Comment la culture entrepreneuriale californienne pourrait propulser la french tech
Philippe Roche

Photo d'illustration
© Robert Galbraith / Reuters
Philippe Roche

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Depuis la création en 1939 de Hewlett-Packard dans un garage de la Silicon Valley, la Californie s'est imposée comme l'un des hauts lieux de l'innovation technologique. Une place acquise grâce à une culture particulière qui imprègne toujours les pratiques entrepreneuriales des start-uppeurs et des investisseurs locaux. Un état d'esprit dont les créateurs d'entreprises français pourraient et devraient s'inspirer pour développer tout le potentiel de la french tech.
Au milieu du XIXe siècle, la Californie a vu affluer plus de 300.000 aventuriers du monde entier attirés par le désir de faire fortune en découvrant de l'or. Ce qu'on a appelé la ruée vers l'or fut un moment de brassage culturel intense autour d'une valeur commune : la prise de risque. Depuis, ce goût du risque au service de profits importants est resté l'un des traits marquants de la région, dans le monde des affaires mais aussi dans de nombreux autres aspects de la vie, comme en témoigne l'amour du jeu des Californiens, si nombreux à se rendre en voisins à Las Vegas.
Cette propension à prendre des risques se retrouve ainsi dans les choix pris au quotidien par les investisseurs et les entrepreneurs de la Silicon Valley. La carrière d'Elon Musk est en particulier marquée par de nombreux tournants qui l'ont vu remettre en jeu une partie considérable de ses gains pour soutenir des projets en lesquels il croyait. Mais, plus généralement, cet état d'esprit favorable au risque s'observe dans les trajectoires de nombreuses pépites californiennes, de leurs premières levées de fonds à leur entrée en bourse. En novembre 2013, la société Twitter était introduite en bourse alors qu'elle ne générait aucun profit et que son business model restait extrêmement incertain. Fixé initialement à 26 dollars, le prix de l'action avait pourtant atteint 44,9 dollars au bout de sa première journée de cotation.
La culture entrepreneuriale française est quant à elle connue pour être plus conservatrice et prudente. Une entreprise qui ne génère pas de profits ou dont le business model n'est pas encore clairement délimité aura bien plus de mal à trouver des financeurs dans l'Hexagone. Les succès français sont souvent basés sur l'excellence de produits solidement conçus et trouvant progressivement leur public sans bénéficier immédiatement de forts soutiens financiers. En 2021, Blablacar comptait déjà 90 millions d'utilisateurs dans le monde et était valorisée à près de deux milliards de dollars après 15 ans d'existence avant d'envisager son entrée en bourse. Aux Etats-Unis, une pépite de ce calibre aurait raisonnablement pu être cotée au-delà des dix milliards de dollars au Nasdaq.
Pour les acteurs de l'écosystème entrepreneurial français, la question n'est bien sûr pas seulement celle de l'importation de la mentalité américaine mais bien plutôt celle du métissage culturel. Comment marier ces deux attitudes pour tirer le meilleur de chacune d'elles ? Car l'excellence technologique française pourrait sans aucun doute bénéficier de la culture du risque californienne. Mais développer cet état d'esprit est une œuvre de long terme. Cela demande notamment de développer des modèles de financement orientés vers l'international sans remettre en cause les envies de souveraineté technologique de l'écosystème numérique français. Il s'agit également de convaincre progressivement les business angels des deux côtés de l'Atlantique que l'amour du design et du produit bien fait qui caractérise les entreprises françaises a tout à gagner à être soutenu par l'enthousiasme financier des investisseurs californiens. C'est à ces conditions que la french tech pourra rapidement voir émerger des licornes de l'ampleur de celles qu'a vu naître la Silicon Valley.
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Philippe Roche