La BCE est-elle noyautée par les allemands ?

L'avenir immédiat de l'Union Européenne et de l'Euro sera conditionné par l'élection à venir du nouveau Président de la BCE. Dans un contexte où ce poste éminent n'a jamais été occupé jusque-là par un allemand, il semblerait bien que Jens Weidmann, Président actuel de la Bundesbank, soit favori pour remplacer Mario Draghi qui cessera d'exercer ses fonctions au 31 octobre 2019. Par Michel Santi, économiste*

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(Crédits : DR)

L'opacité de la BCE contraste avec les autres institutions européennes qui jouent la transparence, car la banque centrale reste très discrète sur les données relatives aux nationalités de ses collaborateurs. En réalité, la BCE emploie autant d'Allemands que de Français, d'Italiens et d'Espagnols réunis! Selon le Wall Street Journal, en 2017, 29% de ses salariés furent allemands contre seulement 8% de Français. Cette main mise se corse davantage si l'on considère le très stratégique Département d'économie et de prospectives qui conditionne toutes les recommandations de la BCE en termes de politique monétaire, car toute la chaîne de commandement y est allemande. Affublée du très emblématique surnom de "panzer division", elle fut dirigée par le Chef économiste de la BCE, Jürgen Stark, remplacé depuis par le moitié belge et moitié allemand Peter Praet.

Basée dès le départ à Francfort, la BCE fut évidemment modelée et inspirée par la Bundesbank - l'autrefois très prestigieuse et toute puissance banque centrale allemande - et elle fut - jusqu'à l'avènement de Mario Draghi - obsédée comme elle par la lutte conte les pressions inflationnistes, un classique allemand. Cette infiltration - voire ce noyautage - des Allemands au sein de cette institution cruciale se fait ainsi ressentir à tous les niveaux de responsabilité sans exception, et s'étend même au-delà, par exemple au sein de l'entité qui gère les banques défaillantes également dirigée par un allemand, Elke König.

Cette « germanisation » de la BCE se traduit naturellement par une politique monétaire biaisée. Souvenons-nous des politiques d'austérité imposées dans l'Europe périphériques qui furent âprement plaidées par nombre de hauts responsables de cette institution, et souvenons-nous des rancœurs grecques ou italiennes contre l'Allemagne et contre Angela Merkel. Il est donc indéniable que les pays d'origine des membres du personnel d'un établissement comme la BCE confère à la prise de décision ultime une coloration bien précise à tous les niveaux de la hiérarchie, depuis l'élaboration des rapports jusqu'à la fixation des taux, en passant par les baisses de taux quantitatives...

Autre exemple de cette perte de neutralité, la BCE - en plein délit de subjectivité - n'eut en effet de cesse de critiquer publiquement les manquements des banques italiennes, grecques ou portugaises alors qu'elle est restée de marbre face aux défaillances notoires des banques allemandes. Les exemples sont légion : ils vont du manque de réactivité de la BCE lors du déclenchement de la crise des dettes souveraines européennes aux inadmissibles critiques à l'encontre de Mario Draghi et de sa nationalité à l'occasion de la mise en place des quantitatives easing (QE)...

Alors qu'il s'agit de très prochainement de trouver à celui-ci un successeur, soyons très vigilent car la nomination d'un allemand à la tête de la BCE serait de nature à faire de cette banque centrale une pâle copie de la Bundesbank, seulement préoccupée de lutter contre l'inflation au mépris de l'activité économique.

___

(*) Michel Santi est macro économiste, spécialiste des marchés financiers et des banques centrales. Il est fondateur et Directeur Général d'Art Trading & Finance.

Il est également l'auteur de : "Splendeurs et misères du libéralisme", "Capitalism without conscience", "L'Europe, chroniques d'un fiasco économique et politique", "Misère et opulence". Son dernier ouvrage : «Pour un capitalisme entre adultes consentants», préface de Philippe Bilger.

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Commentaires 17
à écrit le 08/05/2018 à 2:21
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Vous plaisantez ? Lisez le blog de Jean-Pierre CHEVALLIER sur le fonctionnement de la BCE et puis on reparle de cet article surréaliste

à écrit le 07/05/2018 à 17:02
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et c´est très bien comme cela... imaginons un francais socialiste à la tete de la BCE... cela sera du tout gratuit comme Hidalgo... dépenser l´argent que l´on a pas dans des projets fumeux mais ou l´on peut placer le maximum de copains coquins.....

le 08/05/2018 à 9:50
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Hidalgo-go socialiste, comme Macron d'après les médias ! ! Principe fondamental de gouvernance : le Politique commande la Finance . Maintenant c'est inversé : Nous - individus et gouvernement " élu " - sommes au service des banques privées qui déc...

à écrit le 07/05/2018 à 16:43
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Avec M.Draghi (ex G.Sachs), président de la BCE, et JC.Junker (scandale des Luxleaks) candidat de Merkel à la présidence de la commission européenne, la BCE apporte aux banques ce dont elles ont besoin : de l'argent pas cher avec des taux proches de ...

à écrit le 07/05/2018 à 16:38
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Un successeur allemand à la tête de la BCE serait non seulement de nature à faire de cette banque centrale une pâle copie de la Bundesbank, le vrai danger serait une remontée des taux d’intérêts substantielle. Le système des Fond de pension allemand ...

à écrit le 07/05/2018 à 16:11
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Un successeur allemand à la tête de la BCE ne serait pas seulement de nature à faire de cette banque centrale une pâle copie de la Bundesbank, le vrai danger serait une remontée des taux d’intérêts substantielle. Le système des Fond de pension allema...

à écrit le 07/05/2018 à 15:42
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Comme la BCE est à Francfort, il n'est pas étonnant que de nombreux Allemands y travaillent. Il convient de rappeler que la mission de la BCE, agréé par le Conseil Européen, est d'obtenir un taux d'inflation global inférieur et proche de 2% dans la ...

à écrit le 07/05/2018 à 13:29
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N´empêche que ce sont les cigales dont la France qui ont la majorité au conseil des gouverneurs qui dictent la politique monétaire!

à écrit le 07/05/2018 à 10:55
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M. Santi, pour nuancer votre propos je vous renvoie à toutes fins utiles vers un article de votre journal sur Mario Draghi, selon vous victime d'"inadmissibles critiques": https://www.latribune.fr/entreprises-finance/banques-finance/banque/201209...

à écrit le 07/05/2018 à 10:29
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C'est drôle, on dirait qu'il faut défendre Draghi et son QE à plus de 2000 Mds avec pour résultat la croissance faible que nous avons récolté...Moi je trouve plutôt pas mal que les allemands (qui connaissent les dangers de l'hyperinflation) puissent ...

le 07/05/2018 à 19:45
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Nous savons comment les choses ont évolués avec les décisions de la BCE (Draghi – QE): croissance faible.- Nous ne savons pas par contre où nous en serions sans le QE de la BCE. Je suis persuadé que sans ces mesures la Zone Euro aurait éclaté. De...

à écrit le 07/05/2018 à 10:09
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L'entente franco allemande a tendance a ressembler a de la collaboration qui avantage toujours les mêmes!

le 08/05/2018 à 8:35
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Ce qui explique l'état lamentable de l'UE

à écrit le 07/05/2018 à 9:50
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L'influence allemande sur la BCE n'est un secret pour personne et ça date de sa création (mission: lutter contre l'inflation ...) mais l'Allemagne est en perte d'influence où en tout cas l'idéologie dominante à la BCE a perdu du terrain. La gestion d...

à écrit le 07/05/2018 à 9:19
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est-ce que le crédit facile et pas cher profite aux constructeurs de voitures premiums (aux constructeurs teutons, donc) ?

à écrit le 07/05/2018 à 9:04
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Germanisation de la BCE logique puisque germanisation de l'europe, non ? "Pourquoi il faut lire "L'ordre du jour" d'Eric Vuillard, prix Goncourt 2017" https://www.lci.fr/livre/prix-goncourt-2017-l-ordre-du-jour-d-eric-vuillard-quand-des-hommes-d-...

à écrit le 07/05/2018 à 8:41
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oui tout passe par les Allemands.

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