Comment Trump a poussé le Qatar a revenir dans les négociations pour un cessez-le-feu à Gaza
Sébastien Boussois

Photo d'illustration
J. Brouckaert / LT
Sébastien Boussois

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J. Brouckaert / LT
Si depuis plusieurs semaines, Doha avait suspendu ses efforts, avec les Égyptiens et les Américains, pour parvenir à un accord au plus vite, afin de stopper les bombardements dans l'enclave palestinienne, permettre le retour des populations palestiniennes vers le Nord, favoriser la libération des otages israéliens (50 a priori encore vivants) en échange de la libération de centaines de prisonniers palestiniens, le Qatar n'a jamais stoppé son aide à Gaza et le soutien à un processus de désescalade. Il y en a eu des rumeurs qui ont circulé depuis plusieurs semaines, face au chaos qui règne à Gaza et à l'impasse à laquelle sont confrontés les Gazaouis face au gouvernement de Benjamin Netanyahou.
On a dit que les dirigeants du Hamas avaient été expulsés en Turquie, ce qui n'est pas vrai. On avait dit que le Qatar soutenait le terrorisme du Hamas, ce qui n'est pas vrai non plus. On dit que le Qatar avait déjà repris les discussions entre les parties pour parvenir au plus vite à une trêve, ce qui n'était pas tout à fait vrai il y a deux jours, mais qui a changé depuis. En réalité, il attendait le moment propice pour revenir, car trop d'espoirs avaient été douchés en dernière minute dans ce dossier depuis le 7 octobre 2023.
Ce momentum est là et il traduit la bonne relation de Doha avec Washington. En effet, on sent bien qu'à l'approche de l'arrivée de Donald Trump le 20 janvier prochain, un processus global de pacification est en train d'émerger sur plusieurs zones de conflit, de l'Ukraine à Gaza. Maintenant que le cessez-le-feu a été décrété au Liban, entre l'État hébreu et le Hezbollah, les projecteurs sont braqués à nouveau sur Gaza et le sort de sa population. Selon le Premier ministre qatari, Mohamed Ben Abderrahmane Al Thani interrogé sur Sky News il y a quelques jours, le futur Président américain veut arriver en janvier 2025 avec un premier succès diplomatique très fort au cœur d'un Moyen-Orient empoisonné depuis un an par la question gazaouie.
C'est pour cela que ses équipes s'agitent déjà en sous-main avant même qu'il n'ait rejoint la Maison-Blanche. Si petit à petit, l'administration démocrate va s'éclipser, le Qatar compte bien abattre ses cartes et profiter de ce vent favorable pour reprendre les discussions. Il est l'acteur désormais incontournable pour venir à bout de cette situation. Il faut dire que depuis un an, Doha qui a reproché à Netanyahou et au Hamas leur manque de bonne volonté pour parvenir au cessez-le-feu n'a pas démérité, mais que le contexte était tout sauf porteur.
En Israël, les familles d'otages reportent déjà leurs espoirs sur Trump, mais en veulent toujours à Netanyahou. La guerre à Gaza est-elle un succès comme il l'a souvent répété ? Militairement, beaucoup de cadres et de dirigeants ont été éliminés, de tunnels détruits, de réserves d'armes aussi. Mais la question des otages est à ce jour un échec global. Beaucoup sont morts et il n'y a eu aucune réelle libération depuis plus d'un an, du fait du Qatar d'ailleurs. 45 jours désormais pour sauver 50 Israéliens !
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Le 5 décembre dernier, l'envoyé spécial de Donald Trump pour le Moyen-Orient a commencé à prendre le relais d'Anthony Blinken, l'actuel Secrétaire d'État en fin de règne et qui a passé des mois à parcourir la région sans résultat. Steve Witkoff a rencontré Netanyahou et le Premier ministre qatari. Trump veut désormais une pression maximale sur les parties pour faire mieux en deux mois que ce à quoi s'est attelé Joe Biden pendant 14. Et cela pourrait bien fonctionner puisque Trump dans le même temps a témoigné Netanyahou de tout son soutien politique et militaire pour garantir la sécurité de l'État hébreu.
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(*) Docteur en sciences politiques, chercheur monde arabe et géopolitique, enseignant en relations internationales à l'IHECS (Bruxelles), associé au CNAM Paris (Equipe Sécurité Défense), à l'Institut d'Etudes de Géopolitique Appliquée (IEGA Paris), au NORDIC CENTER FOR CONFLICT TRANSFORMATION (NCCT Stockholm) et à l'Observatoire Géostratégique de Genève (Suisse).
Sébastien Boussois