Derrière le prétexte de la social-démocratie, la mise à nu de la visée du social-libéralisme
Francis Daspe

Photo d'illustration
© LTD / Xose Bouzas / Hans Lucas
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... dre possible l'accession au gouvernement. Par Francis Daspe, président de l'AGAUREPS-Prométhée (*)
Pour les personnes promouvant ce point de vue, l'enjeu est d'emblée clairement identifié et exprimé : la reconstruction d'une gauche sociale-démocrate de gouvernement, par opposition aux excès d'une gauche de rupture. Leur objectif premier est en réalité d'une nature tout autre : détruire le Nouveau Front populaire, de la même manière qu'ils avaient récusé en 2022 la NUPES. Car en fin de compte, il ne s'agit pas de sociaux-démocrates ; il s'agit bien davantage de sociaux-libéraux. C'est en cela que réside la grossière supercherie aux relents de manipulation.
La social-démocratie se caractérise par la volonté d'une transformation progressive de la société : c'est ce qu'il était d'usage de nommer les réformistes, par opposition aux révolutionnaires qui militaient pour le renversement rapide du système capitaliste. Les sociaux-libéraux pour leur part se situent sur une ligne d'accompagnement du capitalisme et de la mondialisation néolibérale, en tant qu'idéologies dominantes. D'acceptation en somme, car il n'est évidemment pas question du renversement du capitalisme, ni même simplement de transformation ou d'amendement, mais plutôt de sa perpétuation et de son renforcement. Même si en ce domaine la volonté des sociaux-démocrates s'est notoirement amenuisée, au moins leur reste-t-il une intention et subsiste-t-il une velléité. Point de tout cela chez les sociaux-libéraux.
La transmutation des sociaux-démocrates en sociaux-libéraux s'est réalisée en partie à l'occasion de moments politiques à forte portée symbolique. En France, il y eut le tournant de la rigueur de 1983, puis le quinquennat de François Hollande. En Allemagne, le mouvement fut à chaque fois plus précoce, avec le congrès de Bad-Godesberg de 1959, accentué par les orientations du chancelier Schröder à partir de 1998. En Grande-Bretagne, le New Labour Party de Tony Blair constitua une césure décisive à la sortie de l'ère du thatchérisme dont il valida quelques-uns des aspects les plus rétrogrades.
Elle est censée établir d'abord un rapport de force plus favorable. Celui-ci peut se traduire à l'occasion par une victoire électorale, ce qui facilitera l'application de son programme, ou au moins d'une partie. En tout état de cause, dans un deuxième temps, elle doit passer par une phase de négociation, qui se termine par l'obtention d'un compromis. C'est l'essence même de la social-démocratie. Les sociaux-libéraux vont jusqu'à méconnaitre en totalité ces trois étapes. Incapables de mobiliser la population, la construction d'un rapport de force représente une contrainte insupportable dont ils s'évertuent à s'exonérer. En guise de négociation, ils optent pour une capitulation en rase campagne. Par conséquent, ce qui fait office de compromis équivaut dans ces conditions à une compromission, voire à une trahison.
Les sociaux-libéraux d'aujourd'hui sont bien connus : François Hollande, Bernard Cazeneuve, Carole Delga et consorts. Il faut même convenir que le quinquennat de François Hollande était allé bien au-delà des rives du social-libéralisme, comme en témoigne la trajectoire de certains des acteurs majeurs de la période. Manuel Valls, ancien ministre de l'Intérieur et Premier ministre, est à ranger désormais dans la catégorie des néo-conservateurs. Quant à Emmanuel Macron, ancien ministre de l'Économie...
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En fait, les sociaux-libéraux constituent l'assurance-vie de la Macronie. Ils constituent un soutien déterminant du bloc central, objet de toutes les attentions du Président de la République, que d'autres nomment selon les circonstances, mais toujours avec pertinence, bloc « élitaire » ou « bloc bourgeois ». Ils avancent masqués, sous la bannière de la social-démocratie, afin de paraître sous un jour plus présentable. Le stratagème doit être éventé : la finalité de ces sociaux-libéraux endurcis, quoiqu'un peu honteux à ne pas assumer leur nom, est évidente : empêcher la réalisation du programme du Nouveau Front populaire. Là aussi, il est nécessaire de rectifier les choses. Ce qui leur pose problème, ce n'est pas l'entièreté dudit programme, mais tout simplement et d'abord le tout début du programme composé des mesures d'urgence : augmentation des salaires et du SMIC, blocage du prix des produits de première nécessité, abrogation de la retraite à 64 ans. Inutile de parler du reste, sauf à vouloir leur provoquer une crise d'apoplexie ! Pensent-ils sans doute que servir de béquille au macronisme désavoué par les électeurs les en préserve ?
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(*) Francis Daspe est président de l'AGAUREPS-Prométhée. Auteur de deux ouvrages sur les questions de stratégie politique aux éditions du Borrego, « La Révolution citoyenne au cœur » (2017) et « Pour renverser la table à la présidentielle » (2020).
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