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Croissance forte sans inflation, un autre choix pour 2022

Gaspard Gabriel (*)

Publié le 23 juin 2021 à 05:11 - Mis à jour le 05 mars 2026 à 13:07

Zone euro: l'inflation confirmee a 0,9% sur un an en janvier

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OPINION. Pour la sortie de la crise de la Covid, le nouveau Président doit-il choisir entre réduire des dépenses publiques, compter uniquement sur le simple retour de la croissance ou investir massivement pour une croissance forte sans inflation ? (*) Par Gaspard Gabriel, chef d’entreprise à la retraite, spécialiste en économie financière.

La leçon apprise des grandes crises passées en Europe est de ne pas réduire durement les déficits publics. Pourtant, dans son rapport du 15 juin 2021, la Cour des comptes préconise à la nouvelle majorité de fixer une réduction des dépenses publiques dans une loi de programmation pluriannuelle. Le nouveau Président, comme en 2008, peut choisir une croissance faible et éponger les dettes sur plusieurs années. Ce choix coûtera à la France, comme pour 2007 à 2017, approximativement 1,5 milliard d'euros en termes de produit intérieur brut (PIB). Il a aussi le choix d'utiliser les économies des ménages, dans un cadre réglementé, pour investir et créer une croissance économique puissante, écologique et sociale dans un cadre plus résilient, sans emprunts extérieurs et sans inflation.

Depuis douze ans, les économies européenne et française sont restées sans une forte inflation. En France de 2013 à 2021, le taux d'inflation moyen est même inférieur à la moitié de son objectif  soit 0,84 %. Avec la pandémie, la Bourse, sauf pendant une courte période en 2020, vole de record en record. Le taux de chômage est passé de 10,3 à 8 % pour la même période. Malgré tous ses efforts, la BCE n'arrive pas à expliquer cette tendance par les vieilles règles. L'économie croît à un rythme sans provoquer des hausses de salaires ou de prix qui finissent par étrangler la croissance.

Nous vivons depuis plusieurs années avec des taux d'intérêts bas et des taux négatifs à court terme. Cette situation procure un avantage considérable aux emprunteurs avec des taux d'intérêts pour les crédits immobiliers très accessibles. En France, ces taux se situent aujourd'hui entre 0,39 et 0,75% sur 10 ans, mais avec une flambée du marché et des conséquences sociales préjudiciables. L'épargne est très faiblement rémunérée. Pour ceux qui souhaitent faire des placements rentables, elle les oblige à prendre énormément de risque, par exemple, sur des investissements de type unités de compte assurances-vie.

La croissance sans inflation est un dilemme pour la BCE. L'institut monétaire prévoit une croissance de 4,6% en 2021 et de 4,7% en 2022. La BCE a également relevé ses prévisions d'inflation en zone euro à 1,9% en 2021 et 1,5% en 2022. Cette inflation reste encore contenue. Elle ne parvient pas à s'approcher des 2% tant souhaités. Mais ne risquetelle pas de dépasser les 2% ? Avec plus de 2% d'inflation les épargnants perdront des milliards sur les livrets défiscalisés.

Si la croissance et l'inflation entretiennent des relations étroites, plusieurs économistes insistent sur le fait que l'inflation serait le reflet d'un déséquilibre économique dû à une mauvaise gestion des Banques centrales. Par le jeu des taux d'intérêts, la BCE est amenée à intervenir afin d'assurer la stabilité des prix. Cette intervention est faussée car les prix des actifs financiers et de l'immobilier ne se sont pas pris en compte dans l'indice des prix. Alors comment pouvons-nous obtenir une forte croissance économique sans inflation ?

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Une croissance économique forte est compatible avec une faible inflation quelle qu'en soit l'origine de l'inflation : inflation par la demande, inflation par les coûts ou inflation par la monnaie.

Si la demande augmente plus rapidement que la capacité de production, nous assisterons à une hausse des prix. L'Europe et la France peuvent s'assurer que leur capacité de production peut suivre la demande, alors l'inflation restera faible et durable à long terme. Si au contraire, les entreprises réagissent à la pénurie d'offre en faisant monter les prix, cette croissance économique entraînera de l'inflation.

Dans le cas d'une inflation par les coûts, l'augmentation des prix n'est pas due à un excès de demande mais à une hausse des prix des denrées alimentaires, hausse des matières premières comme le pétrole, ou une chute de l'euro qui augmenterait le prix des biens importés. La France pourrait utiliser la politique budgétaire pour empêcher une croissance excessive de la demande globale. Si la croissance devient trop rapide, la BCE pourrait augmenter les taux d'intérêts. Des taux d'intérêts plus élevés mais modérés et des coûts d'emprunts plus élevés devraient réduire la croissance et maintenir l'inflation à un niveau inférieur à, mais proche de 2%.

Pour Milton Friedman, chef de file de l'Ecole monétariste et Prix Nobel d'Economie en 1972, la cause de l'inflation est partout et toujours la même : un accroissement anormalement rapide de la quantité de monnaie par rapport au volume de production. L'inflation en Europe monte. L'Allemagne et l'Espagne ont enregistré en mai un taux d'inflation de 2,4%. La zone euro a enregistré une hausse du taux d'inflation de 2 % sur un an, soit son plus haut niveau depuis octobre 2018. Ceci n'est pas étonnant quand les pays européens et l'Europe empruntent abondamment. Pour rappel, dans la zone euro, le taux d'endettement des administrations publiques a augmenté de 14,1 points en un an et s'établit à 98,1% du PIB fin 2020. Le terme "inflation" peut faire généralement référence aussi à la baisse de la valeur de la monnaie ou à la réduction de la valeur de l'euro reflétée par le taux de change. En réponse à cela, les marchés s'adaptent naturellement à ce nouveau facteur monétaire. Ainsi les prix nominaux ont tendance à augmenter au cours des années suivantes sans créer réellement une forte inflation.

Une des explications d'une croissance sans inflation pourrait être une explosion de gains de productivité, tirés par les progrès des technologies vertes et numériques. Cela signifie une production plus élevée pour un coût inférieur et des prix inférieurs. Une autre explication serait de bénéficier d'une offre d'investissement importante qui créerait une croissance avec des salaires stables : un développement rural et écologique avec un déplacement massif de salariés des villes vers la compagne. Les salaires restent contrôlés, aidant ainsi l'inflation à rester faible.

Une troisième voie peut donner une croissance déchaînée sans inflation : investir massivement sans recours à des emprunts extérieurs, pas de création de monnaie, pas d'excès de liquidité et d'envolée de la Bourse dans une période de récession, pas de hausse des salaires et pas d'inflation. Il faut drainer tous les ans entre 6 et 10% de l'épargne des ménages pour l'affecter à une croissance forte et innovante afin d'améliorer l'avenir du citoyen et protéger la nature. La hausse de l'épargne des ménages sur un an est bien supérieure aux taux de la croissance et de l'inflation. Cette épargne, un trésor inexploité et mal utilisé, avoisine aujourd'hui 6.000 milliards d'euros. L'inflation générée sera une "bonne inflation" qui restera inférieure à une croissance saine élevée et durable.

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Le 14 juin 2020, le Président de la république a bien annoncé que la priorité était de reconstruire une économie forte, écologique, souveraine et solidaire.

Gaspard Gabriel (*)

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