aval (construction et équipement). Par Bruno Alomar, enseignant à Sciences Po Paris

L'adoption de la Réglementation Environnementale 2018 (RE 2018) est une étape importante de la transition énergétique de notre pays. C'est notamment le cas pour ce qui concerne le secteur de la construction et le secteur résidentiel (bâtiment).

A cet égard, l'on oublie souvent combien ces deux secteurs jouent un rôle important. Comme l'avait déjà souligné en novembre 2000 le livre Vert « Vers une stratégie européenne de sécurité d'approvisionnement » de la Commission européenne, après les transports (environ 40%), la construction et le bâtiment représentent de l'ordre de 20% de la production de gaz à effet de serre. Dans ce contexte la performance énergétique et thermique des bâtiments est l'un des principaux axes d'amélioration de cette situation, en permettant la diminution de la consommation d'énergie et des émissions de CO2.

Un outil majeur

La RE 2018 est un outil majeur pour positionner notre pays comme un champion de la performance environnementale des bâtiments et de la lutte contre les changements climatiques. Cette démarche s'inscrit parfaitement dans le contexte des prises de positions courageuses des pays de l'Union européenne, notamment au travers du Paquet énergie-climat 2030. L'engagement pour l'UE d'atteindre en 2030 un taux d'efficacité énergétique de 27% - voire 30% si les objectifs sont revus à la hausse en 2020 - est plus que louable. En outre, une amélioration de la performance énergétique des bâtiments est nécessaire pour atteindre les deux autres objectifs du Paquet énergie-climat 2030, à savoir 27% d'énergies renouvelables dans le mix électrique et une baisse de 40% des émissions de gaz à effet de serre. Ainsi, les émissions de gaz à effet de serre devraient également être considérées. Sinon, en produisant de l'électricité en été, et en émettant du CO2 en hiver, on continue d'augmenter les émissions de CO2.

Aboutir à des bâtiments à énergie positive

Dans ce contexte, la volonté exprimée dans la RE 2018 d'aboutir à des bâtiments à énergie positive (BEPOS), se doit de tenir tous les bouts de la chaîne, et n'en oublier aucun, comme c'est souvent hélas le cas. Les BEPOS et bâtiments à haute performance énergétique doivent être définis sur la base de leur consommation réelle d'énergie, toutes sources confondues, à destination de toutes les utilisations confondues (chauffage, cuisson, électroménager etc.). Le choix entre les différentes énergies (électricité ; gaz ; fioul ; bois) prend alors tout son sens.

Intégrer les énergéticiens

Bien sûr, les énergies renouvelables doivent trouver toute leur place dans l'élaboration des BEPOS et concourir ainsi à la mise en œuvre de la RE 2018. Mais au-delà par exemple de la pose de panneaux solaires individuels, c'est dans la globalité du système de production électrique national que s'insèrent ces nouveaux bâtiments. Pour cette raison, le succès de la RE 2018 dépend de l'implication et de la bonne coordination de l'ensemble des acteurs français du bâtiment, depuis l'amont (énergéticiens) jusqu'à l'aval (construction et équipement). Dès lors, la RE 2018 ne peut donc se contenter de penser le bâtiment neuf comme une somme d'unités indépendantes, mais doit les envisager comme un tout, intégré à l'existant. L'analyse du cycle de vie des bâtiments à haute performance énergétique et des BEPOS, cœur de la RE 2018, doit donc être menée en partenariat avec les énergéticiens qui sont à même d'intégrer la réalité des coûts environnementaux engendrés et de s'assurer d'une intégration de ceux-ci sur le territoire.

La RE 2018 est un outil essentiel pour favoriser le développement en France non seulement d'une politique ambitieuse d'efficacité énergétique, mais aussi d'un secteur des énergies renouvelables atteignant une taille suffisante. Il appartient pour ce faire que l'électricité n'y soit pas traitée comme un élément secondaire, et qu'elle puisse y prendre toute sa place.

Bruno Alomar a travaillé au cabinet du Commissaire européen à l'énergie. Il enseigne l'économie et les institutions européennes à Sciences Po Paris.

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Commentaires
a écrit le 11/07/2016 à 17:46 :
Quand l'UE n'a "aucun intérêt" c'est que les lobbies ne sont pas loin et ce ne sont pas les États et une décision démocratique!
a écrit le 11/07/2016 à 17:45 :
Quand l'UE n'a "aucun intérêt" c'est que les lobbies ne sont pas loin et ce ne sont pas les États et une décision démocratique!
a écrit le 11/07/2016 à 13:56 :
Effectivement l'Union européenne si critiquée par simplisme, populisme et amalgames faciles a beaucoup fait chez les 28 en faveur de l'énergie, de l'environnement, de l'innovation, des échanges universitaires etc. L'efficacité énergétique et l'isolation des bâtiments (de même que l'intégration de solaire hybride avec stockage thermique) sont essentielles car en France elle permettent de réduire la volatilité de la demande d'énergie (qui représente une courbe sinusoïdale avec des écarts entre 55.000 et 80.000 MWh au quotidien selon les saisons) et ainsi de pouvoir réduire le parc énergétique notamment le plus ancien nucléaire sans avoir à ouvrir d'EPR de génération 3 plutôt dépassée qui ne permet pas l'utilisation optimale des déchets d'ultra longue durée et qui est coûteuse. C'est la meilleur voie d'optimisation au plan des coûts, prix de l'énergie, export d'énergie etc. actuellement selon des logiciels de type Mixoptim notamment. De même il n'est pas encore assez pris en compte la pollution du bois énergie qui ne représente certes que 7% de l'utilisation du bois en France mais qui pose problème avec pour rare réponse la flamme verte qui est insuffisante au plan des particules. Les réacteurs nucléaires actuels n'ont qu'un rendement de 33% et sont à 80 km en moyenne des réseaux de chaleur mais çà vaut la peine de les relier pour utiliser les 2/3 de chaleur perdue car les pertes sont assez faibles malgré la distance et on réduit d'autant les particules et pollution car c'est de toutes façons une chaleur perdue. La géothermie de faible profondeur (moins de 100 m) est moins utilisée actuellement mais c'est dommage sur la durée. De même la géothermie de moins de 5 km haute température peut voir ses coûts baisser comme aux Etats-Unis, Islande etc à environ 50 euros / MWh contre 120 actuellement et le potentiel est de plus de 130 GW en France. Le biogaz cogénération chaleur, électricité et gaz direct a beaucoup à faire aussi, y compris pour les véhicules lourds type camions. Pour les véhicules 2 à 4 places l'électro-solaire est le plus performant qui arrive (Hanergy Solar Car en Chine, Immortus EVX en Australie etc).
a écrit le 11/07/2016 à 13:50 :
On oublie l'essentiel, c'est à dire le prix de l'énergie.
a écrit le 11/07/2016 à 11:48 :
Oui l'europe apporte quelques bénéfices c'est une certitude mais dans l'état actuel de compromission totale avec les marchés financiers dans laquelle elle est, elle ne peut perdurer.

Un pas en avant, deux pas en arrière...

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