Départementales : ne pas céder aux sirènes du poujadisme

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(Crédits : DR)
Même si le débat politique en vue de ces élections est loin d'être satisfaisant, les patrons de PME ne peuvent s'en désintéresser. Aux élus, aussi, de leur tendre la main. Par Bernard Cohen-Hadad, président du think tank Etienne Marcel

Les 22 et 29 mars, les élections départementales se dérouleront dans 2054 cantons et il n'est pas nécessaire d'être un grand clerc pour prédire que le parti socialiste subira un revers historique. La droite (UMP-UDI-Divers droite) remportera la majorité des départements et des présidences. Mais les grands vainqueurs de ces premières élections seront le parti de l'abstention et le Front national. Alors que nous sommes en pleine crise de confiance, on peut se demander si le seul moyen pour les français d'être entendus c'est de jouer avec le feu. En effet, rôle des départements n'est pas anodin en matière économique ou sociale.

Le vote obligatoire, une fausse bonne idée

Aux élections cantonales 2011, le taux d'abstention a été de 55%. La proposition d'une minorité de parlementaires de mettre en place le vote obligatoire est une fausse bonne idée. On n'oblige pas les citoyens à s'exprimer lorsque l'on n'est pas capable de trouver des solutions à leurs problèmes voire de les écouter. Si voter est une liberté démocratique encore faut-il se sentir impliqué. Notre vie politique tourne autour d'une élection présidentielle. Et le reste est quantité négligeable. Les particuliers et les PME ont le sentiment que la classe politique est plus préoccupée de son renouvèlement que de répondre aux attentes des populations dans les territoires. Les sujets en suspens sont toujours là, le chômage, l'insécurité, l'immigration, les fondamentalismes, la fiscalité, les charges sur les PME, les retraites, le logement, l'éducation, le respect des valeurs qui font de la France un pays de libertés.

Le spectacle de la machine à perdre

Faire en permanence des promesses sans jamais les tenir, multiplier les querelles de personnes, ne pas savoir affirmer nos valeurs ou faire croire que tout va bien alors que certains vivent sous le seuil de pauvreté conduisent naturellement une partie des français vers le Front national. Le ras-le-bol est bien là. Le spectacle de la machine à perdre est édifiant. Le tacle de Jean-Marc Ayrault à l'endroit de Manuel Valls où les désaccords partisans sur le projet de loi Macron montrent des préoccupations qui ne sont pas les nôtres. Nous n'avons pas peur mais nous sommes blessés par ces attitudes qui font que notre vie politique tourne autour d'affaires, du pousse toi que je m'y mette, d'un Congrès ou d'une élection suprême.

L'extrémisme ne résoudra rien

Alors, pour certains, voter c'est donner un coup de balai. C'est un leurre. La montée de l'extrémisme de droite ne réglera pas nos problèmes. Les solutions simples dans un monde compliqué sont une imposture. La banalisation de ce mouvement et des courants de pensée qui l'animent conduisent à la division et non pas à l'union. Le repli sur soi, n'apporte que des mauvaises réponses dans un monde de plus en plus ouvert. Face la mondialisation des échanges, c'est une machine à perdre. L'isolationnisme ne répond pas aux enjeux économiques, aux défis sociaux ni aux évolutions culturelles. Demain, le Front national, qui n'avait qu'un élu, va entrer en force dans les conseils départementaux et devenir l'arbitre de certaines élections. Et l'action qui sera menée touchera autre chose que le choix d'un repas dans une cantine scolaire ou le nom d'une rue.

De premières élections départementales en prise avec les territoires

Soyons constructifs, ces premières élections départementales sont en prise avec les territoires. Elles ont pour but d'améliorer la représentativité des citoyens, rééquilibrer les rapports entre les villes, les territoires ruraux et les zones de montagne. A force de décrédibiliser la politique des petits pas on est en train de passer à côté du changement. En l'absence de majorités unies sur un programme local, il n'y aura pas de dynamique économique dans les territoires. Le rôle des départements est important dans le domaine des écoles et des collèges. Ils gèrent ces structures. Ils ont la main également sur les installations sportives, leur construction et leur entretien. L'accessibilité, aux personnes à mobilité réduite, des bâtiments leur échoit. Les transports sont aussi concernés.

Les élus doivent tendre la main aux patrons de PME

Les PME ne peuvent pas se désintéresser de ces chantiers qui sont autour d'elles. Et auxquels elles doivent avoir prioritairement accès. Et chacun sait que sans développement des PME dans les territoires il n'y aura pas de reprise de l'emploi. Oui, le département est à l'échelle des entreprises patrimoniales encore faut-il que les élus leur tendent concrètement la main. Les départements doivent également se tourner vers l'amélioration de leur facture énergétique et les PME locales peuvent y trouver des débouchés.

Privilégier l'économie locale, loin du repli sur soi

Privilégier l'économie locale, ce n'est pas se replier sur soi, c'est jouer la proximité, favoriser la sauvegarde des PME, encourager le développement des entreprises existantes, susciter la création et la transmission des entreprises, développer la mobilité des PME. Les départements disposent aussi de subventions et de fonds d'aides publics. L'enjeu est de profiter de cette réforme pour mettre fin au clientélisme et saupoudrage qui ne mène à rien. Il convient également de travailler sur les délais de paiements des collectivités territoriales et sur l'accès des PME à ces marchés publics locaux.

Le département,  structure idéale pour tester des solutions

Le département est aussi la structure idéale pour tester des solutions de Small business act. Parce que la crise est toujours là, le social ne doit pas non plus être absent des actions. Il faut renforcer les passerelles entre les entreprises marchandes, les entreprises sociales et solidaires et les associations d'insertion. Pour l'emploi départemental, cette querelle artificielle n'a plus lieu d'être. C'est pourquoi, il reste à donner une vraie impulsion à l'insertion par l'activité économique en sortant du déterminisme de l'échec. Pendant cette campagne électorale, le Front national a été au centre de l'animation médiatique. Cette focalisation a produit un débat d'idées tronqué. Il n'aura pas permis aux PME faire valoir leurs idées, de participer aux programmes des partis, de les discuter ni de les nourrir en propositions. Avant le vote les espoirs sont déjà déçus et pourtant les attentes sont toujours aussi fortes. Et les sirènes du poujadisme n'y changeront rien.


Bernard COHEN-HADAD
Président du think tank Etienne Marcel

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Commentaires
a écrit le 23/03/2015 à 8:30 :
EXAT???
a écrit le 20/03/2015 à 9:02 :
je suis assez grand pour voter FN je n'aie pas besoin de son avis. Lui ce qu'il voit c'est continuer à nous plumer.
a écrit le 19/03/2015 à 22:58 :
La seule chance des partis traditionnels reposait sur un renouveau des cadres (changement de generation) et un nettoyage des brebis galeuses: je n'ai rien vu de tel!
a écrit le 19/03/2015 à 21:47 :
Discours inaudible pour moi et la majorité des francais
Je resterais chez moi

Le FN est malheureusement le seul parti qui permettra de mettre toute la clique politique dehors

Les partis malgres de nombreux avertissements ( europeenne) continue de nous proposer les mêmes Sarko Hollande etc ..

Dire que les extrêmes n'apportent rien est faux
En 1789 c'était le discours des petits bourgeois
Il faut vraiment éliminer tous ces menteurs quitte a toucher le fond
Réponse de le 20/03/2015 à 2:25 :
Pour rappel : c'étaient les petits bourgeois qui ont provoqué 1789 pour se débarasser des nobles. Alors avant d'écrire quelque chose de faux, ouvrez un livre. Quant au FN, ce n'est pas un parti révolutionnaire, mais traditionnel, justement ultra conservateur. Et il n'a rien de révolutionnaire, car il passe sur toutes les radios et dans toutes les télés. Alors un peu de sérieux. Merci.
Réponse de le 22/03/2015 à 18:49 :
Rappel très juste sur la composition sociale des milieux révolutionnaires
en 1789.
Sans oublier, ce qui est le cas, une part significative de la haute noblesse, et du bas clergé, dont des membres élus par le Tiers-Etat le représentaient à Versailles puis siégea dans les "clubs".

Quant à savoir si les passages en télévision ou radios font d'un parti un mouvement "révolutionnaire" ou pas, il faut poser cette question au NPA, dont l'ancien porte-parole se "gratifie" de cette appellation, tout en ayant largement bénéficié de l'onction médiatique ("Vivement Dimanche", etc...) durant son mandat.
De même, il existe sur une radio publique une émission quotidienne d'une heure au profit de la gauche "révolutionnaire/libertaire" qui ne connait, du coté droite "nationaliste/souverainiste", aucun équivalent.

L'usage du mot "extrémisme" ou "extrémiste" en politique est une tarte à la crème : on est TOUJOURS l'extrémiste de quelqu'un.
L'UMP et le PS ont échoué depuis 30 ans.
Pour les mêmes raisons.
Le "plaidoyer" de M. Cohen-Hadad tombe à plat, en ce qui me concerne.
Le FN n'est pas plus extrémiste que les responsables reconduits par les élections récentes en Israël...ou il l'est autant.
a écrit le 19/03/2015 à 18:07 :
puisque la reprise est là, pourquoi ne pas augmenter les petites pensions de retraite et donner un coup de pouce au SMIC.
Bah oui, puisque la croissance est de retour.
Non, elle n'est pas là finalement ?
Mince alors
a écrit le 19/03/2015 à 17:41 :
Aux départementales, ne devrait-on pas réfléchir au fait qu’il existe des idiots européistes qui racontent n’importe quoi, qui inventent des ponzi pour la fête dans les palais à dévaster l’économie. Le niveau de vie est en baisse, il stagne depuis au moins 1998 hors inflation. Les salaires des jeunes profs sont baissés au niveau minimum alors que d’autres se comptent en centaines. L’épargne salariale est une escroquerie au salarié. On entend dire : on fait des fusées et pourtant il existe des pauvres, on fait aussi des autoroutes vides et coûteux… la politique de l’Etat est idiote et injuste. On fait dans la direction procédurière et des normes contre productives. Pourquoi ne pas appliquer aux représentants une contrainte d’abnégation et demander des indemnités par exemple pour le social non appliqué aux foyers non logés ou supprimer les allocations cahiers nuls.
a écrit le 19/03/2015 à 17:13 :
Alors que nous avons près de 6 millions de chômeurs et de nombreux diplômés sans emploi adéquat alors qu'on propose des emplois dits alimentaires improductifs, vu l'abstention, il pourrait y avoir pétition pour des retraités alors que des corporations l'ont à 55 ans... ne devrait-on pas généraliser les départs au lieu d'ostraciser et mettre les séniors à la diète pour impayés de rsa jeunes?
a écrit le 19/03/2015 à 17:07 :
Aux élections y aura-t-il sanction pour le chômage comme il y aurait des sanctions par cyberguerre alors qu'on maltraite les salariés au point qu'en France le nombre de suicides est double de nos voisins. Le régime maltraite les salariés précaires exploités par les fonctionnaires. Des fausses entreprises doivent être supprimées.

Que signifie développement économique?
a écrit le 19/03/2015 à 16:56 :
On dit l'extrême n'est pas une solution, seulement on ne donne aucune solution: le but c'est de se débarrasser des gens: a quand le paiement d'indemnités judiciaire pour illétrisme? On vote niches défiscalisées, chômage et croissance nulle? On nous sert des polices politiques anti jeunes et anti sémites!

Vive le régime des nullards de la croissance!
a écrit le 19/03/2015 à 16:41 :
Aux départementales, alors que plus de la moitié des électeurs s’abstiennent habituellement, à quand une protestation contre l’incompétence européenne, le crétinisme administré qui prône plus y a de monnaie, plus y a de croissance, contre la stagnation voire la diminution du niveau de vie, contre les réseaux cachés et les boomers dévoyés qui prônent l’élimination des jeunes de la vie active ? A quand la suppression du point pour les vieux au bénéfice des jeunes actifs et 6 millions de pré-retraites et l’application du traité de Maastricht sur le remboursement de la dette par les retraités ? A quand les coupes dans les retraites alors que celles des jeunes ne sont pas financées ? A quand une suppression des avantages tels les cantines gratuites et les promotions ancienneté ou sur critère autre que de mérite ? A quand l’abolition des stages et emplois non rémunérés ? A quand la fin du bétonnage routier inutile ? A quand la poursuite des mises en faillites d’entreprises malveillantes et la fin de la politique chômagiste ?
On fait fermer les commerces au bénéfices de certaines enseignes.
a écrit le 19/03/2015 à 15:54 :
Les extremes n'ont jamais ete une solution, mais un pb. Par contre sur le vote obligatoire, je suis plus reserve. La solution passe de mon point de vue par la reconnaissance du vote blanc par contre le pcpe d'un vote obligatoire me parait interessante.
a écrit le 19/03/2015 à 15:43 :
Profession de monsieur Cohen Hadad?Président d'un "think Tank" et probablement chercheur ou prof fonctionnarisé.Encore un qui ne comprend pas la société de concurrence et qui touche sa paie bien a l'abris
Réponse de le 19/03/2015 à 17:02 :
Attaques personnelles. Diffamation ? Attaque contre les "think thank". Attaque contre les chercheurs. Attaque contre les fonctionnaires. Cela démontre bien le niveau de certains au FN.
a écrit le 19/03/2015 à 14:59 :
Il faudrait prendre garde de ne pas tomber dans le Bernard Cohen-Hadadisme. Il y a comme une pitrerie à nommer son lobby politique "Etienne Marcel", qui se déclarait défenseur de marchands, pour attaquer Pierre Poujade qui a eut la même ambition, en attribuant ce nom propre à une action néfaste. Laissons en paix la mémoire et les idées de Pierre Poujade.
a écrit le 19/03/2015 à 14:38 :
Croire que le vote FN est uniquement un vote contestaire est une erreur.

Si c etait le cas l extreme gauche en profiteraient aussi....

Non, le FN attire par la jeunesse de ses representants (a mon sens un des points determinants quand l on comprend qu il y a une lutte intergenerationelle.... Goldman l a dailleurs bien senti) Ensuite, les propositions
Vont dans le sens de l histoire (democratie participative, republicanisation de la sphere publique, retour de l etat stratege a la place de l etat providence, etc)

Enfin, je rappelerai que la crise de 29 s est termine en 36 avec le front populaire (dont on annocait le chaos communiste). Il est probable que la crise de 2008 finisse en 2017 avec le front national. Quand l histoire se repete,

Sailor
Bleu Marine, quelle belle couleur
a écrit le 19/03/2015 à 14:36 :
M. COHEN-HADAD, les Français en ont assez de cette caste politico-médiatique qui profite du système bien protégée derrière sa forteresse. Arrêtez de culpabiliser ceux qui ne votent pas pour l'UMPS, nous sommes en démocratie que je sache et posez vous plutôt la question de savoir pourquoi les Français rejettent ce système dont vous faites partie et qui a mené notre pays à la ruine économique, intellectuelle et morale. Le temps est venu de changer tout cela et cela commence par les élections départementales ce week end !
a écrit le 19/03/2015 à 14:11 :
C'est qui la vilaine ?
Quand on a été vilaine, on mérite la fessée, c'est cela aussi la justice sociale.
a écrit le 19/03/2015 à 13:31 :
Et beeh, si ça sert à ça un think-tank, servir la soupe aux mêmes qui nous plantent la France depuis 40 ans ...
a écrit le 19/03/2015 à 13:20 :
La question est de savoir "qui" est favorable à l’existence du département suite a "son indispensable" présence? Pourquoi voterions nous "au départementale" pour que ces départements disparaissent?
Réponse de le 19/03/2015 à 14:04 :
Les départements sont encore en sursis d'une loi de compétence et d'existence qui ne sera votée qu'en juin. Si vous voulez précipiter leur disparition votez FN.
Réponse de le 19/03/2015 à 14:38 :
Tient.... le FN veut faire disparaitre les départements? Pour eux il n'existe que la commune, le département et la nation me semble-t-il! Pour les autres, le mille-feuilles de la décentralisation sans compter "l'empire" UE!

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