Comment la science et la finance peuvent contribuer à la régénération de la biodiversité de l'océan
Romain Charraudeau et Olivier Raybaud

Photo d'illustration
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Romain Charraudeau et Olivier Raybaud

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Sanctuaire de biodiversité, l'océan est indispensable à la vie sur notre planète. En effet, plus de 50% de l'oxygène que nous respirons a été produit dans l'océan, et l'océan a absorbé plus de 93% de l'excès de chaleur produit par les activités humaines depuis le début de l'ère industrielle, jouant un rôle crucial dans la régulation du climat.
Pourtant les activités humaines mettent en danger l'océan à travers, notamment, la surexploitation des ressources marines, les pollutions et l'impact du réchauffement climatique. Un effondrement des écosystèmes marins aurait des conséquences catastrophiques pour notre planète et un coût colossal pour l'économie. Les pertes financières engendrées par la montée du niveau des océans et la pénurie de produits de la mer ont été évaluées à 400 milliards de dollars par an à l'échelle mondiale à horizon 2050*. Ces chiffres rappellent, si besoin était, la nécessité de prendre des mesures fortes pour préserver ces écosystèmes marins.
Grâce au travail de la communauté scientifique, dont notamment l'Ifremer, les décideurs du monde entier semblent aujourd'hui avoir pris conscience à la fois de la gravité de la situation, mais aussi du rôle central que l'océan peut jouer pour aider l'humanité à résoudre les défis du changement climatique. Cette prise de conscience s'est traduite par la reconnaissance du rôle de l'océan comme puit de carbone majeur lors de la COP26 à Glasgow en 2021, par l'objectif fixé lors de la COP 15 de Kunming-Montréal de protéger 30% des espaces maritimes d'ici 2030, et par l'accord de 90 états membres de l'ONU depuis septembre 2023 sur le traité sur la haute mer (BBNJ : Biodiversity Beyond National Jurisdiction) qui va, pour la première fois, fixer un cadre juridique contraignant sur les espaces maritimes hors zones économiques exclusives (ZEE) qui représentent 60% des espaces océaniques. L'organisation de l'UNOC-3 (UN Ocean Conference) à Nice du 9 au 13 juin 2025 sera l'occasion pour la France d'obtenir de nouvelles avancées pour l'océan.
A l'occasion du One Ocean Summit en février 2022, l'Ifremer s'est associé à un fonds privé dédié à la régénération de la biodiversité de l'océan. Ce partenariat scientifique, précurseur dans l'alliance entre le monde scientifique et celui de la finance, a pour objectif d'investir dans des start-ups européennes qui apportent des solutions innovantes aux trois principales menaces qui pèsent sur la biodiversité de l'océan : la surexploitation de l'océan, les pollutions marines et le changement climatique. Ces solutions visent à transformer radicalement des marchés de plusieurs centaines de milliards d'euros et en forte croissance, tels que l'aquaculture, le secteur de l'emballage ou encore le transport maritime, pour satisfaire les exigences de réduction de l'empreinte environnementale émanant des consommateurs et des entreprises.
Cette alliance s'inscrit dans un ensemble d'initiatives lancées par l'Ifremer pour s'affranchir des silos et aider à sortir des laboratoires les travaux de nos scientifiques qui apportent des solutions innovantes pour contribuer à la régénération de l'océan. En effet, le développement de modèles économiques alignant impact environnemental et performance financière ouvre la voie à un cercle vertueux dans lequel la rentabilité des projets permet d'accélérer leur mise à l'échelle et l'atteinte d'un impact systémique. Le concours Octo'pousse, qui accompagne des porteurs de projets innovants pour les inciter à créer de nouvelles startups, est un autre maillon essentiel du dispositif de soutien à l'innovation mise en place par l'Ifremer. Ce dispositif permet de faire émerger de nouvelles startups innovantes qui viennent multiplier les opportunités d'investissement pour les fonds de capital-risque dédiés à la régénération de la biodiversité de l'océan. A ce jour, huit start-ups ont été accompagnées et financées par l'Ifremer (Kineis, GEPS Innov, Forssea Robotics, BiOceanOr, DEESS, 52Hz, Bluefins).
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Ayro, une startup française qui a développé les ailes Oceanwings équipant notamment le bateau Canopée d'Ariane Group, illustre parfaitement comment l'innovation peut apporter des solutions pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Oceanwing est une technologie de propulsion hybride éolienne, deux fois plus puissante que des voiles classiques pour une surface identique. Conçues pour être utilisées en complément d'une propulsion classique, les ailes d'Ayro ont permis de réduire de plus de 35% la consommation de fuel du Canopée sur ses traversées transatlantiques. L'assistance vélique s'inscrit ainsi comme l'une des solutions phares pour atteindre l'objectif fixé par l'International Maritime Organization (IMO) de neutralité carbone du transport maritime à horizon.
Les solutions d'ADN environnemental de NatureMetrics, une startup anglaise, apportent une brique essentielle et indispensable pour lutter contre la surexploitation de l'océan. Les technologies de l'ADN environnemental permettent de détecter les espèces animales présentent dans un écosystème à partir de fragments d'ADN identifiés dans un simple échantillon d'eau de mer. Tout être vivant laisse en effet des traces de son passage dans son environnement (du mucus, de la peau, des écailles, des déjections, des cellules en décomposition, etc.). Ce sont ces restes chargés d'ADN que les scientifiques peuvent analyser dans un échantillon d'eau. Cette nouvelle technologie peut parfois remplacer des campagnes d'observation de plusieurs semaines.
Enfin, la startup française 900.care a développé une solution innovante pour réduire l'utilisation d'emballages plastiques à usage unique et ainsi contribuer à réduire la pollution plastique dans l'océan. Partant du constat que les produits d'hygiène corporelle classiques sont constitués à 90 % d'eau, ce qui nécessite des emballages plastiques pour les transporter et augmente les émissions de gaz à effet de serre de toute la chaîne logistique, 900.care a mis au point des solutions pratiques et économiquement compétitives de recharges solides qui sont distribuées dans des emballages papier ou carton directement chez leurs clients par la poste. L'utilisation des solutions de 900.care permettent déjà de réduire la consommation de plastique de 60% et les émissions de gaz à effet de serre de 68%.
C'est grâce à l'alliance des mondes de la science et de la finance que nous réussirons à multiplier l'émergence de solutions innovantes pour la régénération de la biodiversité de l'océan, mais aussi que nous parviendrons à mieux évaluer l'impact de ces innovations pour flécher les ressources financières vers les solutions les plus bénéfiques à l'océan et à la planète.
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(*) Etude de SystemIQ pour SWEN Capital Partners ("Investing in regeneration of ocean health - Strategic review" avril 2021)
Romain Charraudeau et Olivier Raybaud