Comment repenser la consommation des données pour réduire la pollution numérique

OPINION. La COP26 vient de se terminer à Glasgow, illustrant une nouvelle fois toute la difficulté des pays signataires à harmoniser leurs politiques pour limiter les changements climatiques. Parmi les nombreux domaines urgents nécessitant de se réinventer, le secteur numérique y occupe une part loin d'être négligeable. Par Guillaume de Landtsheer, Directeur Général de NetApp France

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(Crédits : DR)

Dans l'imaginaire collectif des utilisateurs, celle-ci ne se voit pourtant pas franchement au premier abord. Car c'est là tout le paradoxe de la dématérialisation : en accentuant « l'invisible » du virtuel, en contribuant sur de nombreux points au verdissement de l'économie, il est facile d'oublier cette autre réalité aussi d'infrastructures ou de de périphériques se multipliant et consommant toujours plus d'énergies.

L'impact environnemental du numérique est pourtant bien un fait établi. De nombreuses études s'accordent ainsi à dire qu'il représente aujourd'hui dans son ensemble 4% des émissions mondiales de gaz à effet de serre ; plus que le trafic aérien ! Selon l'ADEME, avec la hausse constante des utilisateurs d'Internet (quelques 4,5 milliards aujourd'hui) mais aussi la multiplication des usages et des périphériques - on estime par exemple à quelques 46 milliards les objets connectés en 2030 alors qu'ils étaient au nombre de 15 milliards en 2018 ! - ce chiffre devrait probablement doubler d'ici 2025.

Dans une pollution numérique multi-facettes...

Dans un rapport publié fin 2019, l'ADEME distingue et quantifie trois grands ensembles responsables de la pollution numérique. Soit par ordre décroissant les équipements personnels à hauteur de 47% (avec une part nettement plus importante dans leurs cycles de fabrication ou de fin de vie comparée à leur utilisation), 28% pour les infrastructures réseaux et enfin 25% pour les data centers. En reprenant ces mêmes deux derniers chiffres, 53% des émissions de gaz à effet de serre générées par le secteur numérique dans le monde proviennent donc de ses infrastructures au sens large. Des installations informatiques parfois trop vieillissantes ou mal exploitées au sein des entreprises, ou la façon d'aborder le stockage et la consommation de flux de données toujours plus nombreux, y sont bien sûr pour beaucoup.

... l'enjeu de taille de la consommation et du stockage des données

Tous les deux jours dans le monde, plus de données sont désormais produites qu'entre les débuts de l'humanité et 2003. Cette estimation relayée par différentes études a de quoi donner le vertige en illustrant très bien le côté toujours plus exponentiel de la numérisation dans nos sociétés. Selon une étude récente de l'IDC, si l'on était ainsi à 1,2 Zo de données globales produites en 2010 et à 33 Zo en 2018, les analystes s'attendent, si le rythme reste le même, à un chiffre atteignant les 175 Zo en 2025 et dépassant le palier hautement symbolique du 1 Yo en 2030. Tout simplement le maximum à ce jour dans la grille de multiples des octets !

Dans cette course aux sommets, seules 32% des données créées sont pourtant mises à profit selon un rapport de Seagate daté de 2020. Un gâchis pour le moins de taille en termes d'émissions de gaz à effet de serre ! Pour rester soutenable, le choix n'est donc plus donné. Les entreprises doivent dès que possible mener une transformation numérique qui leur permettra de toujours sélectionner l'emplacement de stockage le plus efficace et le plus économe en énergie en leur offrant une meilleure visibilité sur leurs flux d'informations. Mais aussi, autres avantages, de gagner en flexibilité opérationnelle quel que soit l'environnement de travail, de mieux bénéficier de solutions d'edge computing moins gourmandes en ressources, ou bien encore de mettre régulièrement à jour leur cloud en supprimant les fichiers inutiles ou les doublons.

Un grand élan porté par les spécialistes du secteur mais pas seulement

Bien sûr, les sociétés spécialisées dans le cloud et l'hébergement de données ont un grand rôle à jouer dans cette prise de conscience en portant des messages de sensibilisation le plus largement possible, aussi bien au niveau des entreprises que des particuliers, ou en proposant des solutions de traitement ou d'analyse des données plus économes et efficientes. Mais cela ne suffira pas sans un cadre réglementaire précis et bien établi permettant de décider plus facilement en amont de ce qui peut être gardé ou non. De nombreux traitements de données ne sont en effet encore soumis à aucun texte, leur durée de conservation n'étant finalement fixée que par le détenteur.

Au même titre qu'il existe une politique d'archivage papiers balisée et réglementée, les données numériques doivent être mieux encadrées pour rester soutenables et surtout exploitées en meilleure intelligence. Cette question, aussi bien que celle de l'intelligence artificielle par exemple, figure d'ores et déjà parmi les grandes priorités débattues aujourd'hui au sein des instances dirigeantes de l'Union européenne. Mais, comme chacun sait, le temps législatif et juridique est un temps long et en attendant chacun se doit d'ores et déjà d'agir à son niveau.

Sous un angle personnel, chacun peut aider à la prise de conscience. En nettoyant régulièrement ses messageries électroniques par exemple. Ou en limitant le streaming vidéo qui, selon le think tank The Shift Project, représente aujourd'hui à lui seul 60% des flux de données générés sur Internet en raison du poids important des fichiers vidéo. Soit l'équivalent tout de même de 1% des émissions mondiales globales de CO2.

Au niveau professionnel, l'objectif reste également atteignable pour les entreprises, en menant des programmes soutenus de diminution globale de la consommation énergétique.

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Commentaires 6
à écrit le 21/11/2021 à 17:35
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Le "numérique" est le monde de l'innovation mais sûrement pas d'un progrès quelconque! Cela ne crée que de l'inutilité en conserve!

le 22/11/2021 à 9:42
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Cette approche est un peu réductrice, et omet l'essentiel : le numérique offre un potentiel d'optimisation des activités humaines sans précédent, il est la base de tous les scénarios les moins catastrophistes du GIEC. Le point soulevé dans cet articl...

le 22/11/2021 à 19:30
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Vous "imaginez" tout ce qui a été fait sans la présence du numérique? C'est impensable!;-)

à écrit le 20/11/2021 à 12:14
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En les régulant en les vendant tandis que c'est actuellement le chaos avec d'un côté des lois qui en interdisent l'exploitation et de l'autre des milliards de milliards de données qui se vendent entre multinationales tranquillement sous le manteau. L...

à écrit le 20/11/2021 à 12:11
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Pour une fois, la question est claire, et la réponse est ultra-simple : Il faut arrêter les contrats illimités des accès internet des FAI. Autrement dit, faire comme pour l'électricité : Une partie fixe, et une partie variable, proportionnelle à la c...

le 22/11/2021 à 9:44
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Pourquoi pas. Et surtout sur les forfaits mobiles, qui condensent aujourd'hui une grosse partie de la consommation du grand public. Mais attendez-vous alors à voir de nombreux Gilets Jaunes dans la rue...

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