Comment l'intelligence artificielle peut venir au secours des producteurs laitiers

OPINION. Contrairement aux Etats-Unis, l'intelligence artificielle suscite peu d'intérêt en France dans le domaine agricole, en particulier chez les éleveurs. Pourtant, elle peut permettre en matière de production laitière d'avoir une gestion plus optimisée de l'élevage, notamment en terme de bien-être animal, de baisser les coûts et d'augmenter la rentabilité. (*) Par Christopher Dembik, économiste, directeur chez Saxo Bank

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Si la France ne parvient pas à rééquilibrer la pyramide des âges dans la profession, la production laitière nationale pourrait drastiquement décroître dans les années à venir.
Si la France ne parvient pas à rééquilibrer la pyramide des âges dans la profession, la production laitière nationale pourrait drastiquement décroître dans les années à venir. (Crédits : Reuters)

L'institut de l'élevage estime que dans dix ans plus de la moitié des éleveurs laitiers actuellement en exercice auront pris leur retraite. Le taux de remplacement des départs à la retraite est bas. Les inconvénients liés à la profession sont nombreux : conditions de travail difficiles, faibles revenus, mauvaise presse en termes de bien-être animal. La France est l'un des pays leaders en Europe dans la production laitière. La filière représente 298.000 emplois et 54.000 fermes laitières réparties sur tout le territoire. Si la France ne parvient pas à rééquilibrer la pyramide des âges dans la profession, la production laitière nationale pourrait drastiquement décroître dans les années à venir. Le salariat et l'agrandissement des élevages font parties des solutions. Mais elles ne sont pas suffisantes. Le secteur doit compter sur l'intelligence artificielle pour optimiser la production, accroître la rentabilité et améliorer le bien-être animal.

Baisse des coûts et hausse de la rentabilité

L'intelligence artificielle suscite peu d'intérêt en France dans le domaine agricole, contrairement aux Etats-Unis. L'intelligence artificielle appliquée aux cultures, via les drones qui observent les champs, commence à peine à se développer dans l'Hexagone. Les applications dans la production animale sont marginales. Les éleveurs considèrent qu'avec les robots de traite, ils ont tout ce qu'il leur faut. A tort. L'intelligence artificielle peut permettre d'avoir une gestion plus optimisée de l'élevage, de baisser les coûts et d'augmenter la rentabilité.

Les producteurs laitiers sont des preneurs de prix. Ils ont peu de latitude pour négocier les prix auprès des distributeurs. Généralement, ils vendent leur lait proche du prix de revient. Ils doivent recourir à la vente directe de lait ou à sa transformation en produits de la ferme pour accroître leurs marges. L'intelligence artificielle peut améliorer la production en amont, en tenant de prévoir quelles décisions permettront d'obtenir une rentabilité plus élevée à long terme. A partir d'une collecte de données (analyse du lait, génomique de la vache, alimentation, environnement immédiat de la ferme), il est possible de prévoir quelle race et quelle lignée de vaches est la plus adaptée pour chaque environnement afin de garantir une production de lait optimale, et donc plus de profits potentiels.

L'intelligence artificielle peut également favoriser des économies de coûts, au niveau des interventions vétérinaires par exemple. En moyenne, seules 30% à 35% des premières inséminations artificielles chez la vache Holstein, qui est très répandue en Europe dans la production laitière, aboutissent à un vêlage. L'intelligence artificielle accroît les chances de succès de l'insémination en repérant avec précision le moment où les vaches sont en chaleur. Pour le producteur, c'est un levier supplémentaire afin d'améliorer ses marges.

La technologie au service du bien-être animal

Le bien-être animal dans la production alimentaire est important pour les consommateurs. Il l'est également pour les éleveurs. Une large majorité d'entre eux est très attachée à leurs animaux et développe une approche consciencieuse de leur confort. L'intelligence artificielle permet de veiller au mieux à leur bien-être en repérant des symptômes subcliniques non détectés qui pourraient nuire à leur santé et en réduisant la prise de médicaments inutiles, par exemple. C'est ce qu'on appelle, dans le jargon, la « maintenance prédictive ».

En surveillant différentes valeurs lors de la collecte de lait (taux d'acide gras, d'urée, de protéines et de gras), l'assistant laitier numérique peut détecter les valeurs aberrantes et en déterminer la source exacte. Parfois, les anomalies résultent de la nutrition. L'alimentation des vaches est modifiée. D'autres fois, c'est le premier signe d'une maladie en développement, telle que la mammite, une inflammation courante de la mamelle liée à des bactéries. Le producteur prend les mesures adéquates pour soigner au mieux l'animal.

Des projets pilotes

L'Europe, et en particulier la France, ont un retard important par rapport aux Etats-Unis. Mais des projets pilotes commencent à voir le jour. La coopérative d'origine danoise Arla Foods a intégré à la chaîne de production dans quelques fermes une technologie basée sur l'intelligence artificielle. La société américano-espagnole Substrate AI, qui prévoit une introduction à la Bourse de Paris cet automne, développe un projet pilote à Amarante, près de Porto, avec le soutien du gouvernement portugais. Dès 2022, l'intelligence artificielle devrait permettre une gestion optimisée de la production dans cinq fermes, avant un déploiement au niveau européen prévue par l'entreprise dès 2023-24. La France ne peut pas rater cette révolution technologique si le pays veut rester dans le peloton de tête des producteurs mondiaux de lait dans les années à venir. Un soutien public pour le développement de projets pilotes doit voir le jour en France. Des aides à l'accompagnement des producteurs doivent aussi être débloquées.

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Commentaires 5
à écrit le 13/09/2021 à 23:16
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C'est une hérésie de remettre en cause le bon sens paysan subventionné par le contribuable qui interdit les fermes de mille vaches en France pour favoriser la concurrence allemande... Après avoir vu certaines de vos interventions publiques sur B...

à écrit le 13/09/2021 à 15:52
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C'est plus du pipo, de la flute ou de la trompette, c'est carrément du saxo. Ca fout le blues tout ça. On va attendre l'avis d'armstrong.

à écrit le 13/09/2021 à 14:35
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Lait trop abondant ou trop rentable, Lacta* va baisser ses prix d'achats, c'est le transformateur qui doit gagner de l'argent (en faisant du beurre, du camemb*, etc) pas le producteur, c'est "banal" le lait. Le transformer est la seule issue à rentab...

à écrit le 13/09/2021 à 14:33
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Tout ce qui ne sera pas mis sur l’animal sera mis sur l'IA...leur seul but vous "offrir" des crédits!

à écrit le 13/09/2021 à 13:24
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Allez visiter un producteur de lait svp et parlez lui également, de grâce même, ya bien trop à dire sur ce papier tellement déconnecté de la réalité, merci.

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