« De la fée électricité à la déesse énergie » (Géraldine Mosna-Savoye)
Géraldine Mosna-Savoye
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune

Photo d'illustration
DR
Géraldine Mosna-Savoye
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune

Photo d'illustration
DR
Il y a quelques jours, comme tous les mois, j'ai reçu, et j'imagine que c'est votre cas également, une facture d'électricité. Celle-ci, d'ailleurs, ne s'appelle pas « facture d'électricité » mais prend le nom un peu pompeux de « facture énergie ». Comme si la pilule allait mieux passer, comme si le mot « énergie » sonnait mieux.
Et c'est vrai, non pas que la pilule passe mieux (une facture reste une facture), mais que « énergie », c'est plus joli, c'est plus musical. Il y a même quelque chose de magique. Si l'on n'est pas ingénieur, ou au moins un peu scientifique, l'énergie évoque une puissance énigmatique, capable d'agir à distance, de délivrer une force en appuyant sur un simple bouton, d'animer tout un réseau d'un seul clic.
C'est ainsi que la « fée électricité » s'est muée en « déesse énergie », plus globale, plus totale, plus mystique encore. Plus irremplaçable. Qui imaginerait vivre sans elle ?
C'est pourtant ce qu'a imaginé l'écrivain René Barjavel dans son roman dystopique Ravage, publié en 1943. France, juin 2052. Le pays ne fonctionne plus qu'à l'électricité : transports, nourriture, communications, routes et voitures volantes, et même les sépultures, rien n'échappe à son pouvoir et les humains y sont totalement soumis.
Quand le réseau s'arrête, sans aucune raison, c'est donc le monde qui s'arrête. Ou, plutôt, qui s'écroule. Comment se nourrir si la viande n'est plus produite en usine ? Comment se déplacer si l'on ne sait même plus descendre des escaliers ? Comment être au courant sans courant ?
Scènes de sidération, d'incendies, de tueries, sans oublier d'anthropophagie, René Barjavel n'épargne rien au lecteur. La désorientation est telle que les hommes et les femmes, livrés à eux-mêmes, ne savent plus de quoi ils sont faits eux-mêmes. C'est pourtant bien la question : que nous reste-t-il quand il n'y a plus rien ou, plutôt, quand il n'y a plus d'énergie ?
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

À lire également
Barjavel, lui, a la réponse : l'énergie humaine. Le héros du roman, François Deschamps, fort de son enfance passée en Provence (région résistant au progrès technique et technologique dans le récit), mais surtout d'une confiance indéniable en lui-même, accompagné d'un petit groupe, saura trouver l'énergie pour survivre.
Géraldine Mosna-Savoye
OPINION. « Trente ans d'allègements, et si c'était la courbe le problème ? »
OPINION. « Le bio-manufacturing, prochain tournant stratégique : la France peut-elle se permettre d’attendre »
« Recyclage et réemploi : des enjeux de souveraineté industrielle et écologique »
OPINION. « Asie centrale : la nouvelle frontière économique que la France ne peut plus ignorer »