Défaillances allemandes

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Michel Santi, économiste.
Michel Santi, économiste. (Crédits : DR)
OPINION. La fintech allemande Wirecard AG a coulé à pic après avoir fait s'évaporer quelque deux milliards d'euros au nez et à la barbe de la surveillance étatique. Cela aurait pu être un événement isolé. Sauf qu'avant, il y a eu Volkswagen, Bayer, Cum-Ex, Siemens, Deutsche Bank... dans ces conditions, peut-on encore faire confiance à la gouvernance allemande ? Par Michel Santi, économiste (*).

Comment faire encore confiance à la gouvernance allemande quand ses réglementations et systèmes de surveillance sont si déficients ? Celle qui fut la «fintech» la plus en vue de ces dernières années - Wirecard AG - a implosé ces derniers jours car c'est environ 2 milliards de dollars censés figurer à son bilan qui, en fait, n'existaient plus. Mais ont-ils jamais existé ?

En l'espace de quelques jours seulement, Wirecard a ainsi subi une déchéance accélérée, se transformant d'entreprise visionnaire symbole d'une Allemagne aux avant-gardes en montage frauduleux éclaboussant au passage et le régulateur et son auditeur qui avait ignoré les signaux avant-coureurs et qui n'avait même plus (semble-t-il) révisé ses comptes depuis trois ans.

La BAFIN, «Bundesanstalt fuer Finanzdienstleistungsaufsicht«, organisation de surveillance étatique allemande de l'industrie, a beau qualifier cette déroute de « désastre total », elle fut assez rapidement nuancée par le ministre des Finances en personne qui assura que les régulateurs accomplissaient un « travail très dur et avaient fait le job ».

Scandales à la chaîne

Cela aurait été recevable et admissible si Bayer ne venait pas de régler à coup de 12 milliards de dollars son contentieux avec le système judiciaire américain. Après Volkswagen qui avait dû payer 30 milliards. Après Siemens, qualifiée de «gang criminel» s'étant acquittée de près de 2 milliards en 2008 pour des accusations d'escroquerie.

Si une autre entreprise (Cum-Ex) n'était pas aujourd'hui sur le devant de la scène pour un des plus grands scandales financiers du pays mêlant fraude fiscale à des stratégies de trading opaques. Doit-on évoquer enfin le cas de Deutsche Bank enlisée dans nombre d'affaires, dont certaines très politiques et sensibles où se retrouve le nom et les intérêts de Donald Trump ?

Urgence absolue

Je pose donc à nouveau la question : comment faire encore confiance à la gouvernance allemande quand autant de pratiques contestables et condamnables au fil de ces années n'ont pas abouti à une intensification quantitative et qualitative de la surveillance et de la réglementation?

Et aussi, quand ces affaires furent quasiment toutes révélées par des juridictions et instances non allemandes ?

Le schéma fut en effet quasiment identique à chaque fois car c'est l'État allemand qui dut réagir, enquêter et apporter des réponses à des dossiers ayant échappé à son contrôle, et même à sa connaissance.

Ce pays donc doit mener aujourd'hui et dans l'urgence une réflexion profonde, l'image des entreprises allemandes - toutes tailles et spécialisations confondues - risquant d'être ternies pour les années à venir.

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(*) Michel Santi est macro économiste, spécialiste des marchés financiers et des banques centrales. Il est fondateur et directeur général d'Art Trading & Finance.

Il vient de publier «Fauteuil 37» préfacé par Edgar Morin

Sa page Facebook et son fil Twitter.

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Commentaires
a écrit le 10/07/2020 à 16:24 :
Pléonasme !

Ça fait trois fois que je l'écris les gars hein ? Dites vous bien que le troll néolibéral est incapable de comprendre ce que je veux dire par ce simple mot.

Ils sont incapables de n'utiliser qu'un seul mot hors insulte !
a écrit le 10/07/2020 à 14:53 :
Pléonasme.
a écrit le 10/07/2020 à 10:51 :
Pléonasme ?
a écrit le 09/07/2020 à 16:52 :
Au début de Quatre-vingt-treize, le roman de Victor Hugo, un marin a mal attaché un canon dans l’entrepont d’un navire. Le canon rompt ses amarres dans la tempête et commence à glisser d’un côté à l’autre, au gré des vagues, comme un taureau de bronze fou. Il écrase tout sur son passage et manque de couler la goélette.
La morale de l’histoire ? Vous pouvez avoir le meilleur bateau et le meilleur capitaine, si un chargement dans la cale roule d’un bord à l’autre et accentue la gîte dans la tempête, vous coulez. Une économie est comme un bateau : vous devez arrimer la cargaison dès que le temps se couvre. Sinon, vous pouvez avoir de bonnes banques et de bons régulateurs, si les flux spéculatifs qui roulent d’un bord à l’autre sont trop grands, vous coulerez. Les amarres, dans une économie de marché, ce sont les règles, les relations de confiance entre les gens, qui leur permettent dans l’imprévu de bâtir ensemble des solutions nouvelles. La confiance a disparu. Le droit est devenu une discipline formelle. Conclusion : mettez votre "lifevest".
a écrit le 08/07/2020 à 8:42 :
Sans compter que l'Allemagne ne se prive jamais de pointer du doigt les défaillances françaises. Étonnant silence de la part des français.

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