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En direct de la COP28 avec Bertrand Piccard : « Le baril à moitié vide ou à moitié plein ? »

Bertrand Piccard

Publié le 30 novembre 2023 à 07:04 - Mis à jour le 30 novembre 2023 à 07:11

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Solar Impulse Foundation - Peter Sandground

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LES TOPS ET LES FLOPS DE LA COP. Bertrand Piccard, président de la Fondation Solar Impulse, psychiatre et explorateur, auteur du premier tour du monde en ballon (1999) puis en avion solaire (2015-2016), tient durant cette quinzaine en direct de la COP28 à Dubaï aux Emirats Arabes Unis, une chronique de ce nouveau rendez-vous crucial pour l'avenir de notre planète. Pour l'ouverture ce jeudi 30 novembre, alors que 100.000 participants sont attendus, il s'interroge : faut-il désespérer plus que lors des précédentes COP parce que celle-ci a lieu dans un pays du Golfe ? Ou au contraire y voir y...

... en de mettre le monde face à ses responsabilités ?

Franchement, peut-on craindre que la COP28 soit un pire échec que les précédentes ?
Quand on voit ce qu'il s'est passé ces dernières années, pourquoi vouloir boycotter
spécialement celle de Dubaï ? Certaines conférences sur le climat eurent déjà lieu dans des pays charbonniers, la Pologne et l'Allemagne. Chaque fois, le monde attendait des décisions ambitieuses qui ne sont jamais venues. À l'exception de Paris en 2015. À Glasgow, l'Inde et la Chine firent capoter la déclaration finale en exigeant de remplacer à la dernière minute « sortir du charbon » par « diminuer le charbon ».

Alors oui, cette fois c'est dans un pays pétrolier qu'auront lieu les débats, sous l'autorité du CEO de la compagnie pétrolière ADNOC. Faut-il désespérer plus que d'habitude ? Au contraire, d'après moi. Le baril semble plein, mais quand on y regarde de plus près, il pourrait bien se vider un peu. Sultan al Jaber est également président de Masdar, l'agence émiratie d'investissement dans les énergies renouvelables, qui propulse les énergies propres dans 40 pays du monde. La synthèse requise par cette double casquette est délicate. Suis-je trop optimiste en souhaitant que Masdar pèsera plus lourd qu'ADNOC ?  Trouvera-t-il le courage de négocier en ce sens avec ses semblables ?

Einstein disait que la folie consistait à faire toujours la même chose en s'étonnant que le résultat ne soit jamais différent. J'espère que cette fois-ci, le monde essayera autre chose. Après l'échec du narratif de la décarbonation qui fait craindre à nombre de pays une diminution de leur développement économique, et qui a engendré une résistance farouche à l'action climatique, on parlera probablement à Dubaï de diversification de l'industrie pétrolière, d'efficience énergétique et de lutte contre le méthane. En fin de compte, les mesures envisagées engendreront une décarbonation, mais par voie de conséquence et pas comme on le croit.

Les pétroliers pourraient d'abord lutter contre la concurrence du charbon. En voulant réduire sa part de marché et le remplacer par du gaz, ils font pleurer les écologistes, mais sourire le climat. C'est une solution acceptable pour des pays comme la Chine.

Un autre point est la lutte contre le méthane dans l'extraction pétrolière. Il s'agit d'un gaz 28 fois plus grave que le CO2 en terme de réchauffement, et il pourrait être récupéré et utilisé comme source d'énergie. Pour redorer quelque peu leur blason, les majors n'hésiteront pas à soutenir un engagement dans ce sens.

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Le patron de Masdar sait à quel point les énergies renouvelables sont rentables, et c'est lui qui peut l'expliquer mieux que quiconque. Les spécialistes en demandent le triplement dans le monde. C'est un objectif atteignable à la COP28, puisqu'il offre aux pétroliers une voie de diversification.

« Loss and damage »

L'Agence Internationale de l'Énergie demande aussi un doublement de la progression annuelle de l'efficience énergétique, afin de redresser une courbe particulièrement plate. Qui peut s'y opposer quand on sait que les trois quarts de l'énergie produite dans le monde sont gaspillés par des infrastructures et des systèmes désuets ? L'efficience ne fait bien sûr pas le beurre de l'industrie pétrolière, mais cela pourrait être une exigence des États qui économiseraient des milliards chaque année.

On se battra aussi à Dubaï autour des indemnités pour « loss and damage » que réclament aux pays riches les pays en développement qui subissant déjà de plein fouet les effets du dérèglement climatiques. Les promesses ne se sont pas concrétisées jusqu'à maintenant en versement de cash, mais pourraient-elles l'être au moins sous forme d'investissements dans des infrastructures propres ?

Voilà ce que les négociateurs devront intégrer, et comme toujours, le monde politique porte une responsabilité toute particulière pour faire bouger les lignes. Il faudra éviter la course au plus petit dénominateur commun. C'est là que les autres acteurs entrent en jeu, car n'oublions pas qu'il y a toujours plusieurs COP en une.

Pendant que les pays négocient, le secteur privé et les ONGs se retrouvent aussi. Les entreprises rivalisent aujourd'hui de nouvelles solutions propres et rentables, de nouveaux débouchés industriels dans l'écologie. La protection de l'environnement devient enfin un avantage financier. On peut critiquer une foire commerciale, mais cela fait énormément avancer la cause climatique. Offrir de la visibilité au monde économique, c'est aussi renforcer l'idée que s'engager pleinement dans la transition est assortie de bénéfices.

Du point de vue de la société civile enfin, la COP est un lieu de rencontre unique. Il crée des mouvements, des synergies, agit comme une caisse de résonance pour porter la voix de ceux qui en ont peu. Des peuples d'Amazonie aux ONG locales, c'est une occasion pour se faire connaître, porter ses projets sur la scène internationale et influencer les décisions.

La situation est trop grave pour boycotter la COP, pour ne pas tout tenter face à ceux qui voudraient en faire le moins possible. Les absents ne pèseront pas dans la balance. Si opposition il y a, et opposition il y aura, peut-on vraiment la laisser sans contradiction ?

Ceux qui veulent tout avoir n'obtiendront rien. Peut-être qu'à Dubaï on atteindra la moitié et ce sera déjà beaucoup. Le baril ne sera certainement pas vide, mais on verra s'il est à moitié vide ou à moitié plein.

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Bertrand Piccard sera à la COP pour :

  • Présenter « Le Nouveau Narratif Climatique », une nouvelle manière, pour les décideurs politiques et économiques, de présenter l'action environnementale, avec l'objectif de convaincre les opposants et autres récalcitrants à la transition écologique et énergétique.
  • Rencontrer ces mêmes leaders politiques et économiques pour pousser le message selon lequel la transition n'est pas seulement bénéfique pour la planète mais aussi pour l'économie des entreprises, la qualité de vie et les portefeuilles des citoyens.
  • Mettre en avant les solutions efficientes labelisées par la Fondation Solar Impulse à travers discours, rencontres et autres débats tenus sur place. Le déploiement de ces solutions pouvant être une contribution-clé aux objectifs climatiques internationaux de renforcement de l'efficience.
  • Il s'exprimera lors du World Leaders Summit face aux chefs d'états de toute la planète lors des premiers jours de la COP28

La Fondation Solar Impulse sera présente :

  • Le 6 décembre, au pavillon UNFCC (Climate Action Zone) pavillon Benelux, pour une soirée en partenariat avec l'UNFCCC, autour du Nouveau Narratif Climatique.
  • Pendant 2 jours à l'espace expositions de l'organisateur UNFCCC, le 8 et le 9 décembre, où elle présentera ses activités aux visiteurs.
  • Pendant 2 semaines à travers la participation à des panels, débats, interview medias et autres évènements politiques et économiques.

Bertrand Piccard

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