Doliprane : tout va bien, la cavalerie arrive
Marc Guyot et Radu Vranceanu

Photo d'illustration
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Affaire ordinaire, vendredi dernier, Sanofi désirant sortir d'une activité sur laquelle il est à la peine, cherche un repreneur, en trouve deux et choisit le mieux-disant. Ce repreneur n'est ni chinois, ni russe, ni nord-coréen, c'est CD&R, un fonds d'investissement américain honorablement connu pour son sérieux, ses investissements à long terme, et ses réussites industrielles qui souhaite acquérir 50% d'Opella pour 15,5 milliards d'euros, la branche médicaments en vente libre de Sanofi produisant, entre autres, le Doliprane. CD&R l'a emporté sur le français PAI avec une offre supérieure.
À ce stade il n'y a plus qu'à féliciter les deux acteurs qui ont avec succès sécurisé le transfert de cette activité et se réjouir pour les salariés et la pérennité de l'activité. C'était compter sans la CGT et ses postures aveugles et jusqu'au-boutistes. Il faut s'opposer au fonds d'investissement, car il apportera une exigence d'efficacité productive, et il faut rester dans le giron d'une grande entreprise française réputée plus malléable dans le bras de fer social. Ce syndicat ne semble pas être concerné par les difficultés du secteur des médicaments en vente libre et la pérennité de l'activité de l'entreprise. Les conditions de travail ont-elles été mises en cause ? Un plan social est-il annoncé ? Pas que l'on sache, mais l'agitation est de rigueur.
On peut bien sûr comprendre la stratégie de la direction de la CGT, qui se trouve dans un concours permanent de promesses mirifiques avec les autres syndicats durs. Le court-termisme syndical, qui n'a rien à envier au court-termisme des spéculateurs à court terme, ne voit que jusqu'aux prochaines élections internes. Bien que triste, tout ceci est compréhensible. De même, il est compréhensible que les députés populistes s'agitent que cela soit contre les fonds d'investissements pour les uns ou la défense des fleurons nationaux pour les autres.
En revanche, ce qui est incompréhensible, ce sont les rodomontades des ministres du gouvernement Barnier. Non seulement ils prennent au sérieux les couplets de la CGT et des députés populistes au lieu de les ignorer et de rassurer les travailleurs de bonne volonté, mais ils rentrent à leur tour dans le concours du plus protecteur de l'industrie française en danger face aux ignobles fonds d'investissement américains. Ils s'agitent, ils se montrent et ils affirment dans les médias qu'ils vont conditionner la vente aux respects d'une série d'engagements sur les emplois (qui n'ont pas été menacés). À moins de connaître l'avenir à 3-5 ans du secteur d'une part, et la performance relative d'Opella par rapport à ses principaux rivaux, dont les producteurs chinois, indiens et israéliens de médicaments génériques, on voit mal comment quiconque pourrait promettre quoi que ce soit. Le futur est inconnu dans le monde des affaires et il est un peu court de faire comme si tout dépendait de la volonté de l'entreprise.
Sans la moindre décence, les ministres concernés entonnent le couplet de l'indépendance française dans le paracétamol en danger et leur vocation de sauveur prêt à faire leur devoir en bloquant la transaction. En fait, Opella ne produit pas la molécule en question, mais gère essentiellement son conditionnement. La molécule est importée de trois pays : États-Unis, Inde et surtout Chine.
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Dans un contexte où l'industrie spatiale française est menacée par la forte concurrence externe, le secteur automobile est en détresse pour les raisons que nous connaissons, les start-ups doivent s'expatrier dès qu'elles doivent monter en gamme, l'industrie de la défense subit des pénuries graves dans les matériaux, composants et main-d'œuvre, la fabrication de composants électroniques est intégralement externalisée, le gouvernement engage sa réputation pour maintenir nationale une entreprise dont l'activité phare est de conditionner du paracétamol et le vendre dans une boite jaune.
Ces ministres n'ayant aucun sens du ridicule vont même jusqu'à « menacer » de faire rentrer les brillants gestionnaires publics et leurs 3.200 milliards de dettes au compteur au capital de l'activité Doliprane pour être mieux en mesure de satisfaire les exigences de la CGT. Sur ce dernier point, il est vrai qu'ils lâcheront et gaspilleront plus d'argent que le fonds d'investissement américain.
On aimerait voir les ministres plus concernés par la baisse des dépenses publiques plutôt que par l'ouverture continue des robinets à dépenses et à l'extension du contrôle public dans tous les domaines du secteur privé concurrentiel.
Marc Guyot et Radu Vranceanu