Durant le premier confinement, la Bourgogne-Franche-Comté a connu une pénurie d’approvisionnement en lait, faute d’installation de ligne de production sur son territoire. Philippe Delin, président de la dernière fromagerie familiale de Côte-d’Or, a pris conscience de cette réalité. Il a décidé de mettre sur la table 4,5 millions d’euros pour disposer de sa propre ligne de production.Les laits régionaux montent en puissance depuis quelques années. Ils représentent aujourd'hui 15% de la consommation française. Une tendance qui n'a pas échappé à Philippe Delin, patron de la fromagerie éponyme, reine incontestée du brillat-savarin.
«Pour fabriquer nos fromages, nous avons besoin de beaucoup de crème. Une fois extraite de la matière première, il nous reste des quantités de lait demi écrémé dont nous n'avons plus besoin», explique-t-il.
En 2019, plutôt que de revendre ce lait inutilisé aux industriels de l'agroalimentaire à un prix inférieur au prix d'achat, le chef d'entreprise décide de le garder et de le mettre en brique avec une véritable démarche RSE.
L'idée est de mettre en place une filière en circuit court avec du lait produit dans la région et de valoriser les producteurs en leur proposant une rémunération responsable de l'ordre de 0,40 euros le litre de lait, contre 0,30 euros le litre pour la moyenne nationale. « Au total, cela représente tout de même un coût supplémentaire de 600 000 euros de plus par an pour l'entreprise », calcule Philippe Delin.
Récupérer la matière grasse plutôt que l'acheter
Une campagne marketing est lancée à l'effigie des 18 producteurs locaux. Les briques affichent fièrement leurs portraits et identifient leur élevage. La fromagerie Delin leur achète huit millions de litres de lait par an. Ce choix permet à l'entreprise de récupérer une partie de la matière grasse du lait pour sa principale activité, la fabrication de fromages (2.350 tonnes par an), au lieu de l'acheter.
«Au départ, nous avions une fourniture irrégulière de matière grasse pour faire nos brillat-savarins. Avec le lait demi-écrémé, nous couvrons désormais 10% de nos besoins», confie Philippe Delin.