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Consommation des ménages : inégalités et fractures...

Alexandre Mirlicourtois, Xerfi

Publié le 24 janvier 2020 à 09:27 - Mis à jour le 24 janvier 2020 à 09:30

Photo d'illustration

Photo d'illustration

Eric Gaillard

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, inégalités & fractures de a consommation des ménages.

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Les inégalités vues de la consommation : l'angle permet de compléter les analyses standards en termes de revenus ou du patrimoine. C'est à souligner, sur une série de postes essentiels, les différences entre les hauts et les bas revenus se sont estompées au fil du temps.

Alimentation, électroménager, habillement : moins d'inégalités

C'est le cas pour l'alimentation. Il y a 30 ans environ, l'alimentaire représentait quasiment 22% de la consommation totale des ménages appartenant aux 20% les moins aisés contre 12,5% seulement pour ceux situés en haut de l'échelle, soit un écart de plus de 9 points. Aujourd'hui, les Français les plus modestes consacrent un peu moins de  15% de leur consommation aux achats alimentaires soit un chiffre assez proche de celui des plus favorisés.

Cette convergence se retrouve également sur le poste habillement qui concentre environ 4% de la consommation totale quel que soit le niveau de revenu retenu. Idem pour l'électroménager qui représente aujourd'hui 5% de la consommation totale des ménages appartenant au 1er quintile et 6% pour ceux du 5ème avec en sus une diffusion de plus en plus large des principaux équipements : les foyers sont désormais tous ou presque équipés de réfrigérateur, de lave-linge et 95% environ disposent de téléviseur couleur quel que soit le quintile de revenus. En fait, seul le lave-vaisselle fait encore figure de marqueur de niveau de vie : 41% des ménages les plus modestes en possèdent un contre près de 8 sur 10 pour la tranche supérieure.

L'accès des catégories les moins favorisés à un ensemble de biens plus large rend a priori moins pertinent la part des dépenses consacrées à l'alimentation, l'habillement et l'électroménager comme indicateur du niveau de vie.

Trois fractures subsistent

Pourtant, loin de disparaître, la distinction sociale dans le domaine de la consommation reste une réalité. Mais elle s'est tout simplement déplacée.

Tout d'abord, la convergence apparente des structures de dépenses et des taux d'équipement recouvre des écarts considérables — en niveau absolu par tête — liés au fait que de nombreux marchés comportent des écarts significatifs de gamme et donc de prix avec l'avènement du low-cost. Les ménages les plus aisés vont privilégier les produits haut de gamme et pas seulement dans les équipements. Cette observation se retrouve aussi dans la nourriture et cette qualité moindre entraîne des déséquilibres sur les chiffres de l'obésité et l'espérance de vie entre les deux extrémités de la population.

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Par ailleurs, il demeure encore trois grandes lignes de fracture.

La plus importante est liée au logement. Rapporté à leur revenu, le logement coûte 3 fois plus cher aux ménages modestes qu'aux plus aisés et l'écart s'est fortement creusé depuis le début des années 2000. Etre locataire d'un logement social, locataire du secteur privé ou propriétaire sans plus aucune charge de remboursement changent en outre totalement la donne pour les 25% les moins favorisés. Les ménages propriétaires du 1er quartile consacrent ainsi 19% environ de leurs revenus à leur logement et 27,3% s'ils vivent dans un logement social. Cette part monte à près de 41% pour les locataires du secteur privé et va jusqu'à atteindre 48% pour les accédants à la propriété. Autant dire que les classes modestes sont écrasées par le poids des dépenses logement.

La deuxième fracture se situe au niveau de la consommation de services de la culture en passant par les loisirs, la restauration et l'hôtellerie : près de 17% des cadres sont abonnés au théâtre ou au cinéma contre moins de 4% chez les ouvriers soit quasiment un rapport de 1 à 5. Ce rapport reste supérieur à 2 pour les abonnements aux journaux ou aux revues et de 1,9 pour les inscriptions à un club de sport par exemple. Bilan, le poste loisir-culture concentre 10,5% de la consommation des 20% les plus favorisés contre 5,4% simplement des plus modestes. Une fois de plus, le rapport est près du simple au double. C'est exactement le même type d'écart qui se retrouve dans l'hôtellerie-restauration. Bilan : l'ensemble loisir-culture-hôtellerie-restauration c'est 17,5% de la consommation des plus aisés contre 8% pour le quintile inférieur.

Reste une ultime grande ligne de fracture. Elle concerne deux grands postes : la santé et l'éducation. Cela n'a pourtant rien d'une évidence au regard des chiffres globaux. La consommation en santé et éducation est une fonction décroissante du niveau de vie, une statistique due à l'importance des dépenses socialisées, c'est-à-dire prises en charge par la collectivité publique avec notamment la gratuité du système scolaire jusqu'au baccalauréat, le remboursement des médicaments et des frais médicaux. En revanche, les frais directement à la charge des ménages ceux qui permettent d'accéder aux meilleurs docteurs, aux meilleurs établissements de santé, aux formations les plus élitistes sont réservés aux happy few et montrent une réelle discrimination : les dépenses privées consacrées par les 25% les plus aisés à l'éducation est 2,5 fois plus élevée de celle des plus modestes. C'est 2 fois plus dans l'éducation.

Moins visibles, les inégalités de consommation se sont déplacées mais résistent toujours.

>> Plus de vidéos sur le site Xerfi Canal, le médiateur du monde économique

Alexandre Mirlicourtois, Xerfi

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